Les travailleurs étrangers temporaires représentent 50 % de la main-d’œuvre chez Savoura.
Les travailleurs étrangers temporaires représentent 50 % de la main-d’œuvre chez Savoura.

Travailleurs étrangers: soulagement chez les producteurs

TROIS-RIVIÈRES — Les producteurs agricoles du Québec ont poussé un soupir de soulagement, mercredi. À l’approche des travaux du printemps sur les fermes, ils craignaient qu’Ottawa, qui a fermé ses frontières, ne permette pas la venue au pays des précieux travailleurs étrangers temporaires du Mexique et d’Amérique centrale. Ils sont 16 000 à œuvrer dans les entreprises agricoles du Québec chaque année. Leur savoir-faire et leur résistance physique les placent dans une catégorie à part.

Même si des Québécois en chômage forcé venaient à offrir généreusement leur labeur pour les remplacer cet été, ils ne seront pas en mesure de les remplacer totalement, croit David Lemire, car ces chômeurs quitteront les champs dès le retour à la normale pour reprendre l’emploi qu’ils occupaient avant la crise de la COVID-19, prévoit-il.

«On ne sait pas, en effet, quand tout ça va finir», plaide le président de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

L’UPA a indiqué, mercredi, qu’un certain nombre de travailleurs étrangers ne pourront se rendre au Canada. La recherche de main-d’œuvre québécoise, par le biais des centres d’emplois agricoles, est donc toujours en cours.

Lors d’un point de presse, mercredi, le premier ministre François Legault a mentionné que «l’objectif du fédéral est de permettre à tous les travailleurs temporaires étrangers qui ont déjà un emploi prévu ici d’entrer ici.»

Le premier ministre a toutefois indiqué que «le Guatemala a fermé ses aéroports pour ses vols commerciaux, mais si, par exemple, une compagnie québécoise, canadienne, nolisait un avion pour aller chercher ces personnes là-bas pour les amener ici, le gouvernement fédéral serait d’accord pour les accueillir», dit-il.

Les producteurs agricoles de la province cultivent pas moins de 17 % du panier d’épicerie des Québécois.

À la Ferme Gagnon de Trois-Rivières, ces travailleurs étrangers sont au nombre d’une quarantaine. L’an dernier, ils ont mis en terre les plants de fraises en vue de la production de cet été qu’ils doivent récolter à partir de juin pour ensuite remettre en terre les plants pour l’an prochain. À elle seule, la Ferme Gagnon de David Lemire produit plus de 400 tonnes de fraises et 20 000 poches de maïs qui sont distribuées exclusivement en Mauricie. «Nous avons toutes les installations pour mettre ces travailleurs en quarantaine», assure M. Lemire qui les loge de toute façon chaque année. «Je pense qu’il serait beaucoup plus sécuritaire de faire faire le travail par eux», dit-il.

Comme le souligne Jean-Sébastien Dubé du service des communications de l’UPA de la Mauricie, le recrutement est extrêmement difficile sur les fermes, notamment en raison de la chaleur qu’endurent les travailleurs. Les Mexicains et les Guatémaltèques «sont déjà plus acclimatés», fait-il valoir.

L’Union des producteurs agricoles du Québec, la Fédération des producteurs maraîchers du Québec, le Conseil de la transformation alimentaire du Québec et Sollio Groupe coopérative ont demandé en point de presse, mercredi matin, au gouvernement fédéral d’assouplir son interdiction d’entrée au pays pour cette main-d’œuvre indispensable. Quelques heures plus tard, l’UPA s’est dite «soulagée» de la décision positive d’Ottawa.

Selon l’UPA, 75 % des exploitants agricoles au Canada ne pourraient pas fonctionner sans ces travailleurs.

Du côté de Savoura, qui possède une dizaine de complexes de serres au Québec où sont cultivés tomates, concombres et fraises, pas moins de 200 travailleurs étrangers son embauchés dont 38 à Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie. C’est 50 % de la main-d’œuvre de l’entreprise, signale Marc-André Laurier Thibault, directeur des affaires publiques et gouvernementales. Il manque actuellement une dizaine de travailleurs étrangers pour fournir à la demande. Savoura demande donc à ses travailleurs de faire chaque jour quelque heures de plus en attendant du renfort.

Afin de répondre à ses besoins pressants, Savoura a réalisé des formations en vidéo qui permettent de former les gens mis au chômage, par exemple, les travailleurs de la restauration, qui souhaiteraient venir donner un coup de main.

Beaucoup de travailleurs étrangers employés chez Savoura ont décidé de ne pas quitter le Canada, dit-il, en apprenant la fermeture des frontières. «Ils se sentent en sécurité ici», assure M. Thibault. L’entreprise a en effet envoyé des messages personnalisés en espagnol et en français à tout son personnel au sujet des mesures prises en fonction des recommandations du gouvernement.

«Notre priorité, c’est de s’assurer de produire de la nourriture pour les gens», insiste M. Thibault, une intention rassurante dans le contexte actuel.

Comme le fait valoir Jean-Sébastien Dubé, avoir accès à des fruits et légumes produits au Québec, c’est aussi une question de salubrité et surtout un moyen d’éviter une flambée des prix des fruits et légumes si le Québec en venait à être obligé de se fier entièrement sur des approvisionnements internationaux pour se nourrir.