Stéphane Forget, président et directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Transformer les défis en opportunités

Shawinigan — L’évolution phénoménale de la technologie, le vieillissement de la population et la diversification des marchés représentent d’importants défis à relever, mais autant d’opportunités pour la communauté des affaires, martèle Stéphane Forget, président et directeur général de la Fédération des Chambres de commerce du Québec.

Pendant une trentaine de minutes mercredi matin à l’Auberge Gouverneur, il a rassemblé plusieurs préoccupations qui hantent les employeurs depuis plusieurs années. Le refrain était donc connu, mais le conférencier a illustré son propos avec de nombreuses statistiques qui démontrent que l’enviable croissance économique que connaît la société nord-américaine ne doit pas balayer sous le tapis des enjeux toujours prioritaires.

M. Forget était invité par la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan. Il a discouru devant une quarantaine de personnes, sous le thème «Le monde change. Allez-vous en profiter?»

«Actuellement, ça va très bien», convient M. Forget. «Cependant, il faut regarder un peu plus loin et se dire que la nature fait en sorte que les cycles économiques finissent par changer. Nous sommes peut-être un peu sur du temps acheté.»

«Nous avons une croissance importante, à près de 3% cette année», ajoute le conférencier. «Les Américains vont relativement bien. Mais cela dit, les prévisionnistes s’attendent à ce que cette croissance s’affaiblisse au Canada et surtout, au Québec à partir de 2019. Comme entreprise, on ne peut donc pas se fier uniquement sur la croissance naturelle de l’économie. Il faudra être plus innovant.»

Le Québec devra y parvenir en défiant la pyramide des âges, rappelle M. Forget.

«Au cours des 20 prochaines années, la génération des baby-boomers va hériter de 1000 milliards de dollars au Canada. Les entrepreneurs doivent se dire qu’il existe une catégorie de personnes qui seront bientôt à la retraite, qui seront des consommateurs à temps plein, qui demanderont des services différents et qui formeront la portion de la population la plus riche de l’histoire. Il y a donc des opportunités extraordinaires.»

Mais d’un autre côté, cette sortie vers la retraite entraîne un défi de recrutement de main-d’œuvre, un phénomène déjà bien enraciné dans la région. Ainsi, le Québec perdra 3 % de sa population active en 2030 par rapport à 2010, pendant que l’Ontario, par exemple, connaîtra une hausse de 12 % de ses femmes et ses hommes en âge de travailler au cours de la même période.

«Nous aurons moins de monde disponible que partout autour de nous en Amérique», résume M. Forget. «Ça, c’est préoccupant. Une entreprise qui veut s’agrandir, un investisseur qui veut s’installer au Québec se poseront la question: où est la main-d’œuvre dont j’ai besoin? C’est un défi très important pour nous.»

Le problème peut être résolu avec trois solutions, rappelle M. Forget: une hausse du taux de natalité, l’immigration et l’accroissement de la productivité. Il s’est particulièrement attardé à l’importance de la sélection des nouveaux arrivants.

«Quatre-vingt-six pour cent des immigrants qui arrivent au Québec s’installent dans la région de Montréal, alors que 55 % des emplois à combler sont à l’extérieur», fait-il remarquer.

Virage numérique
Dans une ville qui s’enorgueillit de la réussite de son virage numérique, M. Forget soulève que bien des entreprises traînent encore de la patte sur la modernisation de leurs outils de vente et de visibilité.

Ainsi, 57 % des Québécois ont acheté des produits en ligne en 2016- une proportion qui atteint 80 % chez les 25-34 ans - et 64 % des cyberacheteurs ont dépensé plus de 1000 $. De plus, 90 % des adultes ont consulté un site en ligne avant de faire un achat.

«Or, deux entreprises sur dix vendent en ligne au Québec», se désole-t-il. «Elles ont une opportunité extraordinaire de se transformer! On avance, mais pas à la vitesse du consommateur.»

Le développement de nouveaux marchés fait aussi partie des défis. La dépendance au voisin américain demeure forte, même si elle recule grâce à la diversification des exportations. L’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne et l’Accord de partenariat transpacifique permettront d’accentuer cette tendance, fait-il remarquer.

Enfin, M. Forget place également la réussite de la transition énergétique parmi les priorités. Il insiste toutefois sur la nécessité de demeurer compétitif et en ce sens, il glisse qu’il faut garder un «regard lucide» sur les hydrocarbures, dont la dépendance ne disparaîtra pas avant plusieurs dizaines d’années, opine-t-il.

Après son allocution, le pdg s’est rendu aux installations du centre de recherche et d’innovation de la Société Laurentide, qui héberge les locaux du Centre national en électrochimie et en technologies environnementales pour une période de deux ans.