Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Sarah-Geneviève Trépanier, directrice de la Chaire de recherche du Canada sur le climat social et la santé au travail.
Sarah-Geneviève Trépanier, directrice de la Chaire de recherche du Canada sur le climat social et la santé au travail.

Télétravail: «La communication, c’est la clé»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Article réservé aux abonnés
Trois-Rivières — Lorsque chaque employé est seul de son côté pour affronter son travail derrière un écran, le mental peut devenir un vilain menteur. Un simple courriel d’un collègue ou du patron peut être perçu comme une critique ou une méchanceté alors qu’il n’en est rien. «Parce qu’on est à distance, il faut faire plus attention. Il peut y avoir plus de conflits qui arrivent parce que la communication n’est pas ce qu’elle était», explique Cynthia Mathieu, professeure en comportement organisationnel au département de gestion des ressources humaines de l’UQTR.

Avec les courriels, les textos, «on ne voit pas le non-verbal de la personne et souvent, il y a beaucoup de conflits qui partent d’une incompréhension de l’intention de l’autre. Des fois, on n’a pas l’intention que ce soit mal reçu, mais c’est mal reçu parce qu’on n’a pas fait le bon choix de mots ou peut-être que la personne ne se sentait pas bien cette journée-là», fait-elle valoir.

Même si les fameux emojis dont on peut agrémenter un courriel désormais ne font pas très sérieux, dans bien des cas, ils peuvent être d’une grande utilité dans le contexte actuel pour mieux interpréter un message écrit et être interprété. «Ça nous permet de donner le ton au courriel. Si tu mets un petit bonhomme sourire après un petit mot, les gens vont voir que ce n’est pas dit en criant. Ça peut aider, mais il faut faire attention à l’étiquette et à qui on l’envoie», précise la professeure Mathieu.

En travaillant à distance, «entrer en contact avec les collègues, c’est plus difficile. Nos contacts sont moins spontanés, moins naturels et ça peut avoir un impact sur notre mode de fonctionnement en tant qu’équipe et en tant qu’individu», renchérit la professeure Sarah-Geneviève Trépanier, directrice de la Chaire de recherche du Canada sur le climat social et la santé au travail. «On se voit moins, malgré tous les outils de communication. Ce ne sont pas les mêmes rapports. C’est dommage, parce qu’en tant qu’individu, on a besoin de sentir qu’on développe des relations harmonieuses, et ce, dans toutes les sphères de notre vie, notamment au travail. On a besoin d’affiliation ou d’appartenance sociale.»

Cynthia Mathieu, professeure en comportement organisationnel au département de gestion des ressources humaines de l’UQTR.

Il est donc plus important que jamais de se souder et de communiquer.

Cynthia Mathieu propose de créer des situations qui favoriseront le sentiment d’appartenance en entreprise. «S’il y a une rencontre en télétravail à 15 h, on peut dire à ceux qui ont le goût d’arriver 15 minutes avant. Le gestionnaire est là, l’équipe est là et on parle de tout et de rien. On peut rire, on peut jaser. Certains en profitent pour faire une annonce, par exemple, je suis devenu grand-père. On peut aussi faire un 5 à 7 ou un café virtuel à 11 h ou dans l’après-midi, essayer à différents moments parce que des fois, ce n’est pas possible pour tous, le 5 à 7. Il y a deux règles à suivre: que ce ne soit pas obligatoire et que l’on ne parle pas de travail», insiste-t-elle.

«Les choses ne sont pas revenues à la normale. Entre la première vague et la vague qu’on vit maintenant, les cas ont augmenté et les restrictions sont différentes. On ne peut pas gérer les gens comme si c’était des machines», plaide la professeure Mathieu.

«Le mot d’ordre, c’est flexibilité de la part des gestionnaires, ouverture, écoute, empathie. Il faut que les gestionnaires soient capables d’être à l’écoute de ce qui se passe et même comme collègue, pour éviter les conflits. Il faut qu’on soit à l’écoute de ce qui se passe chez nos collègues et les gens qui nous entourent. Il faut gérer les choses rapidement pour ne pas que ça dégénère», souligne Cynthia Mathieu.

Favoriser des contacts de qualité est extrêmement important pour l’entreprise en ces temps de télétravail. Lorsque ce n’est pas le cas, «ça peut avoir un impact sur l’individu, son bien-être, la qualité de la motivation au travail, l’engagement qu’on va avoir au niveau de notre tâche, face à notre organisation. Cette insatisfaction est aussi rattachée au stress et à l’épuisement professionnel», résume Sarah-Geneviève Trépanier. «Ça aura un impact sur l’organisation de manière plus macro», prévient-elle.

Un regard posé sur nos communications, un souci par rapport à la manière dont ces dernières peuvent être interprétées, voilà deux idées pour s’assurer que le message envoyé soit bien le même qui sera compris à l’autre bout, explique la professeure Trépanier, quitte à faire un suivi pour en être certain. «La communication, c’est la clé», plaide-t-elle.

Quelques conseils

  • - Clarifier l’intention derrière un courriel ou un texto à l’aide d’un emoji lorsque l’étiquette le permet.
  • - Prendre 15 minutes avant le début d’une réunion virtuelle pour fraterniser en dehors des sujets du travail.
  • - En tant que gestionnaire, une flexibilité, une ouverture, de l’empathie et de l’écoute sont nécessaires.
  • - Se soucier de la manière dont un message pourrait être interprété par le récipiendaire.