Un panel animé par Yves Lacroix (à droite) a permis d’entendre les points de vue de Nancy Déziel du CNETE, André Buisson de la Société Laurentide, Simon Thibault de Nemaska Lithium, Michel Laforest de Waste Robotics et Louis Tremblay d’AddÉnergie.

Technologies vertes: le financement demeure un frein

Trois-Rivières — Le 15 mars dernier, des millions de jeunes, partout sur la planète, sortaient dans les rues dans le cadre de la Marche pour le climat. Si la cause environnementale peut sembler parfois perdue à l’avance, selon certains discours, l’événement Vitrine sur les technologies vertes tenu mercredi par l’organisme GROUPÉ Mauricie + Rive-Sud, a démontré que de nombreuses entreprises appliquent des solutions innovantes et efficaces pour remédier, chacune à leur façon, aux défis gigantesques imposés par l’empreinte écologique humaine.

Cette vitrine a permis de mettre en lumière les activités de plus de 50 entreprises dans ce que GROUPÉ appelle «l’écosystème régional de ce secteur en pleine effervescence» que sont les technologies vertes et qui génère déjà 2700 emplois directs et indirects dans la région.

Au Québec, on dénombre 350 de ces entreprises en ce moment.

Ici, elles oeuvrent dans les domaines de l’efficacité énergétique, dans le traitement de l’air et de l’eau, de la valorisation de matières résiduelles, dans les énergies renouvelables, les biotechnologies, les bornes électriques et les services-conseils.

Certaines des activités générées par ces entreprises ont de quoi surprendre. André Buisson, de la Société Laurentide, indique par exemple qu’à elle seule, son entreprise détourne 100 millions de kilos de peinture des sites d’enfouissement.

«Le programme qu’on a mis en place avec l’aide de Normand Maurice de Victoriaville (le père de la récupération dans la région), c’est le programme aujourd’hui le plus performant, le plus efficace au monde», souligne M. Buisson.

«C’est 100 millions de kilos de matières premières qu’il aurait fallu extraire», fait-il aussi valoir, sans compter l’énergie qu’il aurait fallu déployer pour leur production.

Simon Thibault de Nemaska Lithium estime que si le seul but d’une entreprise est le développement d’une technologie et l’augmentation de la productivité, il y aura «certes un gain économique», concède-t-il, «mais notre vision, c’est que ça doit aller au-delà de ça. Cette innovation doit avoir un impact positif au niveau environnemental et social aussi», fait-il valoir. C’est le but des entreprises vertes.

Michel Laforest, de Waste Robotics, rappelle qu’en Amérique du Nord, on génère 1000 milliards de kilos de matières résiduelles. Les deux tiers de ces rebuts ne sont ni récupérés ni valorisés. L’entreprise utilise la robotique et l’intelligence artificielle afin d’améliorer la situation, quelque chose qui n’aurait pas été possible il y a à peine 5 ans, indique-t-il. «Nous autres, on veut changer le monde», dit-il. Toutefois, une des barrières au développement des technologies vertes, c’est le financement. Michel Laforest aurait souhaité «que l’écosystème de financement du Québec soit beaucoup plus ouvert. On a fait quelques missions à l’étranger et on s’aperçoit que les capitaux y sont plus facilement disponibles», qu’au Québec.

Nancy Déziel du CNETE indique que son organisme arrive assez bien à obtenir les subventions nécessaires à la réalisation des projets d’innovation qui ont recours à lui. «Au CNETE, 85 % de ce qu’on a fait dans les 10 dernières années, on l’a rendu au marché», dit-elle. Malgré cette efficacité, le CNETE est un cordonnier mal chaussé, car il vit lui-même un problème de financement.

«On a un beau chiffre d’affaires, mais pas de profits. Le Collège ne reçoit pas de fonds pour soutenir son centre de recherche. C’est un défi pour tous les CCTT» (centres collégiaux de transfert technologique), souligne-t-elle au passage. «On a besoin d’aide. Avec des infrastructures qui valent 13 millions $, ça reste un défi pour nous. On aura besoin que les gouvernements soient sensibilisés à ça.»

Nancy Déziel estime également qu’il «est extrêmement important de sécuriser nos établissements d’enseignement en région», pour s’assurer d’avoir de la main-d’oeuvre qualifiée. «Sans main-d’oeuvre qualifiée, on ne va nulle part», dit-elle.

Simon Thibault, lui, estime qu’il faudra «des investissements plus stratégiques pour sécuriser les maillons et s’assurer que l’on garde la valeur ajoutée ici, au Québec. Il y a un maillage, dit-il, à faire entre la grappe industrielle et les programmes de financement. «Malgré tout le beau discours vert, il manque, sur le marché, une réelle valeur ajoutée à l’investissement responsable vert», estime-t-il.

«On parle de développer une chaîne de valeur, une chaîne d’approvisionnement», renchérit Nancy Déziel. À cet égard, «les Villes sont très impliquées et reçoivent peu de financement. Bien soutenir les Villes serait important», plaide-t-elle.