Le chauffeur de taxi Dave Chamberland a installé une toile de plastique entre les deux rangées de sièges de son véhicule.
Le chauffeur de taxi Dave Chamberland a installé une toile de plastique entre les deux rangées de sièges de son véhicule.

Taxi: baisse de 50 % à 75 %

TROIS-RIVIÈRES — L’industrie du taxi souffre de la pandémie de coronavirus. L’arrêt forcé de nombreux commerces et activités imposé par le gouvernement fait glisser le chiffre d’affaires et la dégringolade est douloureuse.

Les chauffeurs de Taxi Coop de la Mauricie encaissent une diminution allant jusqu’à 75 % depuis la mi-mars, constate Maxime Bolduc, administrateur du sein de cette coopérative.

«On avait beaucoup de transport adapté, des concessions d’autos, des jeunes à l’université, des clients aux centres d’achats, et ces endroits sont maintenant fermés. L’heure de fermeture des bars, c’est un bon créneau pour nous, les restos aussi. Avant la crise, on a frôlé les 2000 appels par jour, c’est excellent. On n’avait jamais vu de journée de moins de 500 appels et c’est arrivé en fin de semaine.»

Même triste constat du côté de Taxi Élite. La compagnie trifluvienne encaisse une chute des affaires de 67 %.

«La clientèle du soir est principalement celle des restaurants et des bars. Les deux sont fermés. De jour, une bonne partie de la clientèle, ce sont les gens handicapés qu’on amène aux ateliers. Ces gens sont en confinement, ça fait près de trois semaines», indique un des propriétaires, Jacques DeMontigny.

À l’instar d’autres industries, le taxi a instauré des mesures d’hygiène accrues afin de permettre aux chauffeurs et aux clients de se côtoyer dans une voiture la plus saine possible. Nettoyage des mains, port de gants, désinfection de l’habitacle des véhicules sont parmi les mesures imposées.

Dave Chamberland a augmenté le niveau de sécurité dans sa voiture en fixant une toile de plastique entre les sièges avant et arrière. Avec son terminal portatif, il réussit même à faire payer les clients à travers la barrière plastifiée avec le paiement Paypass.

«Les gens voient le plastique et trouvent que c’est une bonne affaire. Ils nous disent merci. On se protège comme chauffeur, mais on protège aussi les clients. C’est bon pour tout le monde», raconte M. Chamberland, qui a 19 ans d’expérience au compteur.

M. Chamberland est aussi responsable du nettoyage d’environ 75 % des véhicules de la coopérative. Selon lui, les circonstances actuelles exigent un ajustement en la matière.

«Avant le coronavirus, on nettoyait l’intérieur des véhicules une fois par semaine. Avec le coronavirus, on parle de désinfection. On ne veut pas de bactérie dans l’auto pour le client et pour nous aussi. Donc, on fait le nettoyage tout le temps pour l’intérieur, les poignées de porte, etc.», précise M. Chamberland qui évalue la diminution des affaires à au moins 50 %.

«On demande de passer un linge sur les poignées et tout ce qui a été touché par les clients après chaque client, mentionne M. DeMontigny. On demande aux personnes de déposer elles-mêmes leur valise dans le coffre. Si elles ont besoin d’aide, le chauffeur met des gants et va les aider.»

Selon M. DeMontigny, sur les quelque 25 chauffeurs, sept sont toujours au travail. La grande majorité des chauffeurs absents sont en retrait volontaire. Aucun chauffeur n’est atteint du coronavirus à sa connaissance.

M. Bolduc mentionne qu’aucun des quelque 150 chauffeurs de Taxi Coop n’a contracté le coronavirus. Une cinquantaine de chauffeurs ont décidé d’arrêter de travailler par précaution. Sur le lot, environ 12 de ces chauffeurs ont près de 70 ans ou ont 70 ans et plus.

Selon M. Bolduc, Taxi Coop s’informe sur l’aide gouvernementale disponible pour sauver les emplois des 11 répartiteurs qui sont tous au travail grâce à une répartition des heures.

La crise du coronavirus s’ajoute aux modifications imposées par le gouvernement du Québec à l’industrie du taxi il y a quelques mois à peine. Maxime Bolduc croit que les gens créatifs sauront le mieux se tirer de cette mauvaise passe dont les impacts se feront sentir longtemps.

«On va essayer d’être patient, de passer à travers la tempête et après, de mettre des choses en place pour s’aider mutuellement. Ce sera le moment de faire preuve de solidarité.»

Jacques DeMontigny, à l’instar d’autres entrepreneurs, se demande quand la reprise se fera sentir et surtout à quel rythme.

«Si la crise dure deux autres mois, ça nous amène début juin. Il n’y aura pas de Cirque du Soleil et je ne suis pas sûr s’il y aura le FestiVoix. Ce sera une reprise partielle. Pour une reprise totale, je ne vois pas ça avant l’automne. Il faudra être créatif. Il faudra convaincre les chauffeurs de revenir. Et en octobre 2020, avec les modifications de la Loi sur le taxi, il y aura plus de joueurs qu’avant (avec Uber, Lift et autres services de transport). Le marché est déjà divisé à cause de la COVID-19. Ce qui va reprendre va être divisé en plus de joueurs. C’est une tempête de virus et financière.»