Le taux de chômage est passé de 6,3 % en mars à 9,8 % en avril dans la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières.
Le taux de chômage est passé de 6,3 % en mars à 9,8 % en avril dans la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières.

Taux de chômage à 9,8 % à Trois-Rivières et près de 2 millions d’emplois perdus en avril au pays

TROIS-RIVIÈRES — Le ralentissement économique lié à la pandémie a commencé à se faire sentir sur les résultats mensuels du marché de l’emploi régional. En effet, le taux de chômage est passé de 6,3 % en mars à 9,8 % en avril dans la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières. En Mauricie, le bond est de 3,1 %, pour atteindre 9,7 %.

Le mois dernier, l’économie canadienne a perdu près de deux millions d’emplois, un record, la fermeture des services non essentiels pour ralentir la propagation de la COVID-19 ayant dévasté l’économie et contraint les entreprises à fermer temporairement. La perte de 1 993 800 emplois s’ajoute à celle de plus d’un million d’emplois perdus en mars. 

Selon Statistique Canada, le taux de chômage a grimpé à 13,0 % au pays, alors que la pandémie frappait de plein fouet, contre 7,8 % en mars. Il s’agit du deuxième taux de chômage le plus élevé jamais enregistré.

La plus forte hausse du taux de chômage en avril parmi les provinces du Canada a été observée au Québec: il s’est établi à 17 % comparativement à 8,1 % en mars; le taux du mois dernier a été le plus élevé depuis 1976 dans la province.

Le nombre de chômeurs a augmenté de 367 000 au Québec, plus rapidement que dans les autres provinces. De plus, la hausse du nombre de personnes mises à pied temporairement a été proportionnellement plus élevée au Québec tandis que l’augmentation du nombre de personnes inactives a été proportionnellement plus faible.

«Je vois ça comme une situation temporaire, au Québec. Il y a eu beaucoup de mises à pied, mais une mise à pied, ce n’est pas un licenciement, c’est donc temporaire», a commenté le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Se décrivant comme un positif, le ministre régional est d’avis que si tout le monde travaille ensemble, les activités économiques vont reprendre graduellement.

«On a plein d’atouts en Mauricie, on a plein de secteurs où il y a un développement qui est solide. Il y a un comité de relance qui a été formé à Trois-Rivières, avec la gang d’IDETR, la Ville et plusieurs partenaires. Ils sont assurés de mon partenariat, de mon accompagnement», a-t-il déclaré.

Selon l’économiste régional indépendant, Jules Bergeron, les données publiées par Statistique Canada ont un point commun avec la pandémie du coronavirus: elles ont un caractère exceptionnel.

De plus, dit-il, jamais n’a-t-on vu une baisse de l’emploi aussi précipitée au Québec ainsi qu’une hausse du chômage aussi vertigineuse en un seul mois. 

«Pour sa part, la Mauricie est aussi confrontée à une conjoncture difficile, mais les données disponibles ne font pas état d’une situation aussi pénible qu’au Québec», fait-il remarquer.

Ainsi, les données désaisonnalisées permettent de faire ressortir que l’emploi est en diminution de 7600 dans la région, l’effectif au travail étant passé de 130 600 en mars à 123 000 en avril. Il s’agit d’une diminution de 5,8 %. L’emploi à temps plein a davantage été touché en nombre, avec une contraction de 4900 salariés (baisse de 4,7 %), mais le nombre de postes à temps partiel ne s’en est pas mieux tiré, perdant 9,6 % de sa main-d’oeuvre en emploi, soit au moins 2500 personnes en l’espace d’un seul mois.

Même si on a observé un certain repli de la population active dans la région (3,8 %), la brusque chute de l’emploi mauricien a eu un impact immédiat sur la situation du chômage avec, d’une part, une forte hausse du nombre de personnes sans travail, soit 42,4 % en avril par rapport à mars 2020, ce qui représentait tout de même une population en chômage de l’ordre de 13 100 individus en avril 2020 pour la Mauricie. D’autre part, une détérioration significative du taux de chômage, qui est passé de 6,6 % en mars à 9,7 % en avril. 

«Néanmoins, nous sommes loin des taux signalés au Québec pour le chômage et l’évolution à la baisse pour l’emploi», fait remarquer le spécialiste.

Au chapitre des secteurs d’activité, les données disponibles font état d’un recul prononcé de l’emploi dans une partie de l’activité manufacturière, dans la composante de l’information, de la culture et des loisirs, au sein de l’activité commerciale, de l’hébergement, de la restauration et dans toute une panoplie de services personnels. À l’opposé, l’emploi est en hausse dans le transport et la santé.

En ce qui a trait à l’agglomération métropolitaine de Trois-Rivières, l’emploi y est passé de 79 200 en mars 2020 à 74 200 un mois plus tard, ce qui équivaut à une perte de 4600 postes ou 5,8 % de moins de gens au travail.

«Compte tenu qu’une partie importante des personnes qui ont perdu leur emploi a préféré demeurer active sur le marché du travail trifluvien, il n’est pas surprenant du tout de constater la détérioration de la situation du chômage à l’échelle locale», explique M. Bergeron.

Ainsi, la population en chômage a atteint 8100 individus en avril contre 5300 un mois auparavant, soit un bond de 52,8 %. Conséquence? Un taux de chômage qui passe de 6,3 % à 9,8 % en un mois.

«Il reste maintenant à essayer de répondre à des interrogations importantes. Jusqu’à quel point le marché du travail restera-t-il en mauvais état? Quand et combien de temps durera la relance pour regagner ce qui a été perdu? Est-ce que l’une des conséquences de la pandémie ne serait-elle pas de repenser au complet notre système de production et d’entamer une profonde réflexion sur ce sujet?», conclut-il.

Avec la Presse canadienne