Taux de chômage à 6,3 % à Trois-Rivières

Trois-Rivières — Le ralentissement économique n’a pas épargné la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières alors que le taux de chômage est passé à 6,3 % en mars, pour une hausse de 1,6 point par rapport à février 2020, selon les données désaisonnalisées fournies par Statistique Canada. C’est un bond de 0,8 comparativement à mars 2019.

Quant à l’économie canadienne, elle a perdu un million d’emplois en mars, la pire variation jamais enregistrée sur un mois, pendant que la crise de la COVID-19 commençait à s’installer, portant le taux de chômage à 7,8 %, a indiqué jeudi Statistique Canada.

«À la lumière des données disponibles, l’effet est relativement modéré sur l’emploi en région. Par contre, cet impact risque de s’aggraver au cours des prochaines semaines de sorte que les données de l’emploi pour le mois de mai seront sans doute beaucoup plus pénibles», prédit l’économiste régional indépendant, Jules Bergeron. 

Celui-ci souligne que la crise de la COVID-19, qui a commencé à s’intensifier à la mi-mars, coïncide avec la cueillette des données par Statistique Canada pour son enquête sur la population active.

«Non seulement la pandémie a-t-elle des effets désolants, voire désastreux sur l’état du marché du travail de partout dans le monde, mais l’éventuel retour à la normale, ou du moins à un début de normalité, ne se fera que progressivement alors que le virus, pour sa part, s’est propagé à une vitesse hallucinante», constate M. Bergeron.

Autre fait exceptionnel qu’il soulève: l’absence de données régionales désaisonnalisées. «L’alternative existante, soit la prise en compte de données réelles ou non désaisonnalisées, n’est pas une approche idéale. Mais les circonstances étant exceptionnelles, elles peuvent nous donner un aperçu des premiers effets négatifs de la pandémie sur l’état de l’emploi en Mauricie», explique-t-il

Ainsi, sur la base de données réelles, le Québec et la Mauricie affichaient le même taux de chômage en février 2020, soit 5,4 %. Or, en mars, le taux de chômage provincial a atteint 6,4 %, mais il se situait à 7,8 % au plan régional. 

«Cette brusque détérioration survient en début de crise de pandémie, au moment aussi où l’économie régionale maintenait un bon rythme de croisière. Pour chiffrer le tout, un tel ratio de sans-emploi correspondait à la présence de 7200 personnes en chômage en février 2020, mais à 10 400 le mois suivant. À titre comparatif, la donnée de mars 2019 pour la région était de 7200 chômeurs et chômeuses», fait remarquer le spécialiste.

Globalement, la Mauricie comptait encore 125 600 personnes au travail en mars 2020, soit une baisse de 1300 par rapport à février, donc 1 % de moins. «Par contre, il faut souligner que l’effectif au travail atteignait 117 200 en mars 2019, ce qui veut dire que la région a vu sa population en emploi s’accroître de 7,2 %», souligne-t-il.

Selon lui, la tendance à la baisse de la population en emploi dans la région s’est fait sentir uniquement du côté des personnes en poste à temps partiel. 

Au pays, il s’agit de la plus forte hausse mensuelle du taux de chômage enregistrée depuis 1976, année où des données comparables ont commencé à être publiées.

La hausse porte le taux de chômage à un niveau observé pour la dernière fois en octobre 2010. Au Québec, le taux de chômage de février à mars est passé de 4,5 à 8,1 %.

La perte est huit fois plus importante que le record mensuel précédent, mais les économistes ont prévenu que la situation sera probablement encore pire en avril, lorsque l’impact des pratiques de distanciation physique et d’autres mesures se sera clarifié et que des millions de Canadiens auront commencé à recevoir une aide fédérale d’urgence.

Dans l’ensemble, Statistique Canada a indiqué qu’environ 3,1 millions de Canadiens avaient perdu leur emploi ou avaient vu leurs heures réduites le mois dernier en raison de la pandémie de COVID-19, une donnée qui illustre le changement dramatique et soudain du marché du travail.

Le taux de chômage national se situe désormais à son plus haut niveau depuis octobre 2010 et enregistre ainsi sa plus forte variation mensuelle en plus de 40 années de données comparables.

Plus de trois ans de gains d’emplois ont été anéantis en un seul mois, a souligné l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, dans une note qui suggérait que toutes les pertes ne seraient pas récupérées lorsque les mesures de santé publique et les fermetures commenceraient à être levées.

«Des pertes d’emplois ont été ressenties dans toutes les provinces, les plus importantes étant enregistrées en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta. L’Ontario a perdu 403 000 emplois, le Québec en a perdu 264 000, la Colombie-Britannique a enregistré une baisse de 132 000 et l’Alberta en a perdu 117 000 par rapport au mois précédent.

Le taux de chômage a aussi augmenté dans les trois provinces des Maritimes. Il est passé de 6,9 % à 8,8 % au Nouveau-Brunswick, de 7,8 % à 9 % en Nouvelle-Écosse et de 8 % à 8,6 % à l’Île-du-Prince-Édouard.

La plupart des pertes d’emplois se sont produites dans le secteur privé, et les plus fortes baisses d’emploi ont été observées chez les jeunes de 15 à 24 ans. Le taux de chômage des jeunes en mars était de 16,8 %, son plus haut depuis juin 1997.

Même dans les secteurs particulièrement touchés - restaurants, hôtels et autres entreprises de services destinés au public - toutes les professions n’ont pas été affectées de la même manière.

Les emplois dans les ventes et les services - qui représentent environ le quart de la main-d’œuvre canadienne - ont représenté un peu plus de 60 % de toutes les pertes d’emplois en mars, soit une baisse d’environ 625 000.

Ces travailleurs sont relativement mal payés, ce qui, selon l’agence, suggère que «les premiers travailleurs à avoir connu des pertes d’emplois en raison de la COVID-19 sont parmi ceux qui sont les moins en mesure de faire face à des difficultés économiques».

En collaboration avec la Presse canadienne