T-Mobile et Sprint ont annoncé dimanche avoir conclu un accord pour une fusion des deux entreprises.

Sprint et T-Mobile conviennent d’une fusion aux États-Unis

WASHINGTON — Les groupes de télécom T-Mobile et Sprint ont annoncé dimanche avoir conclu un accord de fusion aux États-Unis pour créer un nouveau groupe capable de développer un réseau de téléphonie mobile 5G, vital pour les nouvelles applications de l'Internet.

Cette annonce met fin à de longs mois, voire années, de tentatives avortées pour rapprocher les deux groupes, les 3e et 4e opérateurs de télécommunication aux États-Unis. Ils compteront environ 127 millions d'abonnés à leur différents services aux États-Unis, dont quelque 100 millions dans la seule téléphonie mobile, et rivaliseront avec les géants du secteur que sont Verizon et AT&T.

Mais ce rapprochement risque de rencontrer l'opposition des autorités de la concurrence qui demanderont probablement que certaines activités soient cédées pour donner leur accord. Le ministère de la Justice s'est ainsi opposé à la fusion entre AT&T et le groupe de média Time Warner et a intenté un procès, qui se déroule actuellement, pour tenter de la bloquer. Il s'était également opposé à une précédente tentative de rachat de T-Mobile par AT&T en 2011.

«L'opération va réduire le nombre d'opérateurs nationaux de quatre à trois. Pour les mêmes raisons qui avaient vu le département de la Justice et la Commission fédérale des télécommunications (FCC) rejeter en 2011 la tentative de rachat de T-Mobile par AT&T, une telle réduction de la concurrence est de nature à réduire la compétition et augmenter les coûts pour les utilisateurs», a affirmé l'organisation de défense des consommateurs Public Knowledge dans un communiqué.

Mais les deux groupes ont souligné que leur fusion va accélérer leur développement dans le domaine de la 5G, l'internet ultra-rapide devenu essentiel avec la généralisation des objets connectés et les progrès dans le domaine de l'intelligence artificielle.

«La compagnie portera le nom de T-Mobile est sera un acteur dominant dans le secteur de la téléphonie mobile, de la vidéo et de l'Internet à large bande aux États-Unis», assure le communiqué conjoint, soulignant que les synergies résultant de la fusion devraient totaliser 6 milliards $.

Dans une conférence téléphonique après l'annonce de l'opération, les dirigeants des deux groupes ont affirmé que le passage de la 4G à la 5G équivalait à celui de la télévision en noir et blanc à celle en couleur dans les années 1960.

Le patron de T-Mobile aux États-Unis, John Legere, dirigera la nouvelle entité et le siège social sera partagé entre Overland Park (Kansas, centre), celui de Sprint, et Bellevue (Washington, nord-ouest) celui de T-Mobile.

Promesses d'emplois

Cette fusion représente également un nouveau «coup» pour Masayoshi Son, le pdg du groupe japonais de télécommunications Softbank, l'actionnaire majoritaire de Sprint, qui multiplie les investissements dans le secteur des nouvelles technologies et de l'Internet. T-Mobile appartient au groupe allemand Deutsche Telekom.

La nouvelle entité sera contrôlée à hauteur de 42 % par Deutsche Telekom, 27 % par Softbank, le reste se trouvant sur le marché. M. Son et l'actuel pdg de Sprint, Marcelo Claure, siègeront au Conseil d'administration.

Quand il avait acquis Sprint en 2013, Masayoshi Son avait déjà tenté d'unir les deux groupes. Il s'était alors heurté à l'hostilité des autorités de la concurrence et en avait abandonné l'idée. L'élection à la Maison-Blanche du candidat républicain Donald Trump, qui avait promis des assouplissements de réglementation, avait toutefois relancé les discussions mais une nouvelle tentative, en novembre dernier, avait échouée.

M. Son — qui avait été reçu en décembre 2016 par Donald Trump, juste après son élection et avant même qu'il ne prenne ses fonctions — avait promis d'investir 50 milliards $ aux États-Unis et d'y créer 50 000 emplois, notamment dans de jeunes pousses du secteur de la technologie.

Dimanche, les deux groupes ont indiqué qu'ils emploieront plus de 200 000 personnes aux États-Unis après leur fusion et que leurs efforts pour développer un réseau 5G seraient générateurs d'emplois.

L'opération se fera sur la base d'un échange de titres (9,75 actions de Sprint pour chaque titre T-Mobile) et donne à Sprint une valeur totale de 59 milliards $ et de 146 milliards $ à la nouvelle entité dont la dette cumulée sera proche de 60 milliards $.

Sur la base du cours de clôture de Sprint vendredi (6,50 $), sa capitalisation boursière est de 26 milliards $, et celle de T-Mobile, qui avait fini la séance à 64,52 $, de 56,1 milliards $. Sprint avait toutefois fortement progressé lors de la séance de vendredi (+8,33 %) après que plusieurs médias américains avaient fait état de l'imminence d'une fusion.