À gauche, René Vézina, animateur du panel d’ouverture, en échange avec Michel Angers (maire de Shawinigan), Denis Thuriot (maire de Nevers), Normand Dyotte (maire de Candiac) et Marc-Alexandre Brousseau (maire de Thetford Mines).

Sommet international de l’innovation en villes médianes: «il faut se donner un plan de match»

Shawinigan — Un plan structuré avec des priorités bien établies et une attention particulière à la qualité de vie des citoyens peuvent permettre aux villes médianes d’attirer l’attention pour ainsi devenir une alternative crédible aux grands centres urbains, longtemps considérés comme un passage obligé vers le succès et la reconnaissance. Bénéficier d’un canal pour diffuser ses bons coups à grande échelle ne nuit pas non plus, soulève le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau.

«Chez nous, c’est le désert médiatique», a-t-il déploré dans le cadre du panel d’ouverture de la deuxième édition du Sommet international de l’innovation en villes médianes (SIIViM), présenté à Espace Shawinigan. Selon lui, l’organisation des finales estivales provinciales des Jeux du Québec, en 2018, n’a pas suscité la couverture attendue dans les médias nationaux compte tenu de l’ampleur de ce grand rendez-vous sportif, qu’il a comparé à des Jeux olympiques pour adolescents.

«Tout ce que les gens savent, c’est que nos mines sont fermées et ils pensent que les gens se meurent», dénonce M. Brousseau.

Présenté jeudi matin, ce panel d’ouverture réunissait quatre maires, qui devaient réfléchir sur les facteurs clés de l’attractivité en échangeant avec le journaliste René Vézina. Ce dernier avait mis la table en conférence d’ouverture, en invitant les intervenants à se questionner sur leur marque de commerce dans un monde en grand bouleversement.

L’un des ingrédients pour réussir la recette consiste visiblement à remettre le ballon à la communauté. Car avant de devenir attractif, il faut éviter l’exode lorsque la marmite chauffe.

«Nous avons choisi de faire confiance aux acteurs locaux», témoigne M. Brousseau. «Nous avons testé tous les coins de la planète pour voir si des entreprises étaient intéressées à venir s’établir chez nous, mais ça n’a pas duré tellement longtemps. Ça n’a pas été fructueux!»

Cette stratégie de se retrousser les manches localement permet également de gonfler à l’hélium le sentiment d’appartenance d’une communauté, qui s’approprie ainsi ses succès.

Une stratégie qui rappelle celle mise de l’avant par Shawinigan, échaudée par les fermetures de grandes entreprises, mais aussi par quelques échecs de démarchage notoires envers des multinationales qui laissaient miroiter des centaines d’emplois et des millions de dollars d’investissements. Qui a oublié les rebuffades de RIMA et de FerroAtlantica ?

«Ça fait des années qu’on ne croit plus au père Noël», soupire le maire, Michel Angers. «Nous avons mis une croix là-dessus et nous misons maintenant sur la PME.»

La création de la communauté entrepreneuriale a constitué une nouvelle façon de mettre la population à contribution à Shawinigan. M. Angers ajoute qu’il a aussi fallu définir quatre secteurs d’excellence à développer en priorité, «parce qu’on ne peut pas être bon dans tout». Il s’agit de l’efficacité énergétique et des technologies vertes, les composantes électroniques et électromécaniques, la transformation des métaux et des minéraux industriels, le divertissement numérique et le développement des logiciels.

Shawinigan mise aussi beaucoup sur sa qualité de vie pour séduire la main-d’œuvre. Un élément repris par M. Brousseau, qui mousse le faible coût des maisons comme un avantage pour s’établir à Thetford Mines.

À Candiac, le maire Normand Dyotte insiste d’abord sur la situation géographique enviable de sa ville, tout près de Montréal et des États-Unis. La présence de l’autoroute 30, qui est devenue bien plus qu’une voie de contournement de la métropole, joue dans le développement de la Montérégie. L’accent sur le développement durable fait également partie de ses atouts pour attirer les jeunes.

«Ce n’est pas toujours facile de dire non à des promoteurs», illustre M. Dyotte, pour démontrer l’importance de respecter ses orientations.

Denis Thuriot, maire de Nevers et cofondateur du SIIViM, aime bien mentionner que sa ville n’offre pas plus qu’ailleurs... mais pas moins non plus. Après avoir décidé de miser sur ses forces patrimoniales et vinicoles, une petite cure de Jouvence s’imposait. Tout ce qui touche aux écoles a été modernisé et la culture du numérique s’est imposée, mais au rythme de sa population.

«Il faut des territoires intelligents, mais aussi intelligibles», nuance M. Thuriot. «Il faut que ce soit bien compris par les citoyens.»

Retombées

Que donnent ces stratégies de développement et ces mises en marché concrètement?

«De l’espoir à la jeunesse!», réplique M. Angers. «C’est extrêmement précieux. Ça redonne une fierté. Mais il faut se donner une cohésion, un plan de match.»

«Nous sommes devenus une destination d’affaires», se réjouit M. Brousseau. «Nous sentons aussi une plus forte mobilisation de notre population. L’environnement est là, il faut juste le faire savoir. Nous avons changé le slogan, les couleurs de la ville. La population embarque, elle veut profiter de cet entrain.»

Les maires s’entendent sur le fait qu’il faut oser mettre en place une vision, ce qui peut évidemment bousculer quelques certitudes. Mais il s’agit d’un passage obligé, croit M. Thuriot.

«L’innovation, c’est un voyage où il faut emmener tous nos citoyens», fait-il remarquer.