Les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour sont en lock-out depuis maintenant six mois.

Six mois de lock-out à l'ABI

BÉCANCOUR — Il y a maintenant six mois, la direction de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) mettait ses employés syndiqués en lock-out. Ce conflit de travail qui ralentit considérablement les opérations du plus important employeur privé de la région a des impacts non seulement pour les quelque 1030 travailleurs directement touchés, mais aussi pour l’ensemble de la région.

Et à en croire les derniers développements et les récentes sorties publiques des deux parties, le conflit n’est pas sur le point de se régler, et ce, malgré la nomination de l’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, comme médiateur dans le dossier. Lors d’un point de presse tenu la semaine dernière au lendemain de la première assemblée générale depuis le déclenchement du lock-out, les dirigeants syndicaux ont en effet indiqué qu’ils considéraient que l’attitude de la partie patronale, notamment en ce qui a trait à la formulation de nouvelles demandes depuis le début du processus de médiation, faisait obstacle à la conclusion d’une entente. C’est d’ailleurs pour prendre le pouls de leurs membres qu’ils avaient convoqué cette assemblée générale. Les nouvelles demandes patronales entraîneraient notamment une réduction du personnel dans une proportion de 20 %, ce qui signifierait 200 emplois en moins dans la région ainsi que des modifications au régime de retraite.

«Ce que nous voulons, c’est que les négociations reprennent au même point que le 21 décembre [quand l’employeur a quitté la table des négociations]. On était très près d’un règlement cet hiver. L’offre que l’employeur avait soumise avant le conflit devait assurer la compétitivité de l’entreprise, et voilà que la direction la renie totalement en demandant beaucoup plus de concessions», avait déclaré le président du syndicat, Clément Masse, lors du point de presse. Néanmoins, il avait profité de l’occasion pour préciser que la médiation devrait reprendre dans un avenir rapproché.

De son côté, la direction défend ses demandes en se basant sur le fait que l’usine doit être plus compétitive. Elle se dit par contre toujours prête à négocier en vue de conclure une nouvelle convention collective sur des bases «qui permettront d’améliorer l’usine, la positionnant ainsi sur la voie du succès à long terme, tout en offrant aux employés une rémunération concurrentielle».

Depuis le début du lock-out, la production d’aluminium à l’usine du parc industriel et portuaire de Bécancour est assurée par des employés-cadres. Le syndicat tente d’ailleurs d’obtenir une ordonnance permanente sur le recours à des travailleurs de remplacement. Ce processus a été mis en branle à la suite de l’ordonnance provisoire de sauvegarde émise le 4 mai dernier en lien avec le recours à des briseurs de grève.

Les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour sont en lock-out depuis maintenant six mois.

«L’aluminerie est toujours ouverte»
Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, se dit quant à lui présentement plus optimiste que les deux parties en viennent à une entente que lorsque le lock-out a été décrété en janvier dernier. Le fait qu’un processus de médiation ait été mis en branle et l’intervention de Lucien Bouchard comme médiateur constituent selon lui des pas dans la bonne direction. De plus, il indique qu’il n’est pas trop inquiet pour l’avenir de l’usine.

«L’aluminerie est toujours ouverte et elle fait de l’aluminium. Si elle avait eu à fermer, ça serait déjà fait. C’est drôle, mais je suis plus optimiste qu’il y a six mois. La bonne nouvelle, c’est qu’Alcoa manifeste toujours l’intention de faire de l’aluminium à Bécancour et ça, c’est très souhaitable», mentionne-t-il.

Les impacts négatifs qu’entraîne ce conflit continuent cependant de l’inquiéter. Il est notamment préoccupé par le fait que les prestations d’assurance-emploi des employés de certains sous-traitants de l’aluminerie seront bientôt terminées.

«Ils ne décident rien et ne peuvent pas prendre de décision. Ils sont des victimes [de ce conflit]. De plus, lorsque ça sera terminé, leurs patrons devront se réajuster s’ils ont perdu des employés. Je trouve ça triste et j’espère pouvoir faire quelque chose pour eux», avance-t-il.