De gauche à droite: Laurent Gierula, P.D.G. de Esys Energie System, Christian Lapierre, propritéaire de Décorticage JPL inc. et le député de Champlain, Pierre-Michel Auger.

Seulement 2,5 ¢ du kilowattheure

Sainte-Geneviève-de-Batiscan — Christian Lapierre, de Décorticage JPL inc. fabrique de la farine biologique et des pâtes alimentaires qui se vendent dans plusieurs pays, mais cet entrepreneur de Sainte-Geneviève-de-Batiscan ne pouvait demeurer compétitif en assumant les coûts excessifs des énergies fossiles. C’est alors qu’il a rencontré Laurent Gierula, le président d’Esys Energie System, une compagnie de Laval.

Ensemble, ils ont aménagé un nouveau système de chauffage pour l’entreprise basée sur une technologie européenne de biomasse. Christian Lapierre a été immédiatement séduit, et pour cause. Avant, il se servait d’énergies fossiles et d’électricité pour les besoins de production de chaleur de ses salles de séchage. «Chaque mois, les coûts étaient énormes», dit-il. «Ça me coûtait 4000 $ par mois pour le chauffage des salles tandis que là, ça va nous coûter 800 $ ou 900 $», se réjouit-il.

Si l’électricité lui coûtait entre 7 à 10 cents du kilowattheure, son nouveau système à la biomasse, lui, ne lui coûte maintenant que 2,5 cents du KWH.

M. Lapierre est d’ailleurs presque entièrement autonome pour la matière première qui alimente son nouveau système d’énergie et c’est là son secret. Il y a trois ans, il a planté, près de l’usine, pas moins de 386 247 arbres d’une variété de saules qui croissent de six pieds par année et qui repoussent après leur coupe, ce qui lui assure une autonomie énergétique de 25 ans. Ce fut un investissement de quelque 50 000 $, dit-il.

«C’est un risque que j’ai pris. J’ai besoin de 250 tonnes. Il y en a 800 tonnes. On coupe le tiers, ça pousse de six pieds, puis on va au deuxième tiers» et ainsi de suite, raconte-t-il.

S’il installait deux panneaux solaires, en plus, il pourrait être autonome à 100 % pour tous ses besoins en énergie. «On peut installer un système comme ça dans une pourvoirie», fait valoir Laurent Gierula. La beauté du système, c’est qu’il ne génère pas de bruit.

Le P.D.G. d’Esys Energie a approché Hydro-Québec avec sa technologie de biomasse. «On aimerait faire un système de biénergie. «Avant, il y avait électricité-mazout. On aimerait faire la même chose avec électricité biomasse», dit-il.


« Ça me coûtait 4000 $ par mois pour le chauffage des salles tandis que là, ça va nous coûter 800 $ ou 900 $ »
Christian Lapierre

Christian Lapierre a beaucoup exporté en Australie et au Japon. L’entreprise se distingue maintenant non seulement par son prix compétitif, assuré par la stabilité et la faiblesse de son coût énergétique, mais aussi par une innovation dont il fera bientôt une annonce plus détaillée.

Il s’est en effet associé avec de jeunes entrepreneurs de Montréal qui fabriquent des pâtes de grillons, un aliment très riche en protéines pouvant aisément remplacer la viande en termes nutritifs. «On va être les seuls au Canada», dit-il.

Ces pâtes-là s’en iront sur les marchés de New York et de San Francisco, «peut-être Amazon», dit-il.

Son entreprise a aussi acheté deux fabricants de pâtes de Montréal qui n’avaient pas de relève.

M. Lapierre confie qu’il vit lui aussi un important problème de main-d’oeuvre. Il compte sur les immigrants pour combler ses besoins. «Il y a un développement résidentiel juste à côté. On va peut-être leur vendre des maisons. On verra», dit-il.

Le projet énergétique global de Décorticage JPL vaut près de 500 000 $. «Il faut être fou, un peu, pour faire ça à l’âge que j’ai là», reconnaît-il en précisant qu’il a de la relève pour assurer la suite des choses. Les jeunes fabricants de pâtes aux grillons viennent en effet s’installer dans son usine (anciennement Esta) à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. «On parle de faire ça en coop aussi», laisse-t-il entendre.

Laurent Gierula, lui, s’est récemment associé avec une entreprise de Thetford Mines, Compte-Fournier et rappelle que les énergies renouvelables, comme les panneaux solaires et la géothermie, demeurent des alternatives dispendieuses.

«Ce qui reste, dans le monde, ce sont les technologies de biomasse avec granules ou copeaux. Les meilleures technologies, selon lui, viennent d’Autriche et d’Allemagne.

«On a certifié, pour le Canada et les États-Unis, les systèmes en 2013. On vend ces systèmes-là assemblés au Québec pour le marché américain.»

«Ce sont les seuls qui ont accepté que l’on fabrique l’ensemble des composantes ici, au Canada», dit-il. C’est une façon de minimiser les gaz à effet de serre dans la chaîne de fabrication et de transport, fait-il valoir.

Le député de Champlain, Pierre-Michel Auger, est venu annoncer une aide financière de 327 458 $ à Décorticage JPL inc. pour sa conversion énergétique.

Cet appui provient de Transition énergétique Québec et s’inscrit dans le Programme de biomasse forestière résiduelle. Le projet de Décorticage JPL inc. permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 262 tonnes en équivalence de CO₂ par année alors que la biomasse encourage une activité économique régionale.