Le Service d’Intégration à l’Emploi Radisson fêtait ses 18 ans de service, vendredi, lors d’une journée portes ouvertes. Sur la photo: Audrey Alarie, coordonnatrice du secteur de l’employabilité au SIER, Stéphanie Langlois, conseillère en emploi et Amanda Roberts, conseillère en emploi.

Service d’intégration à l’emploi Radisson: la pénurie de main-d’œuvre change la donne

Trois-Rivières — Le Service d’Intégration à l’Emploi Radisson (SIER) a soufflé ses 18 bougies, vendredi, alors que le contexte de pénurie de main-d’œuvre facilite grandement l’ouverture des employeurs à embaucher des personnes avec un casier judiciaire ou qui présentent une problématique de toxicomanie, clientèle desservie par l’organisme depuis 2001.

«C’est très avantageux pour nous», lance la coordonnatrice du secteur de l’employabilité au SIER, Audrey Alarie. «Les bassins de main-d’œuvre qui étaient antérieurement négligés sont maintenant des bassins de main-d’œuvre vers lesquels les employeurs doivent se tourner», dit-elle.

Le SIER, qui aide des personnes judiciarisées ou présentant des problèmes de toxicomanie à retourner sur le marché du travail ou sur les bancs d’école, reçoit d’ailleurs des appels de la part d’entreprises chaque semaine. «Cet hiver, il y avait beaucoup de gens qui nous appelaient pour le déneigement», donne comme exemple Mme Alarie. «La pénurie de main-d’œuvre ouvre des portes plus grandes à notre clientèle».

Un éventail de possibilités

Alors que les personnes judiciarisées occupaient anciennement des emplois majoritairement journaliers en raison du manque d’intérêt d’employeurs de les embaucher, les possibilités se multiplient pour elles aujourd’hui. C’est du moins ce qu’a constaté Mathieu Grenier, conseiller en emploi depuis près de 14 ans au SIER.

«Au fil du temps, on a des gens qui sont de plus en plus scolarisés. [...] Aujourd’hui, c’est plus facile d’accéder à un DEP, donc des électromécaniciens, des soudeurs, des plombiers, on en voit beaucoup», commente M. Grenier.

C’est d’ailleurs le cas de François Desrosiers, qui a requis les services du SIER pour l’aider à faire un retour aux études dans un programme de soudage-montage, 20 ans après avoir quitté les bancs d’école. «Ils m’ont aidé pour mon CV, je suis allé faire élève d’un jour, j’ai eu la formation de chariot élévateur», explique celui qui est passé par quatre thérapies pour contrer ses problèmes de consommation avant d’entreprendre ces démarches de retour aux études avec l’équipe du SIER.

M. Desrosiers est particulièrement reconnaissant envers les conseillers du SIER qui l’ont accueilli de nouveau dans leurs bureaux après sa dernière rechute en 2017. «J’avais besoin d’être encadré, d’avoir quelques points de repère», dit-il.

Les défis toujours présents

Malgré la rareté de main-d’œuvre qui facilite le placement de la clientèle du SIER sur le marché du travail, les conseillers en emploi font toujours face à des idées préconçues de la part de certains employeurs.

«Il y en a qui pensent que c’est de la lâcheté, qu’ils ne sont pas fiables», raconte Mme Alarie. Cette dernière explique que parmi leur clientèle, certaines personnes ont un antécédent, d’autres plusieurs. On parle notamment de conduite avec les facultés affaiblies, de voies de fait et de délinquance sexuelle.

«Il n’y a pas de squelettes dans le placard, on leur donne l’heure juste. On travaille avec une très grande transparence avec les employeurs», affirme Mme Alarie. Le SIER offre d’ailleurs un suivi de maintien avec les employeurs qui décident d’embaucher des participants à leurs programmes.

«Avec notre clientèle particulièrement, le maintien ou la compréhension de la dynamique de la personne, ça peut être un défi pour l’employeur. Donc, de savoir qu’il y a un intervenant qui comprend bien tous ces enjeux-là, c’est sécurisant pour l’employeur», note Mme Alarie.

18 ans, un anniversaire significatif

Certains se demandent peut-être pourquoi le SIER a tenu à souligner son 18e anniversaire, au lieu du 15e ou du 20e. Cependant, pour la clientèle du SIER, 18 ans est un âge particulièrement critique.

«Pour certains d’entre eux, c’est à cet âge-là qu’ils ont connu des problèmes plus importants avec le système de justice», explique Mme Alarie. «C’est aussi l’entrée, pour la plupart, sur le marché du travail».

Plusieurs anciens participants, partenaires et employeurs ont participé à la journée portes ouvertes organisée pour le 18e anniversaire du SIER. M. Desrosiers était parmi ceux-ci. «La vie est belle présentement, donc je veux les remercier pour leurs services», conclut-il.