Claude Gagnon a récolté près de trois tonnes d’asclépiade dans ses terres en Haute-Mauricie.

Satisfait, mais inquiet

LA TUQUE — Claude Gagnon avait fait le pari, il y a trois ans, de cultiver de l’asclépiade dans le Haut Saint-Maurice. Ses efforts ont porté fruit, et la récolte est bonne. Près de trois tonnes ont été récoltées dans ses champs de La Croche. Toutefois, la bisbille entre la Coopérative Monark et Monark Éco Fibre laisse planer de l’incertitude bien que le producteur soit toujours convaincu de la qualité du produit et de sa place dans le marché.

«On a été surpris par notre récolte. On ne croyait pas qu’il y en avait autant. C’est quelque chose. On a eu un été de sécheresse. Dans ce temps-là, les abeilles travaillent moins. Les fleurs n’étaient pas toutes pollinisées, mais on est très satisfait quand même», lance d’entrée de jeu, Claude Gagnon.

Le producteur a récolté la grande majorité de ses terres à la main avec l’aide de sa famille et des amis.

«C’est un travail quand même ardu», assure-t-il.

Ombre au tableau, on se questionne sur l’avenir de l’asclépiade, la faillite de l’entreprise Industries Encore 3 et les démêlés entre la Coopérative Monark et Monark Éco Fibre n’ont rien de rassurant pour le producteur.

Il faut dire que le transformateur Monark Éco Fibre a décidé d’être maître de son approvisionnement après avoir été déçu du rendement de la Coopérative Monark, une organisation au service des producteurs d’asclépiade.

«J’étais très inquiet, et plusieurs de mes confrères étaient très inquiets. La récolte de l’an passé est encore dans des conteneurs. C’est illogique. […] Si on est optimiste pour l’avenir? Ça va dépendre de cette année à savoir si on va être payé et combien on va être payé. J’ai investi plusieurs milliers de dollars. Cette année, ça passe ou ça casse», indique M. Gagnon.

Ses inquiétudes ne sont toutefois pas partagées par l’agricultrice et présidente de la Coopérative Monark, Nathalie Léonard, bien qu’on estime que l’année 2018 soit une «année d’expérimentation».

«Au moins deux fois par semaine, il y a différentes compagnies qui m’approchent pour l’asclépiade. J’ai une compagnie de plein air de New York qui m’a contacté, une qui veut faire des couvertures, une autre qui ferait de la bourrure de toutous… Il ne faut pas oublier que c’est hypoallergène aussi», lance Mme Léonard.

À la coopérative Monark, on soutient que l’année 2018 sert à expérimenter des équipements, notamment une récolteuse et des différentes techniques reliées à l’entreposage.


« Ceux qui voyaient un moyen de faire une piasse rapide sont peut-être plus chambranlants. C’est là qu’on voit la différence »
Nathalie Léonard, présidente de la Coopérative Monark

«Il faut s’ajuster. On fait des tests et on se questionne sur plein d’affaires. Cette année, on va avoir de la fibre pour faire beaucoup plus d’échantillons que de grosses ventes, c’est ce que je pense.»

«Certains veulent une longue fibre blanche. Nous, si elle est plus courte ou jaune, ça ne nous dérange pas. C’est avec ça qu’on fait les doublures de manteaux, des absorbants pétroliers, etc.», explique-t-elle.

La présidente de la Coopérative Monark, Nathalie Léonard, sent également que les producteurs se motivent entre eux au sein de son organisation.

«Ceux qui croient vraiment au mouvement coopératif, ils se tiennent les coudes. Ceux qui voyaient un moyen de faire une piasse rapide sont peut-être plus chambranlants. C’est là qu’on voit la différence», a commenté M. Léonard.

Du côté de Monark Éco Fibre, on soutient qu’ils voulaient acheter de la Coopérative, mais qu’il n’y avait pas de livraison possible en raison «de l’échec» de la récolteuse mécanique de la coopérative.

«L’élément principal à savoir, c’est que nous sommes rentrés dans la filière de l’asclépiade pour lancer une commercialisation de produit à base d’asclépiade. Malheureusement, nous n’avons pas reçu de récolte en 2017 de la part de la Coopérative du fait que leur récolteuse mécanique ne fonctionnait pas. Nous avons demandé la récolte 2018 et ils n’étaient pas en mesure de livrer ce que l’on voulait. Ce n’était même pas 20%. Vous comprendrez qu’une entreprise ne peut pas fonctionner sans matière première», a indiqué le président, Chafic Zakaria.

L’entreprise a alors lancé l’appel directement aux producteurs d’asclépiade, comme Claude Gagnon, afin qu’ils les contactent directement pour leur vendre de l’asclépiade.

«Il y a des gens, qui font de la cueillette manuelle sauvage, qui nous ont contactés. Il y a d’anciens membres de la Coop et des membres actuels également. On a établi des contacts avec ces gens-là pour établir des relations pour assurer la pérennité de notre entreprise», note M. Zakaria.

Le recrutement de l’entreprise semble avoir porté fruit puisqu’on estime être en mesure d’obtenir un approvisionnement d’environ 50 tonnes de fibres pour l’année 2018.

Un chiffre qui pourrait être revu à la hausse en 2019 puisqu’on promet d’avoir accès à une nouvelle technologie de récolte mécanique.

«Une récolteuse qui fonctionne», insiste-t-il.

Malgré les accrochages entre les deux organisations, on aimerait pouvoir s’entendre avec la Coopérative. Le président, Chafic Zakaria, a souligné que les canaux de communication n’étaient pas rompus.

«On aurait bien aimé que ça puisse fonctionner avec la Coop», a-t-il lancé.

Le producteur Claude Gagnon estime toutefois que le produit a un énorme potentiel de développement. Rappelons que l’asclépiade, aussi appelé le soyer du Québec, est une plante aux propriétés absorbantes et isolantes. Selon le cultivateur latuquois, il faut prendre le temps de bien faire les choses.

«Beaucoup de compagnies attendent de savoir si nous allons être en mesure de fournir du matériel. Si on fournit seulement à petite échelle, personne ne va être intéressé. Il faut produire à grande échelle», a conclu M. Gagnon.