Alors que le contrat de travail vient à échéance le 22 novembre prochain, les négociations se poursuivent péniblement à l’Aluminerie de Bécancour, laissant présager un possible conflit de travail.

Risque de conflit de travail chez ABI

Bécancour — Un conflit de travail plane sur l’Aluminerie de Bécancour alors que selon le syndicat, «les négociations ne vont pas bien». Une situation qui préoccupe le milieu politique, au point où le député Donald Martel parle même d’une «négociation fondamentale pour l’avenir de l’usine».

«Je vais suivre ça de façon très attentive. Je souhaite que la négociation se fasse de bonne foi. La région a beaucoup trop à perdre. On ne peut pas se permettre un conflit», a-t-il commenté.

L’employeur souhaiterait instaurer, semble-t-il, un régime de retraite à deux vitesses, désavantageux pour les nouveaux travailleurs. Les syndiqués rejettent catégoriquement une telle discrimination envers les futurs travailleurs.

«Si le syndicat en vient à une entente à long terme, ça ouvre la voie à la modernisation nécessaire à l’A.B.I. qui n’est plus une première de classe en terme de modernité. D’un autre côté, je ne voudrais pas que la compagnie abuse de cette situation», poursuit le représentant caquiste de Nicolet-Bécancour. 

Le bras de fer se déroule alors que le gouvernement évalue la possibilité d’interdire dans la Loi sur les normes du travail les clauses orphelin dans les régimes de retraite et d’assurance. À Bécancour, où une forte vague d’embauches est à prévoir au cours des prochaines années, le syndicat dit rejeter la discrimination envers les nouveaux travailleurs.

«Nous faisons le même travail, il n’y a pas de raison que les salariés qui entrent n’aient pas droit au même régime de retraite. L’entreprise essaie de presser le citron en divisant les travailleurs entre eux. Nos employeurs doivent comprendre qu’au Québec, on refuse la discrimination envers les nouveaux travailleurs. Ça ne passe pas», fait valoir le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Avant l’A.B.I., d’autres employeurs ont tenté d’imposer des clauses de disparité de traitement dans les régimes de retraite. «Plusieurs se sont d’ailleurs heurtés à un mur», fait remarquer le dirigeant syndical.

Et le syndicat se plaît à rappeler que lors du congrès du Parti libéral tenu en juin 2015, les délégués avaient adopté une résolution pour interdire les clauses orphelin. D’où cette sortie, dit-il, pour mettre de la pression sur le gouvernement Couillard afin qu’il légifère et «évite de possibles conflits». Une opinion partagée par Force Jeunesse, qui en fait un cheval de bataille.

«On ne s’insère pas spécifiquement dans la négociation, mais de manière générale, pour nous, c’est une démonstration qu’il y a un problème, que ça crée une inéquité entre deux catégories de travailleurs sur la simple base de leur date d’embauche et on en appelle au gouvernement pour faire une modification à la Loi sur les normes du travail», déclare la présidente Sophie Tremblay, qui se dit confiante de voir Québec «aller dans le même sens de ce qu’on revendique depuis longtemps».

«Les Métallos se battent contre les clauses orphelin depuis plusieurs années. Nous demandons une loi pour rendre de telles clauses discriminatoires illégales dans les normes du travail, comme c’est déjà le cas sur les salaires depuis 2001. L’A.B.I. doit être consciente qu’elle se dirige droit dans un mur avec une telle demande. Nos confrères métallos se sont battus avant nous et nous sommes prêts à suivre leurs traces. Le contexte économique actuel est particulièrement favorable aux producteurs d’aluminium qui engrangent d’importants profits. Cela devrait se refléter dans les conditions des travailleurs», renchérit M. Masse.

Outre le régime de retraite, les négociations achoppent également au sujet du respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre alors que des centaines d’embauches sont à prévoir au cours des prochaines années.

«Il y a un processus de négociation et on va le laisser aller par respect au processus. De notre côté, on souhaite arriver rapidement à une entente satisfaisante pour les deux parties pour permettre à l’usine d’évoluer de façon compétitive à travers tous les cycles», a indiqué la conseillère en communication à l’A.B.I., Sara Dubé.

Fraîchement réélu, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, parle d’un dossier «majeur pour nous autres». «Ça me préoccupe beaucoup. C’est de loin la plus grosse entreprise de la Ville qui rapporte quatre millions de dollars en revenus sur un budget de 26 millions de dollars. C’est une période critique», a commenté celui qui trouve que son début de mandat contraste avec son retour en 2013, alors marqué par les grandes annonces de RER Hydro et Quest.

Pour le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, «c’est toujours inquiétant, mais les gens se parlent, ce qui est déjà positif».

L’A.B.I. compte 1030 employés. Le contrat de travail arrive à échéance le 22 novembre. «Présentement, nos positions sont assez éloignées, je ne vois pas de possibles ententes, mais notre objectif, c’est toujours d’avoir un contrat négocié et satisfaisant pour nos membres avant la fin du contrat», conclut le président syndical depuis 2001, Clément Masse.