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Les prochaines mesures de confinement pourraient être fatales pour les restaurateurs et propriétaires de bars.
Les prochaines mesures de confinement pourraient être fatales pour les restaurateurs et propriétaires de bars.

Restaurateurs et propriétaires de bars: plus inquiets que jamais

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
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À la veille de l’annonce par le gouvernement Legault de nouvelles mesures afin de freiner la propagation du coronavirus, les propriétaires de bar et les restaurateurs sont plus inquiets que jamais. Le prolongement de la fermeture des bars et des salles à manger pourrait porter à plusieurs le coup fatal.

«À chaque jour qui passe, c’est un drame qui s’ajoute», a mentionné François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association des restaurateurs du Québec. «On ne jouera pas à l’autruche. C’est une situation qui est de plus en plus intenable. C’est un cauchemar. Ce n’est pas tant de reconfiner le Québec qui est le problème. Ce que les mesures veulent dire c’est que l’ouverture des salles à manger est encore reportée de plusieurs semaines. C’est quelque chose qui est invivable pour l’industrie. 

«On avait pourtant bon espoir qu’en 2021, avec l’arrivée du vaccin, que l’on s’en irait vers quelque chose de meilleur. Et compte tenu de la situation actuelle, l’inquiétude c’est de devoir composer avec la fermeture de nos salles à manger pendant plusieurs mois encore. Et dans le contexte, les programmes gouvernementaux sont insuffisants pour assurer notre survie.»

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Pour les restaurateurs, un nouveau confinement et une la mise sur pause de l’activité économique pourrait faire très mal. Moins de déplacement de personnes, pour le travail ou la pratique de loisirs extérieurs, par exemple, aura un effet direct sur l’achat de mets pour emporter. Certaines périodes, comme celle du dîner, pourraient voir fondre leur clientèle. Et c’est sans compter la possible instauration d’un couvre-feu qui limitera encore davantage les déplacements à compter d’une certaine heure. 

«On parle hypothétiquement parce que rien n’a été confirmé. Mais qui dit couvre-feu implique que les gens seront invités à ne pas se déplacer après une certaine heure à moins d’une situation de grande importance. Et aller se chercher un burger à un comptoir ou à un service à l’auto, peut-être que ça ne sera pas un besoin important. Et si on se coupe de 80 % de la clientèle parce qu’elle ne peut plus sortir, y aura-t-il un intérêt à garder un service ouvert juste pour les travailleurs essentiels. Tout ça fait partie de l’équation et des inquiétudes.»

M. Meunier a rappelé les conséquences de la fermeture des salles à manger pendant six mois en 2020 qui a occasionné des pertes de six milliards $ pour l’industrie de la restauration. Il a ajouté que prolonger leur fermeture pour un autre trois mois en 2021 n’était pas un scénario qui était envisageable et qu’il fallait absolument que l’on trouve une manière de rouvrir le plus rapidement possible les établissements pour permettre à leurs propriétaires de gagner leur vie.

«D’autant plus qu’une autre inquiétude plane, soit de savoir s’il va rester des travailleurs quand nous reviendrons à une certaine normalité. Et c’est quelque chose qui a beaucoup d’impact sur la réflexion des gestionnaires de la restauration présentement.»


« À chaque jour qui passe, c’est un drame qui s’ajoute. »
François Meunier

Parlant de l’aide que les gouvernements offraient aux restaurateurs, M. Meunier a indiqué que les programmes les plus intéressants venaient du fédéral, soit la subvention d’urgence canadienne et la subvention salariale, des programmes qui ne sont pas des prêts. Il a ajouté qu’il y avait cependant du travail à faire au niveau provincial qui offre l’Aide aux entreprises en région en alerte maximale (AERAM), un prêt «pardon» mais dont le traitement de la demande doit être faite comme un prêt et qui demande donc une solvabilité, un minimum de potentiel de profitabilité, etc. Et plusieurs gestionnaires se sont vus refuser à ce financement parce qu’ils avaient déjà un taux d’endettement trop élevé. «On demande donc au provincial la mise en place d’un plan d’aide direct, pas des prêts, basé sur la baisse du chiffre d’affaires pré-COVID. Le gouvernement a la capacité d’identifier le montant de ces pertes, du moins pour les entreprises qui étaient en activité en 2019. Ceci permettrait d’automatiser et d’accélérer l’aide plutôt que d’attendre après des traitements de dossiers qui finalement n’aboutissent jamais.»

Vers une hécatombe

Fermés une première fois lors de la première vague de la pandémie au printemps puis une seconde fois en septembre après avoir été obligés de devancer l’heure de fermeture de leur commerce en juillet, les bars devront vraisemblablement attendre encore plusieurs semaines avant de recevoir des clients. Rien pour améliorer une situation qui est déjà compliquée pour les propriétaires des établissements.

«Les gens ne pourront pas toffer comme ça longtemps», a lancé M. Renaud Poulin, pdg de la Corporation des propriétaires de bars du Québec. «Il va y avoir des conséquences dans le futur. Les dettes s’accumulent et ça va être de plus en plus difficile. Parmi les propriétaires de bar qui sont à loyer, certains ont commencé à fermer. Ils savent qu’à la fin de la pandémie, ils ne pourront pas arriver à rembourser toutes leurs dettes. Chaque semaine, il y a des propriétaires qui choisissent d’abandonner.»

M. Poulin n’a pas caché que les derniers mois n’avaient apporté que de la déception à ses membres. D’abord parce que le gouvernement s’était montré insensible à leurs demandes de réouverture. Mais aussi parce que l’aide promise au printemps l’a été sous forme de prêts qui doivent être remboursés. Et l’aide financière que reçoivent maintenant les propriétaires ne couvre qu’une partie des frais fixes.

Selon M. Poulin, les propriétaires qui, en ce moment, décident de fermer le font parce qu’ils sont découragés. Il croit cependant que l’hécatombe aura lieu à réouverture des commerces. «C’est à ce moment-là que nous verrons beaucoup de faillites, c’est quand les propriétaires vont être obligés de payer toutes ces dettes-là. En ce moment, les gens peuvent survivre avec les prêts de 40 000 $ et de 20 000$. Mais ils savent que quand viendra le temps de rembourser, ça pourrait être difficile. Ils gardent cependant espoir. Ils espèrent toujours recevoir une aide financière du provincial. Mais si cette aide-là ne vient pas, il y en a beaucoup qui vont abandonner.»

Poulin a conclu en disant que les propriétaires de bar avaient uni leurs voix à celle des propriétaires de salle d’entraînement et de restaurateurs pour obtenir une subvention, et non un prêt, dont le montant calculé en fonction de leur chiffre d’affaires lors des années précédentes. La demande a été déposée au début du mois de décembre. La réponse fait toujours attendre.»