Krystel Levasseur, propriétaire de La Perle Rare aux Galeries du Cap, espère sensibiliser les consommateurs à l’importance de l’achat local.

Repérage en magasin: un impact réel pour les commerces locaux

TROIS-RIVIÈRES — Vous est-il déjà arrivé de vous rendre dans un magasin local pour essayer ou sélectionner un bien, mais rentrer à la maison les mains vides et finalement commander l’article en ligne? Selon un récent sondage, le phénomène du «repérage en magasin» touche plus de 60 % des commerçants locaux. Mais pour des détaillants de la Mauricie, comme partout au Québec, la pratique a de lourdes conséquences.

«Je crois que les gens ne réalisent pas l’impact que ça peut avoir pour les commerçants locaux, mais ça a un impact réel. On sait que la technologie est là pour rester et c’est correct. Mais je souhaite que les gens aient aussi une conscience locale lorsqu’ils achètent, ou à tout le moins qu’ils achètent au Québec, parce que ça permet aux gens d’ici de travailler ici.» C’est en ces mots que la propriétaire de la boutique La Perle Rare des Galeries du Cap, Krystel Levasseur, résume le phénomène.

Impossible pour elle de dire précisément les impacts que peut avoir le repérage en magasin sur son chiffre d’affaires, mais elle remarque que le phénomène s’est accentué depuis les deux dernières années. «On ne le sait pas toujours parce que les gens ne le disent pas ouvertement. Mais oui, des clients viennent ici pour essayer des grandeurs de bagues ou de montres et repartent sans acheter pour aller commander en ligne», déplore-t-elle.

Et elle est loin d’être la seule. Selon des données publiées cette semaine par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), 60 % des commerçants disent avoir été confrontés au repérage en magasin. Pour un commerçant sur trois, cette pratique a de forts impacts sur les ventes, révèle ce sondage. Quant aux consommateurs, 55 % disent recourir à cette pratique, et cette proportion grimpe à 75 % lorsqu’on considère la branche 18-34 ans.

«Alors qu’elle a reçu des centaines de messages de ses membres, la FCEI tient à sensibiliser sur cette pratique à l’occasion du Vendredi fou, alors qu’elle prive nos commerçants locaux de revenus potentiels, mais fait pâtir, par effet rebond, toutes les communautés locales», a fait savoir la FCEI par voie de communiqué, à la veille du Vendredi fou, où des milliards de dollars seront dépensés en ligne ou en magasin en Amérique du Nord.

«Je ne suis pas du tout contre le magasinage en ligne, mais je souhaite qu’on prenne conscience de l’importance d’encourager les entreprises québécoises. Ça a des effets sur les emplois des gens d’ici. Pour les propriétaires, les frais fixes ne diminuent pas non plus. C’est un cercle vicieux», constate Krystel Levasseur, qui espère réussir à sensibiliser les consommateurs.

Pour Gaétan Delisle, propriétaire de la Boutique de la Balayeuse, il est clair que le phénomène du repérage en magasin touche tous les commerces locaux. Il est d’avis que les commerçants n’ont plus le choix de s’adapter pour y faire face, et offrir une valeur ajoutée qui fera que les consommateurs verront l’avantage d’aller chez leur commerçant local plutôt qu’en ligne.

Ainsi, une personne qui achèterait une machine espresso en ligne et constaterait un défaut une fois à la maison devra se débrouiller pour les retours et les échanges, en n’économisant pas tant de temps et d’argent au bout de la ligne.

«Ici, quand quelqu’un vient acheter sa machine à café, on lui explique le produit, on lui fait un café pour démonstration. Après l’achat, on va offrir une formation d’une heure pour ceux qui le souhaitent, et on va s’occuper du service après-vente. Il faut arriver à se démarquer parce qu’on ne pourra pas empêcher le commerce en ligne», croit-il.

Gaétan Delisle indique par ailleurs que devant l’ampleur du phénomène, la Boutique de la Balayeuse songe sérieusement à se doter d’un site Internet transactionnel sous peu, pour permettre aux clients de la boutique de pouvoir effectuer leurs achats en ligne, mais dans un commerce local.