Mario De Tilly, directeur général d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières, se désole de constater que «les restaurateurs furent les premiers à subir les contrecoups et ils seront les derniers à revenir à l’état normal».
Mario De Tilly, directeur général d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières, se désole de constater que «les restaurateurs furent les premiers à subir les contrecoups et ils seront les derniers à revenir à l’état normal».

Réouverture graduelle de l’économie: le milieu exprime ses attentes et ses inquiétudes

Trois-Rivières — « Notre plus grand souhait, c’est que le maximum de secteurs soient favorisés par les annonces. Il faut que l’économie reparte et que ce soit plus significatif que tout ce qu’on a vu jusqu’à maintenant ».

Voilà ce que la présidente de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Johanne Hinse, espère par rapport à la réouverture graduelle de l’économie qui sera annoncée mardi par François Legault.

Celle-ci s’attend à ce que certains secteurs rouvrent plus vite que d’autres, comme celui des services professionnels. Et du même souffle, elle aimerait que la construction ait «un petit peu plus de liberté» tout comme le manufacturier.

«Ceux qui se sont réinventés réussissent, on n’entend pas de COVID-19. Et ça fait déjà une semaine que la construction est lancée et on n’a pas entendu de cas d’horreur encore», fait-elle remarquer.

À son avis, la restauration ne repartira pas tout de suite en raison des défis de distanciation. Un constat partagé par le directeur général d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières, Mario De Tilly.

«Il va falloir être extrêmement imaginatif. Comment peut-on faire de la restauration dans un espace où on doit faire du confinement? Ça risque d’être assez difficile, mais rien n’est impossible. Ce que je trouve de très triste, les restaurateurs furent les premiers à subir les contrecoups et ils seront les derniers à revenir à l’état normal», confie-t-il.

Celui-ci suivra attentivement l’annonce du premier ministre du Québec, histoire de voir «le nombre de commerces ou d’entreprises qui vont pouvoir redémarrer le plus rapidement possible».

«On a mis en place une série de programmes et ces mesures-là font en sorte qu’on pouvait régler une problématique de fonds de roulement entre le 13 mars et aujourd’hui. Mais si on ne redémarre pas les entreprises non essentielles, ce trou de fonds de roulement va continuer à se creuser», craint-il.

Or, à la lumière de consultations faites par son équipe auprès de plus de 200 entreprises, et ce nombre devrait atteindre 350 d’ici la fin de la semaine, «il y a un fort contingent d’entreprises, surtout de la PME, dont la probabilité de non redémarrage est élevée».

«On en est malheureusement bien conscient. On va faire tout en notre possible pour qu’il y en ait le moins possible, mais tous les sauver, à mon avis, relève de l’impossibilité», avoue celui qui rapporte que certains entrepreneurs rencontrés sont non seulement très nerveux, mais aussi désespérés. «Il y a des gens que ça va bien », a-t-il toutefois précisé.

Pour le professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin, «si on exclut les petits commerces, les bars, les restaurants pour qui ça ne va vraiment pas bien, pour le reste de l’économie, ça pourrait repartir vraiment rapidement pour autant qu’on sache comment ça va se passer les choses».

«Il faut que le message soit le plus clair et le plus transparent possible. Il faut qu’il y ait une fenêtre possible où on peut se dire: ok, il faut qu’on respecte les règles sanitaires, mais au niveau économique, il n’y en aura pas de danger pendant cette fenêtre-là, deux, trois, quatre mois. Vous pouvez y aller», soutient celui pour qui la confiance est le mot clé.

Selon ce spécialiste, il faudrait avoir un niveau de précision important sur «comment ça va ressembler les règles sanitaires, secteur par secteur, quitte à avoir des exemples de gens qui travaillent déjà en respect des normes sanitaires aujourd’hui et qui sont pleinement opérationnels ».

«Je croise mes doigts, mais j’espère vraiment qu’on va créer des conditions pour créer un mini-boom économique au courant de l’été qui va faire du bien aux gens et qui va en partie compenser la perte de revenus», poursuit M. Laurin.

Pour sa part, le président des Manufacturiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Cyrille Morvan, considère «qu’on n’a pas le choix». «Il faut commencer à ouvrir, à déconfiner graduellement et voir ce qui va se passer. L’économie en a besoin. On ne peut pas continuer à sortir des milliards comme ça des poches des contribuables. Même si c’est pour leur bien, on va payer pour ça pendant de nombreuses années», affirme-t-il.

Ce qu’il a pu observer dans les entreprises qui ont continué à fonctionner parce que c’était des besoins essentiels, c’est qu’il n’y aurait pas eu plus de problématique que dans le reste de la population qui était confiné.

« Le plan de match, c’est définitivement d’avoir une structure de gestion de distanciation, d’hygiène, de salubrité, qui est à mettre en place, à structurer et à contrôler surtout », fait-il savoir.

Ce dernier avance que toutes les entreprises ont déjà réfléchi à un redémarrage. «Au MMCQ, ce qu’on pense faire et probablement ce qu’on va devoir faire, c’est informer nos manufacturiers des principes de déconfinement, de distanciation, d’hygiène. C’est sûr que ça va avoir un coût énorme parce qu’il y a des gens qui vont devoir s’occuper de ça à l’interne», souligne-t-il, évoquant tout ce qui s’appelle nettoyage et respect des distances entre les travailleurs.

Finalement, Mario De Tilly dit ne pas envier la position du premier ministre François Legault. « Je n’aimerais pas être dans sa peau. C’est une situation très complexe parce qu’il y a aussi beaucoup d’émotions. On est dans l’émotion pure, il y a des gens qui sont effrayés, paralysés, il y a de tout en ce moment. Il va falloir qu’il soit capable de composer là-dedans en proposant des nouvelles façons de travailler pour sécuriser le plus possible les gens nerveux», conclut le directeur général d’IDE Trois-Rivières.