Jean Chrétien

Renégociation de l'ALENA: Chrétien se montre rassurant

Jean Chrétien partage l'avis d'un conseiller du président américain, Stephen Schwarzman, qui rassurait dernièrement les Canadiens au sujet des conséquences d'une renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain. L'ex-premier ministre rappelle que les relations commerciales ont été ponctuées de différends au fil des décennies, ce qui ne les a jamais empêchées de demeurer très fructueuses.
M. Chrétien annonçait une contribution familiale de plus de 800 000 $ pour la Maison des Trois colombes vendredi matin, une résidence de soins palliatifs à Shawinigan. Observateur toujours intéressé de la politique internationale, il suit de près l'arrivée au pouvoir du président Trump et ses appels à renégocier des traités au bénéfice des Américains.
«Il ne parle pas beaucoup du Canada à ce moment-ci», observe-t-il. «Pourquoi? Parce qu'il n'y a rien qu'ils achètent de nous dont ils n'ont pas besoin et nous n'achetons rien d'eux dont nous n'avons pas besoin. C'est pas mal intégré.»
«Ils n'ont jamais respecté l'ALENA sur le bois d'oeuvre», ajoute-t-il. «C'est un des problèmes qu'on a avec les Américains. (...) On est habitué. Il faut manoeuvrer.»
Bien sûr, une renégociation peut amener des complications, mais M. Chrétien rappelle qu'il s'agit d'un élément inhérent à tout dossier politique.
«C'est sûr que ça va amener des changements», convient-il. «Il y a des éléments de l'ALENA que je n'aimais pas, que j'aurais voulu changer. Ça va donner l'occasion aux gouvernements d'aujourd'hui d'ajuster plein de choses. Très souvent, c'était très frustrant avec les États-Unis. Clinton ou Bush me disaient souvent que j'avais raison, mais qu'il n'y avait rien qu'ils pouvaient faire en raison de la balance des pouvoirs. Le président n'a pas autant de pouvoirs qu'il le dit!»
«Si ce n'était pas compliqué, vous n'auriez pas d'ouvrage, les journalistes!», rigole-t-il. «C'est le plaisir d'être en politique, d'être au coeur des conflits et de survivre. Des fois, on ne survit pas. Moi, j'ai survécu pendant 40 ans!»
Sans surprise, M. Chrétien considère que l'ALENA a profité aux populations des trois pays signataires.
«Si les prix sont moins chers, le consommateur en profite», commente-t-il. «Si tout était fait au Canada, tout serait plus cher. La globalisation nous enrichit. Le problème, c'est le partage de la richesse qui n'a pas été bien géré.»
Toujours aussi bon raconteur, M. Chrétien rappelle que Ross Perot, candidat à l'élection présidentielle de 1992 et 1996, l'avait déjà «supplié» de bloquer l'ALENA.
«Il m'avait dit que si je le bloquais, il érigerait un gros monument au Texas», raconte-t-il. «Je lui avais dit que je ne voulais pas de monument au Texas; il n'y a personne qui vote pour moi là-bas!»
En ce qui concerne l'érection du fameux mur à la frontière mexicaine, M. Chrétien croit que si la mesure avait été efficace, cet obstacle inachevé aurait déjà été complété.
«Ils l'avaient commencé et ils l'ont arrêté», rappelle-t-il. «Pourquoi? Parce que ça ne devait pas être efficace. Même si le mur est haut, pour ceux qui passent en-dessous, ça ne change rien!»