Après avoir écrit trois livres de recettes avec son entreprise Créations Les Gumes, Annik De Celles lance Entreprendre l’alimentaire, un livre qui se veut un guide pour les apprentis entrepreneurs du domaine de l’alimentation.

Redonner aux apprentis entrepreneurs

TROIS-RIVIÈRES — Vous connaissez peut-être Annik De Celles comme étant la femme derrière Créations Les Gumes, cette entreprise de desserts faits à base de légumes. L’enseignante de formation souhaite désormais partager ses conseils aux gens qui veulent se lancer en affaires dans le domaine de l’alimentation, avec son livre Entreprendre l’alimentaire, qui est maintenant disponible en librairie.

«Je me suis dit, "Je veux écrire le livre que moi j’aurais aimé avoir"», explique Mme De Celles. Le livre, qui se veut un guide pour les apprentis entrepreneurs, comprend de l’information sur les différents aspects à considérer lorsque vient le temps de se lancer en affaires dans le domaine de l’alimentation.

On y aborde autant le côté marketing, réseaux sociaux et image de marque que l’aspect plus technique qui comprend l’approvisionnement, la réglementation et les valeurs nutritives. Mme De Celles partage également dans son livre des anecdotes «Yé» ou «Oups» qui constituent ses bons et mauvais coups de son parcours en entrepreneuriat.

En plus de se fier sur sa propre expérience pour l’écriture d’Entreprendre l’alimentaire, l’auteure a collaboré avec pas moins de 14 partenaires du domaine de l’alimentation. Parmi eux figurent Patrice Plante, de Monsieur Cocktail, Mériane Labrie, de Madame Labriski et Virginie Faucher, de Chocolats Favoris. «Ils ont tous leur créneau, donc ça amène un autre angle», indique Mme De Celles.

L’auteure a également voulu incorporer le témoignage d’un propriétaire de supermarché, Mario Goulet, qui offre une perspective habituellement peu partagée au grand public. «C’est rare qu’on entend un épicier parler de comment il choisit ses produits», explique Mme De Celles. «On sait qu’il va choisir le ketchup Heinz et les denrées habituelles, mais comment fait-il pour choisir un petit produit comme la confiture d’une madame qui produit dans le quartier?», illustre-t-elle.

C’est en démarrant son entreprise qu’Annik De Celles s’est rendue compte du manque d’outils adaptés aux entrepreneurs en alimentation. «Trouver l’information, c’est long, c’est souvent partiel et il faut souvent appeler pour comprendre en plus», affirme celle qui raconte s’être déjà réveillée en pleine nuit en se demandant si son entreprise était dans les normes. «Je me suis démenée beaucoup à apprendre les rouages, à chercher de l’information, à ne pas connaître tous les choix que j’avais pour chaque étape».

C’est qu’au moment de démarrer son entreprise, Annik De Celles ne connaissait strictement rien à l’entrepreneuriat et au domaine de l’alimentation.

D’enseignante à entrepreneure

Annik De Celles s’est retrouvée dans le bureau de sa nutritionniste, en 2011, alors enceinte de son troisième enfant. Celle qui se décrit comme une «fan finie» de desserts venait d’apprendre qu’elle était atteinte de diabète de grossesse.

«Ma nutritionniste m’a dit à la blague, ‘Tu ne peux plus manger de dessert, mais si seulement ils étaient faits de légumes, tu pourrais peut-être en manger’», raconte l’auteure. Voyant que l’offre sur le marché se limitait aux gâteaux aux carottes et pains aux zucchinis de ce monde, elle a commencé à créer des recettes.

«J’ai créé mes produits pour moi, au début, et j’ai vite vu un engouement», affirme Mme De Celles, qui travaillait à ce moment comme enseignante d’anglais dans une école secondaire.

C’est alors qu’un samedi matin, elle a fait quelques recherches pour finalement décider de lancer son entreprise de desserts faits à base de légumes, Créations Les Gumes. Ses recettes l’ont menée à écrire trois livres de cuisine, à vendre ses produits en épicerie et à participer à des productions télévisuelles telles que L’Épicerie et Dans l’œil du dragon.

Par contre, en 2016, elle décide à contrecoeur de fermer l’entreprise à la suite d’un épuisement professionnel. Elle a alors repris l’enseignement, et souhaite maintenant redonner aux apprentis entrepreneurs en leur partageant des conseils qu’elle aurait elle-même aimé recevoir lors de ses débuts.

Mieux outiller les entrepreneurs

L’auteure affirme sans gêne qu’elle aurait fait certaines choses différemment dans son entreprise si elle avait eu accès aux outils qu’elle met de l’avant dans son livre.

«Entre le faire et le faire faire, je pense que ça a été un de mes premiers choix qui aurait dû être plus réfléchi», dit-elle. «Dans ma tête et dans la tête de plusieurs entrepreneurs, il y a la phase où tu le fais dans ta cuisine et il y a la phase où tu as ton local, ta place à toi, ton équipement».

Mme De Celles ne considérait pas nécessairement les possibilités qui s’offraient à elle autre que de porter seule la production et la gestion des Créations Les Gumes. La production des produits a cependant fini par prendre beaucoup de place dans le 5 1/2 où vit sa famille de cinq personnes.

«Mes enfants devaient porter un filet dès qu’ils entraient dans la maison parce que j’étais en production, j’avais le congélateur dans ma chambre, parce que je n’avais pas d’autre place pour mettre les purées de légumes, c’était compliqué», raconte l’auteure.

Lorsqu’elle a commencé à vendre des produits en épicerie, Mme De Celles a trouvé un local commercial où elle pouvait produire ses recettes de dessert. Elle a dû, cependant, signer un bail de cinq ans afin d’en faire l’acquisition.

«J’ai signé mon bail et fait venir l’équipement sans jamais penser que j’aurais pu me trouver des contrats, les signer, bien calculer mes affaires et aller voir un pâtissier qui a déjà de l’équipement et un local et qui a peut-être de l’intérêt pour doubler sa production ou occuper sa main-d’oeuvre», explique Mme De Celles.

Elle fait maintenant d’une pierre deux coups en jumelant ses deux passions, l’enseignement et l’entrepreneuriat, en contribuant à mieux outiller les personnes qui veulent se lancer en affaires. «Je ne peux pas laisser cette expérience-là sur la table et ne pas en faire profiter à quelqu’un», dit-elle.

Rendre des rêves possibles

«C’est fou comme il y a des gens qui ont ce petit rêve secret et qui ont juste besoin d’un petit coup de pouce pour passer à l’étape suivante», indique Mme De Celles. L’auteure considère son livre Entreprendre l’alimentaire comme un bon «entre-deux» pour les personnes qui ont une idée d’entreprise en tête, mais qui ne sont pas encore prêtes à entreprendre des démarches officielles pour la mettre sur pied.

Elle croit également que la lecture du guide pourrait amener certaines personnes à reconsidérer leur idée. «Certains pourraient se dire, "Moi, je vais écrire un livre de recettes ou un blogue au lieu de me partir une ligne de produits, parce que je ne suis pas prêt à entreprendre tout ça"», souligne l’auteure.

Finalement, pour Annik De Celles, tout est une question d’entreprendre «à sa mesure».