L’usine de Bécancour de PureSphera tourne au ralenti, faute de recevoir suffisamment d’appareils contenant des gaz réfrigérants.

Recyclage des appareils réfrigérants: PureSphera espère d’autres mesures

Bécancour — Le gouvernement du Québec diffusait mercredi, dans la Gazette officielle du Québec, un projet de règlement pour modifier l’encadrement des halocarbures, qui se retrouvent notamment dans les réfrigérateurs, congélateurs et climatiseurs, dans la Loi sur la qualité de l’environnement. Si ce projet de règlement vise à réduire la quantité de ces substances qui s’échappe dans l’atmosphère, il n’oblige pas les propriétaires d’appareils réfrigérants à les remplacer lorsqu’ils sont désuets, ce qui aurait donné un sérieux coup de pouce à l’usine de Bécancour de PureSphera.

En juin dernier, l’entreprise révélait que cette usine, qui récupère la quasi-totalité des halocarbures contenus dans ces appareils, fonctionne au ralenti, étant donné le faible volume qu’elle reçoit. PureSphera comptait sur la mise en place de frais de gestion environnementale (écofrais) sur ces appareils, un montant que le commerçant ajoute au prix de vente et qui sert à assumer une partie de ses coûts de recyclage. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait tenté en 2018 d’instaurer une telle mesure, avant de faire marche arrière.

Même s’il n’est pas question d’écofrais dans le projet de règlement, Mathieu Filion, directeur de l’exploitation de PureSphera, ne désespère pas pour son usine pour autant. Au contraire, il se réjouit de cette modification à la loi.

«C’est une bonne nouvelle pour la planète et ça jette les bases de toutes les prochaines actions (pour réduire les émanations d’halocarbures dans l’atmosphère) qui vont venir dans les prochaines semaines, mois et années, avance-t-il. Nous sommes bien contents de ça. Ça n’aura pas un impact direct sur nos opérations, mais ça va permettre à tout le monde de mieux encadrer tout ce travail-là qui est à faire.»

Pas de fermeture en vue

Le statu quo se prolonge donc pour l’usine de Bécancour, en attendant que le gouvernement incite davantage de citoyens, entreprises et organisations à lui confier ses électroménagers usagés. M. Filion assure cependant que si les actions tardent à venir, la survie de l’usine n’est pas en jeu, bien que quelques personnes pourraient perdre leur emploi.

«Il n’y aura pas d’exportation de la machine ailleurs ou de fermeture sauvage, assure-t-il. Mais si ça tarde encore, il va falloir retarder les embauches et peut-être quelques mises à pied, ce qui n’est pas souhaitable non plus. Ça entraînerait une mise en veille de la technologie.»

PureSphera utilise une technologie qui lui permet de récupérer la quasi-totalité des halocarbures contenus dans les appareils de réfrigération, de congélation et de climatisation.

Outre les conséquences de cette attente pour les employés, M. Filion rappelle que chaque réfrigérateur dont les halocarbures ne sont pas correctement récupérés, surtout ceux se trouvant dans la mousse isolante, risque de polluer davantage. Selon Recyc-Québec, un réfrigérateur mal récupéré peut engendrer autant d’émissions de CO2 qu’une voiture parcourant 17 000 km.

M. Filion se dit toutefois optimiste face aux actions qui seront, selon lui, mises en place dans un avenir prochain. «On espère encore plus, parce qu’il reste beaucoup de choses à faire. Dans le domaine automobile et des appareils domestiques, plus de travail peut être fait. Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais je pense que le gouvernement est dans une mouvance où il tend vers ça», soutient M. Filion.

Occasion manquée

La députée solidaire de Mercier, Ruba Ghazal, qui a visité récemment l’usine de PureSphera à Bécancour, déplore pour sa part que la modification du règlement sur les halocarbures ne concerne à peu près pas le secteur résidentiel. Elle appelle également à la mise en place d’un écofrais.

«Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas profité de l’occasion pour déposer ce règlement nécessaire? La récupération efficace des halocarbures n’est pas un caprice d’écolo, mais bien une démarche qui pourrait réduire nos émanations de GES de manière importante», a-t-elle indiqué dans un courriel.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, n’était pas disponible pour répondre aux questions du Nouvelliste, jeudi.

«Nous étudions actuellement quelles mesures réglementaires pourraient être mises en place afin de minimiser l’impact environnemental lié à la disposition des appareils domestiques (notamment en matière d’émissions de GES), mais aucune décision en ce sens n’a encore été prise», a indiqué par courriel l’attaché de presse de M. Charette, Louis-Julien Dufresne.

Mathieu Filion, directeur de l’exploitation chez PureSphera.

Avec la collaboration de Patricia Cloutier, Le Soleil