L’économiste régional indépendant, Jules Bergeron.

Recul de 1,2 % en 2017

TROIS-RIVIÈRES — Selon l’État du marché du travail du Québec publié par l’Institut de la statistique, le nombre de personnes en emploi dans la Mauricie a diminué de 1,2 % en 2017 par rapport à 2016.

«C’est un constat surprenant, dans un contexte où tous les intervenants mettent en évidence les pénuries de main-d’œuvre dans différents secteurs de l’activité économique mauricienne», souligne l’économiste régional indépendant, Jules Bergeron.

Même si l’économie régionale, du moins pour certains secteurs, semble fonctionner à plein régime, il faut reconnaître, dit-il, que le niveau de personnes occupées atteint dans la région l’an dernier ne constitue pas en soi un record. «Néanmoins, le niveau d’emploi de 2017 figure parmi les très bonnes performances de la Mauricie à ce chapitre», fait-il remarquer.

L’an dernier, l’effectif au travail se chiffrait donc à 119 800 personnes dans la région alors que pour la même période, plus de 90 000 nouveaux emplois ont été créés au Québec, pour un accroissement de 2,2 %. Au niveau provincial, il s’agit d’ailleurs de la hausse la plus importante depuis 2002.

Dans la province, la progression de l’emploi profite plus aux femmes (+ 24 000) qu’aux hommes (+ 12 000). D’ailleurs, en compagnie de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, le Québec est l’une des principales sources de la croissance de l’emploi au Canada en 2017. L’augmentation de l’emploi au Québec s’observe surtout dans l’emploi à temps plein et chez les hommes (+ 64 700). En outre, elle profite uniquement aux personnes de 25 ans et plus.

L’emploi permanent (+ 69 000) est à l’origine d’une bonne partie de la croissance provinciale de l’emploi en 2017. Les diplômés universitaires ont connu une forte augmentation de l’emploi (+ 74 500), laquelle correspond à plus du double de la hausse observée en 2016. La progression de l’emploi en 2017 se concentre à Montréal et en Montérégie.

Par ailleurs, le taux d’emploi se fixe à 60,9 %. Chez les 15-64 ans, il s’élève à 74 % et atteint ainsi un sommet depuis 41 ans, soit depuis que les données sont disponibles.

«En Mauricie, le taux d’emploi demeure toujours à un niveau famélique, soit 53, 2% en 2017, donc 7,7 points en bas de la moyenne québécoise. A ce niveau, il est moins élevé qu’en 2016 et à peine mieux qu’il y a 10 ans», observe l’ancien professionnel chez Emploi-Québec.

Et à 6 % de taux de chômage en 2017, la Mauricie établit un record en ce qui a trait à la part de sa population active à la recherche d’un travail, «surtout pour une région qui, jusqu’en 2014 inclusivement, avait un taux de chômage avoisinant 9 %». Au Québec, le taux de chômage continue de diminuer et s’établit à 6,1 % en 2017. Il s’agit d’une baisse d’un point de pourcentage par rapport à 2016.

«Compte tenu que toutes les régions du Québec, même celle de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, ont bénéficié de la même tendance, il est intéressant de voir la Mauricie faire partie du lot des régions gagnantes à ce chapitre», confie M. Bergeron.

Malgré «ces belles statistiques», la Mauricie fonctionne-t-elle vraiment à plein régime? «Rappelons que lors du colloque organisé en mars 2018 par l’organisme GROUPÉ, il y avait encore 22 000 personnes prêtes à être employées d’une manière ou d’une autre en Mauricie. Le vieillissement de la population produit un effet inaltérable sur le marché du travail de la région, avec un taux d’activité continuellement en bas de la moyenne québécoise, mais il s’agit ici d’une tendance presqu’historique, constatée depuis plusieurs années. Et si la pression démographique produit des effets durables sur le marché du travail régional, c’est bien le défi de l’excellence au chapitre de l’intégration en emploi qui crée encore une pression plus forte», conclut le spécialiste.