Normand Pelletier, conseiller syndical pour l'Alliance de la fonction publique du Canada.

Ratés de Phénix: «Il n'y a rien de réglé»

Le bureau satellite de Shawinigan contribuera assurément au nouvel effort annoncé par le gouvernement fédéral, mercredi, afin d'arrêter l'hémorragie des irrégularités observées dans les payes des fonctionnaires depuis avril 2016.
Par contre, impossible de savoir, pour le moment, combien de personnes s'ajouteront à la douzaine toujours en fonction au deuxième étage de l'édifice du bureau de poste, à l'intersection de l'avenue de la Station et de la 4e rue de la Pointe.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, des erreurs arrivent encore aux oreilles des représentants syndicaux pratiquement tous les jours, selon Normand Pelletier, conseiller syndical à l'Alliance de la fonction publique du Canada.
«La machine continue à nous dire que 2+2 égale 6», image-t-il.
«Il n'y a rien de réglé. Quand une personne est payée en trop, la politique du gouvernement prévoit que lors des semaines suivantes, il percevra 15 % du salaire jusqu'au remboursement. Tout le monde est d'accord avec ça. Mais la machine Phénix décide qu'elle prend 100 % du salaire jusqu'au remboursement. La personne reçoit donc un talon de paye de 0 $. Elle doit donc faire une demande d'avance d'argent. On travaille en double et en triple! Personne n'est capable de dompter la bête. On ne voit pas le bout.»
«La machine continue à produire des choses aberrantes», résume M. Pelletier. «Le gouvernement engage du monde, mais les gens ne fournissent pas à pallier les erreurs que la machine continue à produire.»
Mercredi, Services publics et Approvisionnement Canada annonçait un investissement de 142 millions $ pour régler ces problèmes de payes, qui ont touché au moins 82 000 fonctionnaires fédéraux à travers le Canada. Cette somme permettra d'ajouter 200 agents de rémunération. Elle s'ajoute aux 50 millions $ déjà investis pour les mêmes motifs l'an dernier.
Difficile de savoir précisément combien d'employés fédéraux sont touchés en Mauricie, mais M. Pelletier retient surtout que la situation ne s'améliore pas.
«Je ne peux pas dire un nombre, mais je peux dire que ça n'a pas diminué», déplore-t-il. «Les cas qu'on résout, ça a pris six ou neuf mois. Pendant ce temps, la machine a continué à ramener de nouveaux problèmes.»
«Au syndicat, ça fait un an et demi qu'on dit au gouvernement de sacrer ça à la poubelle, de reprendre l'ancien système ou d'en trouver un autre, parce que sinon, on ne s'en sortira jamais», dénonce le représentant.
«Je suis bien content que le gouvernement engage 200 employés. Ça nous donne de l'ouvrage, mais c'est plus de 140 millions $ qu'ils dépensent parce qu'ils s'entêtent à garder une machine qui ne fonctionne pas. Si nous étions une compagnie privée, ça fait longtemps qu'on serait fermé!»
L'ex-gouvernement conservateur avait prévu la fermeture du service de paye de Santé Canada à Shawinigan le 31 mars 2016 et le transfert des activités à Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Les ennuis du nouveau système Phénix, qui devait permettre des économies annuelles de 70 millions de dollars au gouvernement canadien, ont provoqué le prolongement des activités à Shawinigan jusqu'à une date toujours indéterminée.
Appel de candidatures
L'annonce de mercredi comprend notamment le budget pour l'appel de candidatures lancé la semaine dernière à l'interne. Services publics et Approvisionnement Canada cherche des fonctionnaires prêts à être transférés de postes pour une période déterminée afin de «régler les problèmes liés à la paye de la fonction publique».
Les lieux de travail sont situés à Halifax, à Miramichi, à Montréal, dans la région d'Ottawa, à Winnipeg, à Shawinigan, à Toronto, à Edmonton et à Vancouver. 
M. Pelletier indique que des employés du nouveau Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan ont démontré de l'intérêt pour relever ce défi. Anthony Laporte, attaché de presse de la ministre Judy M. Foote, mentionne qu'il demeure trop tôt dans le processus pour savoir combien de postes temporaires pourraient ainsi être créés à Shawinigan.
Le représentant syndical tend aussi à croire que les plans ne sont pas encore définitivement arrêtés. Tout dépendra de l'intérêt manifesté par les fonctionnaires à travers le pays et ceux de la Mauricie en particulier, puisque l'affichage précise que «la préférence sera accordée aux personnes qui peuvent travailler dans ces régions». Par ailleurs, les fonctionnaires intéressés doivent évidemment obtenir la permission de leurs gestionnaires avant d'être transférés.