Le ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon a annoncé mardi un soutien financier pour le Cirque du Soleil pouvant aller jusqu’à 280 millions $, à Québec, mardi.
Le ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon a annoncé mardi un soutien financier pour le Cirque du Soleil pouvant aller jusqu’à 280 millions $, à Québec, mardi.

Québec donne le feu vert à un prêt de 280 M$ au Cirque du Soleil

Québec vient à la rescousse du Cirque du Soleil en lui offrant un prêt de 280 millions $CAN — accompagné d’une disposition lui permettant d’éventuellement acquérir l’entreprise de divertissement — si la restructuration proposée par les actionnaires actuels se concrétise.

Une entente est intervenue entre Investissement Québec (IQ), le bras financier du gouvernement québécois, et les actionnaires existants, soit le fonds d’investissement texan TPG Capital, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CPDQ).

«Dans les circonstances, c’est une très belle transaction, a affirmé le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, mardi, en effectuant l’annonce dans le cadre d’une mêlée de presse qui portait sur la réouverture des centres commerciaux. La raison pour laquelle nous avons supporté les actionnaires existants, c’est que nous voulions ancrer la reprise du Cirque au Québec. Un jour, le Cirque va redevenir détention québécoise.»

En plus d’étudier tous les scénarios, y compris celui où elle se placerait à l’abri de ses créanciers, la compagnie a commencé ses démarches afin de dénicher un investisseur ou un acquéreur, ou de renégocier une autre injection de capitaux auprès de ses propriétaires actuels.

Le prêt sera exécutoire seulement si c’est le plan de relance des actionnaires actuels qui est retenu, a expliqué M. Fitzgibbon. Ainsi, si un nouvel acquéreur n’avait pas besoin d’un coup de pouce gouvernemental, l’argent ne serait pas versé.

«Si, dans le processus, d’autres actionnaires [devaient acquérir] le Cirque, cet argent-là [le 280 millions $] pourrait aussi être disponible», a toutefois signalé le ministre.

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, le Cirque aurait généré des revenus d’environ 950 millions $US, avait calculé l’agence de notation Moody’s, dans un rapport publié en mars dernier.

Des finances précaires

En plus de traîner une dette d’environ 900 millions $US, le Cirque ne génère pratiquement aucun revenu puisque ses activités sont paralysées par la pandémie de COVID-19. Cela a forcé la société à annuler, en mars, ses 44 spectacles et à licencier la quasi-totalité de son effectif, soit environ 4700 personnes.

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, le Cirque aurait généré des revenus d’environ 950 millions $US, avait calculé l’agence de notation Moody’s, dans un rapport publié en mars dernier. Ses profits étaient estimés à 155 millions $US.

L’aide financière, qui ne servira pas à payer les détenteurs d’obligations, est assortie de multiples conditions. Le siège social, actuellement situé dans l’arrondissement montréalais de Saint-Michel, devra demeurer dans la province et la rémunération des membres de la haute direction du Cirque devra également être raisonnable. Ceux-ci devront également demeurer au Québec.

Daniel Lamarre est le président et chef de la direction du Cirque depuis 2004, alors que l’homme d’affaires Mitch Garber a été nommé à la tête du conseil d’administration en 2015. En plus d’avoir vu le jour au Québec, les deux hommes résident dans la province.

Si le prêt est versé, IQ serait un créancier de premier rang.

Option d’achat

Le ministre de l’Économie n’a pas voulu préciser les modalités de la mécanique qui permettrait à Québec de racheter les participations de TPG et Fosun, qui détiennent actuellement 80 % du Cirque. À un prix établi à la valeur du marché, l’État québécois pourrait forcer une transaction à une date qui n’a pas été dévoilée ou racheter la participation de ces firmes si celles-ci décident de quitter le navire plus tard.

Il est toutefois hors de question que Québec soit l’exploitant d’une entreprise de divertissement, a affirmé M. Fitzgibbon.

Par courriel, la porte-parole du Cirque, Caroline Couillard, s’est limitée à dire que le soutien financier de Québec était accueilli favorablement.

«Le fort intérêt [...] témoigne encore une fois de la force de notre marque et de l’importance de préserver le patrimoine québécois du Cirque», a-t-elle indiqué.

Cette annonce de Québec survient deux jours après que le milliardaire Guy Laliberté, qui a pourtant vendu ses dernières actions dans le Cirque à la CDPQ pas plus tard qu’en février dernier, eut annoncé qu’il voulait racheter l’entreprise qu’il a cofondée en 1984 à un «juste prix».

Le conglomérat Québecor, contrôlé par l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau, a également dit vouloir participer à un sauvetage de la compagnie avant d’injecter des «centaines de millions» afin de rapatrier l’actionnariat au Québec. La firme d’investissement américaine Providence Equity Partners serait également sur les rangs, d’après le quotidien The Globe and Mail.