Plusieurs centaines de manifestants ont pris d’assaut les rues du centre-ville de Trois-Rivières dans le cadre de la Journée internationale des travailleurs.

«Que le gouvernement du changement nous écoute»

Trois-Rivières — «On veut des actions concrètes et que les engagements suivent. Que le gouvernement du changement nous écoute.» Voilà l’un des nombreux messages lancés mercredi par les organisateurs d’un grand rassemblement au parc Champlain à Trois-Rivières dans le cadre de la Journée internationale des travailleurs.

C’est d’ailleurs avec percussion et humour que la Coalition des forces sociales Mauricie-Centre-du-Québec a fait part de ses revendications. «On souhaite que le nouveau gouvernement investisse dans le réseau public et le milieu communautaire. On veut un meilleur respect du travailleur et de la travailleuse en 2019. On réclame de meilleures conditions de travail», a soutenu son représentant, Marc Benoît.

Même si la rareté de main-d’œuvre peut sembler favorable aux travailleurs, «il n’en reste pas moins que les conditions de travail, de rémunération et de vie de plusieurs d’entre eux laissent à désirer».

«Les femmes forment la vaste majorité du personnel salarié des organismes communautaires dont les conditions laissent à désirer depuis longtemps. Avec des revenus insuffisants, difficile d’offrir des conditions de travail avantageuses, surtout dans le marché d’emploi actuel. Le roulement de personnel nuit au développement d’une expertise stable et à des actions durables», renchérit le coordonnateur du Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie.

Les centres de femmes de la région ont profité de l’occasion pour mettre en relief le travail non rémunéré qui est davantage le lot des femmes que des hommes.

«Le travail invisible désigne le travail qui n’est pas officiellement reconnu comme tel et qui n’est pas comptabilisé dans la création de richesse du pays. C’est le travail des femmes dans la sphère familiale ou privée, comme celui de la proche aidance, des bénévoles, des mères qui travaillent et assument une large part des tâches ménagères et de l’organisation familiale», a expliqué France Lavigne, porte-parole régionale.

C’est également, dit-elle, la charge mentale qui découle de tout ce travail porté par les femmes. «Ce travail gratuit a une valeur inestimable pour la société, mais il pèse lourd sur la vie des femmes qui se retrouvent trop souvent avec une double charge de travail, une première rémunérée et une deuxième non rémunérée. Cette double charge a des impacts sur leur santé physique et mentale et contribue à maintenir les inégalités économiques et sociales entre les femmes et les hommes», a-t-elle ajouté.

D’ailleurs, les centres de femmes ont souligné l’existence d’un calculateur en ligne visant à sensibiliser la population au nombre d’heures que les femmes passent chaque mois à travailler gratuitement, au bénéfice de leur famille et de la société (https://rcentres.qc.ca/travail-invisible.html).

«L’organisation sociale des tâches confine les femmes plus souvent qu’à leur tour à des emplois précaires dont se nourrit le cycle de la pauvreté», dénonce la coordonnatrice des communications et de la vie associative au Centre des femmes de Shawinigan. La directrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, Joanne Blais, a également décrié la pauvreté et la précarité vécues par les femmes.

La Coalition des forces sociales aura reçu la visite des centaines de délégués d’Unifor, réunis en conseil québécois à Trois-Rivières. Les deux groupes ont marché dans les rues du centre-ville pour se faire entendre.

«Nous avons les mêmes luttes pour plus de justice sociale», a déclaré le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné. Ce dernier a donné l’exemple de l’usine Crustacés de Gaspé qui vient d’être fermée par son propriétaire Gestion M.D.M., «une compagnie antisyndicale», alors que les parties étaient en processus de négociation de première convention collective.

«Ils ont fermé l’usine, ils ont même affiché des jobs à des salaires différents pour les hommes et les femmes. Ces gens-là sont punis parce qu’ils ont voulu se syndiquer. À la Walmart, on tente de les exclure. On va se battre au bout. C’est un employeur aussi difficile que Delastek», a-t-il mentionné.

Or, par rapport à Delastek, «on attend une décision très importante de l’arbitre qui va conclure l’ensemble du dossier et on devrait avoir cinq dollars l’heure de plus», a-t-il conclu.