Le président-directeur général du Centre de transfert d’entreprise du Québec, Vincent Lecorne, et le président du conseil d’administration du CTEQ, Richard Gauthier.

Quand repreneurs recherchent cédants

JOLIETTE — Le temps d’un avant-midi, plus de 80 personnes ont participé au Sommet régional du repreneuriat dans Lanaudière qui avait lieu jeudi à l’Hôtel Château Joliette. Une initiative qui s’inscrit dans une démarche de sensibilisation menée par le Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ) depuis l’an dernier.

«Dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre, il s’agit d’un enjeu majeur pour les chefs d’entreprises de la région qui devront céder leurs entreprises dans les années à venir. C’est urgent de passer à l’action. Il n’y a pas assez de propriétaires dirigeants qui s’affichent alors que la relève est en grand nombre», a lancé d’entrée de jeu le président-directeur général du CTEQ, Vincent Lecorne.

«Nous n’avons pas le luxe de les laisser bâtir des entreprises merveilleuses et les laisser seuls. C’est un exercice qui prend minimalement deux ans», renchérit celui qui a évoqué le spectre «de voir des entreprises fermer», d’où sa «sonnette d’alarme».

Selon lui, le dynamisme du repreneuriat doit être palpable et «la culture entrepreneuriale est en train de se mettre en place». Le président du conseil d’administration du CTEQ, Richard Gauthier, vient lui-même de boucler la boucle avec son entreprise Construction Gauthier, dans la région du Saguenay. «Il faut le communiquer et se faire aider par des professionnels», a-t-il témoigné.

Directrice générale de Boyaux Plus Lanaudière, Geneviève Soulières a voulu réaliser le rêve entrepreneurial de son père en faisant l’acquisition de l’entreprise de son cousin en 2016, avec son frère, sa soeur... et son papa.

«On a foncé avec notre coeur. Mais j’aurais aimé connaître le CTEQ. On aurait été beaucoup plus avantagé à s’entourer de plusieurs spécialistes», a-t-elle confié tout en soulignant du même souffle «qu’une convention d’actionnaires est d’autant plus importante quand on est en famille».

De son propre aveu, sa famille aura mis la main sur une entreprise «qui n’était pas au goût du jour». «Il fallait l’actualiser et l’amener en 2018», explique la femme d’affaires.

Et la passation de ce «gros flambeau» représentait également un défi pour son cousin qui se départissait de «son bébé» après 20 ans. «Le transfert de connaissances était difficile pour lui. Il fallait lui tirer les vers du nez. Et il y avait aussi le défi intergénérationnel entre lui et nous, et entre notre père et les enfants», a ajouté celle qui plaide pour la communication.

Pour cette dernière, entrer dans un train déjà en marche constitue un autre défi. «Il y a déjà une cadence, des règles, un pattern. Et on est en mode séduction pour créer un climat de confiance avec les employés et les fournisseurs. La clé? Mettre nos employés au coeur de toutes nos décisions et nos démarches», a-t-elle fait savoir.

Par la suite, un panel d’experts a offert des conseils et discuté des meilleures pratiques dans le domaine du transfert et de la reprise d’entreprise. «Peu importe le transfert, la formule de base reste la même. Il y a une suite logique de choses. L’entente de confidentialité est essentielle. Dès le départ, au jour 1, il faut être bien entouré», affirme Me Isabelle Toupin, du cabinet Dunton Rainville, pour qui la préparation s’avère fondamentale. «On n’aime pas subir les mauvaises décisions ou les étapes mal exécutées», admet l’avocate.

Alors que les cédants ont tendance à exagérer la valeur de leur entreprise, Gilles Lévesque, de la Banque Nationale, leur propose de consulter un professionnel comptable. Et l’évaluation d’une entreprise peut se faire sous l’angle de la valeur des actifs ou, encore, celle du rendement.

«Connaître la valeur de son entreprise est un élément crucial. Il faut le mettre par écrit. Le vendeur doit demander un prix acceptable et raisonnable. Et il faut rendre la mariée belle trois, quatre ans d’avance», soutient Me Toupin. «Le domaine influence beaucoup la valorisation de l’entreprise», précise Pascal Moffet, de Mallette.

Pour ce dernier, le bon repreneur est celui qui a un plan de transition, qui fait partie de l’entreprise depuis quelque temps, qui a de bons contacts avec les employés, les clients et les fournisseurs, qui sait combler le vide du cédant et qui achète une entreprise stable, avec des bénéfices stables, dans une industrie qui va bien.

Pour l’avocate, il faut trouver la solution qui va correspondre à la situation. «Chaque cas est différent. C’est important de consulter. On travaille en équipe», a-t-elle tenu à signaler.

Celle-ci rappelle que pour le cédant, il y a un côté humain dans toutes les étapes de la transaction. «J’en vois pleurer. On a besoin de notre cédant pour la transition, mais pour une période maximale», prévient Me Toupin.

«Il y a des enjeux humains, mais aussi économiques», avoue Vincent Lecorne, qui a profité du Sommet régional pour annoncer l’existence d’un nouveau Fonds de transfert d’entreprise du Québec impliquant Investissement Québec, Desjardins, Fondaction CSN et le Fonds de solidarité FTQ.