Guy Cormier est à la tête d’une institution financière qui compte aujourd’hui 45 547 travailleurs.

Quand les guichets tombent chez Desjardins

Depuis 2012, le Mouvement Desjardins a coupé de près de 20 % son parc de guichets automatiques et son nombre de points de service, selon des données obtenues par Le Soleil. Le patron de la coopérative, Guy Cormier, assure discuter avec les villes touchées afin de dénicher des solutions pour continuer d’offrir un service de proximité à ses membres.

C’est notamment le cas des municipalités de Saint-Roch-des-Aulnaies et de Sainte-Louise, dans la région de la Chaudière‐Appalaches, où des responsables sont récemment sortis dans les médias pour dénoncer la fermeture de leur point de service et le retrait du guichet automatique.

Les maires de ces villages, qui sont toujours en discussions avec des employés de Desjardins, sont même prêts à défrayer une partie de la facture pour l’acquisition d’un nouvel appareil et son entretien annuel. Cette approche s’avèrerait une première pour l’institution financière de Lévis.

Cette idée ne déplaît pas au président, bien qu’il refuse de l’endosser pour le moment et de dire si un tel partenariat serait envisageable, notamment «pour une question de sécurité». Rappelons qu’à partir de cet automne, Desjardins investira 80 millions $ pour le déploiement de son nouveau réseau de guichets automatiques à travers la province.
Le chantier devrait débuter dans les régions de l’est du Québec (Kamouraska et Chaudière‐Appalaches) et s’échelonnera jusqu’à la fin 2019. Les appareils offriront de nouvelles fonctionnalités, telles que le dépôt sans enveloppe et l’écran tactile.

«Dans tous nos dossiers d’évolution du réseau de distribution, nos élus de caisses prennent le temps de s’asseoir avec le milieu. On cherche des solutions», assure le numéro un du Mouvement. Par exemple : «Est-ce que le guichet pourrait être installé à l’hôtel de ville? Est-ce qu’on pourrait partager un employé de l’hôtel de ville et de la caisse? Durant la semaine, elle pourrait travailler un certain nombre d’heures pour la ville et un autre nombre d’heures pour la caisse», donne-t-il comme piste d’idées qui a déjà été discutée.

Lundi, M. Cormier n’était pas en mesure de chiffrer le nombre de guichets qui composeront son nouveau parc en 2020.  Avec le changement des tendances en matière de transactions bancaires — depuis cinq ans chez Desjardins le nombre d’échanges aux comptoirs-caisses a chuté de 33 % et de 30 % aux guichets automatiques — la direction préfère ne pas se mouiller à dire si la cure minceur pour ses points de service et ses guichets est complétée. Toutefois, elle concède que si la façon de consommer des utilisateurs continue d’évoluer vers d’autres plateformes, d’autres fermetures pourraient avoir lieu.

«C’est difficile pour moi de dire que c’est terminé. On s’adapte à la réalité de l’utilisation de nos services et de nos caisses par nos membres», a indiqué M. Cormier, quelques heures avant de dresser le bilan annuel 2017 du Mouvement. «Aujourd’hui, au Québec, il n’y a pas une autre institution financière qui a davantage de points de service que nous. Nous avons encore 30 % de nos points de service qui sont situés dans des villages de moins de
2000 personnes», poursuit-il.

1032 points de service

De 2839 guichets Desjardins en 2001, ce chiffre est passé à 2507 en 2012 et à 2049 en 2017 (- 18,5 %). Quant au nombre de points de service, entre 2012 et 2017, le nombre a chuté de 1294 à 1032 ( - 20,5 %).

M. Cormier tient à préciser que l’argent qui était injecté par le passé dans ces infrastructures a été réinvesti ailleurs à travers la coopérative. Et que ces décisions de fermeture ne sont pas qu’une question d’économie de sous.

«C’est beaucoup plus une question de répartir notre argent sur les canaux de distribution les plus utilisés par nos membres», souligne-t-il, n’étant pas en mesure de chiffrer les économies réalisées par ces fermetures. «Si la proportion de transactions par Internet continue d’augmenter, je pense que c’est de demander beaucoup à Desjardins de ne pas faire évoluer son parc de guichets automatiques et ses points de service, surtout lorsqu’il s’agit d’un canal de moins en moins populaire. En même temps, il faut être sensible aux gens qui souhaitent toujours l’utiliser», conclut-il.

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UNE RISTOURNE EN HAUSSE DE 40 %

Alors que certains craignaient la disparition de la ristourne à pareille date l’an dernier, Desjardins versera 202 millions $ à ses membres au cours des prochaines semaines. Il s’agit d’une première hausse depuis 2014.

À titre de comparaison, pour l’année 2016, l’institution financière avait versé aux particuliers 144 millions $. Ce qui représente une augmentation de 40 % pour 2017.

Au terme de l’exercice financier terminé le 31 décembre dernier, la coopérative de Lévis a annoncé lundi que ses revenus d’exploitation se sont élevés à 15,4 milliards $ et que les excédents avant ristournes ont grimpé de 379 millions $, pour atteindre 2,15 milliards $, notamment grâce à un gain net de 249 millions $ réalisé avec la vente de Western Financial Group et de Western Life Assurance Company à une filiale de Wawanesa.

«Je suis très content des résultats. On franchit le cap des 2 milliards $ d’excédents pour la première fois de notre histoire», note le président et chef de la direction, Guy Cormier. «Tous les secteurs d’affaires vont bien ainsi que notre réseau de caisses. [...] Pour la ristourne, c’est un signal fort que nous souhaitons envoyer à nos membres. Cela faisait quelques années qu’elle était en diminution. Elle est là pour rester et même augmenter», poursuit-il.

Le président estime d’ailleurs offrir davantage de ristournes à ses membres en 2019 en fonction du nombre de produits qu’ils détiendront chez Desjardins.

Au total, le Mouvement versera au cours des prochaines semaines 320 millions $ aux membres et à la collectivité.

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LE CHIFFRE

  • 3 G$  Desjardins prévoit investir ce montant au cours des trois prochaines années pour réaliser sa transformation, entre autres numérique