Yves Lacroix (président et directeur général de FAB3R), Bertrand Gauvreau et Sylvie Rioux (propriétaires d’Andromedia Technologies) sont emballés par les possibilités offertes par le SIS-X, un outil d’entretien prédictif fort prometteur pour le milieu industriel.

Quand la prévention devient payante

SHAWINIGAN — Une jeune entreprise du DigiHub de Shawinigan vient de mettre au point un appareil innovateur qui peut prédire en temps réel à quel moment risque de survenir une panne ou un bris de machinerie en milieu industriel. Cet équipement est testé depuis le début de l’année chez FAB3R, à Trois-Rivières, où il fait tourner les têtes.

Mercredi matin, Bertrand Gauvreau et Sylvie Rioux, propriétaires d’Andromedia Technologies, ont présenté le fruit de quatre ans de recherche en présence notamment de deux employés, du maire de Shawinigan, Michel Angers et du député de Saint-Maurice, Pierre Giguère. L’appareil, baptisé SIS-X, est défini comme un système de prédiction intelligente des bris, qui pourrait permettre aux entreprises de réaliser d’importantes économies en entretien et en planification de main-d’œuvre. Il vient d’entrer en phase de commercialisation.

«Le premier germe de ce projet date de plusieurs années, peut-être même du temps où je travaillais moi-même à l’entretien des machines», raconte M. Gauvreau. «Je trouvais qu’on avait des technologies vétustes.»

L’homme d’affaires a d’ailleurs profité de la conférence d’information pour effectuer un petit survol historique des stratégies de maintenance dans le monde industriel. Du simple entretien correctif, le milieu est passé à l’entretien préventif, puis à l’entretien prédictif statique. Bien que des améliorations aient été observées au fil des décennies, il manquait toujours le suivi en temps réel de l’usure d’une machine pour maximiser son utilisation et intervenir à son entretien en temps opportun, afin de minimiser les coûts. Le SIS-X offre cette possibilité, grâce à la mesure continue de la température, de la vibration et de l’efficacité de la lubrification de la machine. La moindre anomalie peut ainsi être rapidement détectée par rapport au comportement de référence. Andromedia Technologies entre ainsi dans le monde de l’entretien prédictif dynamique.

«De la manière dont nous l’apportons, à notre connaissance, c’est une première», s’enthousiasme M. Gauvreau. «Nous avons plusieurs discussions en cours avec d’autres organisations, notamment avec la Ville de Shawinigan. Nous discutons aussi avec des multinationales bien implantées au Québec et dans le monde.»

M. Gauvreau n’a pas voulu dévoiler le prix de cet équipement, mais il fait remarquer que sa valeur préventive demeure inestimable.

«Si on compare son prix à la douleur qu’il permet de soulager, c’est vraiment peu dispendieux», assure-t-il. «On parle d’éliminer les bris de machines! Imaginez combien peut coûter le moteur principal d’une machine à papier? Un bris évité paye dix, vingt ou trente fois le prix d’un SIS-X.»

Le milieu industriel de Shawinigan a beaucoup souffert du manque d’investissement des multinationales dans ses usines, particulièrement chez les papeteries. Un SIS-X aurait-il permis de prolonger l’activité de certaines d’entre elles ?

«Je ne sais pas, dans des exemples précis, si ça aurait pu changer la donne, mais je sais que présentement, dans le marché manufacturier, particulièrement au Québec dans le contexte de manque de main-d’œuvre spécialisée, ce genre de technologie pourrait permettre de garder des usines ouvertes.»

Projet pilote
Andromedia Technologies a sollicité quelques entreprises pour mettre à l’essai le SIS-X. FAB3R a manifesté son intérêt l’automne dernier et depuis janvier, le système de prédiction intelligente des bris séduit cette entreprise trifluvienne. Des données concrètes sont relevées depuis environ trois mois.

«Pour nous, c’était une façon d’entrer dans l’ère 4.0», image Yves Lacroix, président et directeur général de FAB3R. «C’est un produit qui nous a épatés dès le départ. Je me demandais comment mon gars de maintenance de 62 ans allait réagir, mais il capote! Il a beaucoup de plaisir, car c’est facile à utiliser. Dès qu’il se produit la moindre déviation de l’équipement, on le sait en temps réel.»

M. Lacroix estime qu’il pourrait brancher le SIS-X à une douzaine d’équipements dans son parc de machines au cours des deux prochaines années. Cette innovation transformera complètement les vieux réflexes de maintenance.

«Avant, on faisait un arrêt annuel pendant lequel on refaisait toute la géométrie de l’équipement au laser», explique-t-il. «Quand on fait ça, on voit un peu les déviations, mais on ne sait pas dans combien de temps le bris va arriver. Maintenant, on voit l’évolution en temps réel. On sait quand la prochaine étape va arriver, alors on peut se préparer en choisissant un moment où on ne fait pas de production pour faire la maintenance. On élimine donc les arrêts de production coûteux.»

«Pour une entreprise comme la nôtre, c’est un accès à une technologie facilement adaptable à n’importe quel type d’équipement», termine M. Lacroix. «Ça va nous permettre d’aller à une autre étape en terme de maintenance.»