Le directeur de l’exploitation chez PureSphera, Mathieu Filion.

PureSphera en phase critique

BÉCANCOUR — Spécialisée dans le recyclage d’appareils de réfrigération et de climatisation, l’entreprise PureSphera est dans une phase critique alors que l’usine de Bécancour souffre d’un volume insuffisant.

«Il faut qu’il se passe de quoi rapidement. Il faut qu’il y ait une perspective de solution ferme. On est à faible pourcentage d’utilisation de notre usine alors que le système fait en sorte que la compétition actuellement dans ce milieu-là vient de la valeur en métal des appareils», admet le directeur de l’exploitation, Mathieu Filion.

Ce qui fait en sorte que plus de 50 emplois additionnels sont en attente d’une modification de la réglementation environnementale afin de faire cesser la gestion illégale des appareils froids domestiques tels que réfrigérateurs et congélateurs et d’en assurer une décontamination complète et un recyclage optimal.

Le Groupe PureSphera a acquis en 2016 les actifs de Recyclage ÉcoSolutions qui souhaitait s’en départir. Depuis, une vingtaine d’emplois ont été créés et plus de dix millions de dollars ont été investis dans les installations de Bécancour. «On a une technologie qui permet d’aller chercher le gaz dans plusieurs systèmes ainsi que dans la mousse isolante. C’est très efficace», explique-t-il.

Selon La Presse, l’impact de PureSphera en matière de gaz à effet de serre était jugé si prometteur que le gouvernement Couillard avait investi cinq millions de dollars dans l’usine en 2016. L’entreprise a été accréditée pour vendre des crédits compensatoires aux grands pollueurs sur le marché du carbone. «On est le générateur majeur au Québec de crédit carbone», a précisé au Nouvelliste M. Filion.

Dès le départ, la viabilité du projet était liée à un programme d’écofrais qui devait financer l’implantation d’un vaste système de collecte et de recyclage des vieux appareils dans tout le Québec. En 2017, le gouvernement libéral avait publié un projet de règlement pour imposer des frais estimés à environ 60 $ sur chaque achat de réfrigérateur. Les sommes recueillies auraient été gérées par les détaillants qui vendent les appareils neufs, comme c’est déjà le cas pour divers produits dont le gouvernement veut favoriser le recyclage. «Il y a déjà des exemples qui existent pour les pneus, l’électronique, la peinture», a-t-il souligné en entrevue.

Or, le projet de règlement avait suscité une levée de boucliers. Des détaillants ont dénoncé l’idée de faire porter le fardeau aux consommateurs. Le projet de règlement n’a finalement jamais été adopté, décrit La Presse.

«Entre-temps, on a des contrats, on travaille avec certains détaillants, mais c’est très difficile. On a reçu de l’aide ponctuelle du ministère de l’Environnement ou d’autres sources parce que le travail qu’on fait a une très bonne valeur environnementale. Mais les volumes ne sont pas là parce qu’il existe tout un marché où ce matériel-là se retrouve beaucoup chez les ferrailleurs. «Il faut dévier la structure traditionnelle de la valeur du métal vers une structure cohérente de recyclage», poursuit M. Filion, qui évoque également la présence de «10 à 15 kilos de plastique dans chaque frigo, chaque congélo».

Évidemment, dit-il, «ça prend du transport, la technologie, la publicité pour inciter les gens à faire le bon choix». «Oui, il y a un frais, est-il de 30, 40, 60, 65 dollars, ce sera au groupe et au ministère de s’asseoir avec Recyc-Québec et tout le monde pour le déterminer», reconnaît-il, tout en insistant pour dire qu’il ne s’agit pas d’une taxe.

Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a organisé une rencontre au cours des derniers mois entre le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, et le président de PureSphera, Jean Shoiry, qui se montre de plus en plus impatient.

«Il m’a dit dernièrement que le dossier avançait bien. Il était assez confiant, il a été très sensible à la situation, il a vu le potentiel. Je fais confiance à Benoit là-dedans. Sa détermination à récupérer les frigos est totale et je sais qu’il travaille fort là-dessus», affirme-t-il.

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit ne pas comprendre pour quelle raison «ça n’avance pas».

«On attend toujours la fameuse réglementation. L’entreprise est de qualité, elle respecte des critères environnementaux, elle a passé à travers toutes les étapes, ça fait longtemps qu’ils sont là, ce serait tellement logique qu’il y ait une écotaxe qui fasse survivre tout ça et qu’on arrête d’aller mettre ça dans les sites d’enfouissement. Je suis bien conscient qu’il faudrait qu’il se passe de quoi. Il y a quelqu’un qui dort au gaz quelque part. Ça presse. Ça fait trop longtemps qu’on en parle, on donne des subventions en attendant», conclut le premier magistrat.