L’usine Saint-Maurice connaîtra un troisième propriétaire en six ans l’an prochain, à la suite de l’acquisition de General Cable par le groupe italien Prysmian annoncée lundi.

Prysmian doit acquérir General Cable

Shawinigan — Début de semaine fertile en émotion pour les quelque 140 employés de la division General Cable de Shawinigan lundi matin, alors que la direction a rencontré tour à tour l’exécutif syndical et les employés afin de confirmer l’arrivée probable d’un nouveau propriétaire au cours de la prochaine année. Le géant italien Prysmian a annoncé l’acquisition de son concurrent américain pour une somme de trois milliards de dollars américains. La transaction devrait être complétée au troisième trimestre de 2018.

Pour les employés de la câblerie, il s’agira d’un deuxième changement de propriétaire en six ans. À l’été 2012, General Cable avait mis la main sur l’usine Saint-Maurice. Le contrat de travail se terminait alors en septembre de la même année et disons que les premiers contacts avec la multinationale américaine avaient laissé un goût amer.

Après une convention collective transitoire de quelques mois, General Cable et le Syndicat national Usine Saint-Maurice (CSN) s’étaient finalement accommodés d’une entente qui couvrait six années, jusqu’en décembre 2019. À son terme, les syndiqués auront encaissé une baisse de salaire de 4 %. L’entente avait été acceptée par à peine 54 % des syndiqués.

À tout le moins, la partie patronale n’a demandé aucun réaménagement après la signature de ce contrat de travail, qui demeure toujours en vigueur au moment où un nouveau géant se profile comme propriétaire. Le groupe Prysmian a déclaré des ventes de 7,5 milliards d’euros en 2016 (8,9 milliards $ US). Il emploie 21 000 personnes dans 82 usines situées dans 50 pays. Sur une base annuelle, cette acquisition ferait passer les ventes du géant italien à 11 milliards d’euros (13 G$ US) et gonflerait à 31 000 le nombre d’employés.

Il n’a été possible d’obtenir aucun commentaire du côté de General Cable lundi, outre le communiqué de presse publié en matinée. À l’usine Saint-Maurice également, la discrétion était de mise. À court terme, cette nouvelle ne semble entraîner aucune conséquence fâcheuse à cette division.

Selon les informations obtenues sous le sceau de la confidentialité, la vente a été généralement bien accueillie à l’usine du Technoparc. Un parfum d’incertitude régnait depuis que la direction de General Cable avait fait savoir, en juillet, qu’elle se lançait dans un «examen stratégique» pour identifier des fusions potentielles ou même une vente. Selon diverses agences de presse, Nexans (France), NKT (Danemark) et Hengtong Optic Electric (Chine) avaient aussi démontré de l’intérêt pour acquérir le géant américain au cours des derniers mois.

Depuis l’annonce de l’été dernier, les employés de Shawinigan revivaient un peu l’incertitude qu’ils avaient connue avant que l’usine soit vendue par Rio Tinto Alcan en 2012. Une fois de plus, ils craignaient qu’un fonds d’investissement devienne propriétaire des installations, mais l’arrivée de Prysmian, un leader mondial de l’énergie et des télécommunications, rassure toute l’équipe à court terme. Le groupe possède déjà des installations à Prescott, en Ontario, mais avait fermé son usine de Saint-Jean-sur-Richelieu en 2010.

Selon les informations disponibles, la division Saint-Maurice s’est très bien tirée d’affaires au cours des dernières années. Elle emploie actuellement environ 120 syndiqués et une vingtaine de cadres. À l’automne 2015, les usines de Saint-Jérôme et de Shawinigan avaient obtenu un contrat totalisant 108 millions $ d’Hydro-Québec pour ses approvisionnements en câbles pour le projet La Romaine. Ce mandat serait presque terminé, mais le marché américain fournit aussi de nombreuses occasions d’affaires à l’usine de Shawinigan.

Les conseils d’administration des deux multinationales ont déjà approuvé la conclusion de cette transaction à l’unanimité. Notons toutefois que les actionnaires de General Cable et diverses autorités réglementaires en matière de concurrence doivent donner leur aval à cette importante acquisition pour qu’elle se concrétise.