Véronique Doyon, directrice générale de J.P. Doyon.
Véronique Doyon, directrice générale de J.P. Doyon.

J.P. Doyon: l'élan d'une nouvelle génération

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Pourquoi ne serait-on pas capable? Véronique Doyon et son père Jean étaient sûrs d’eux quand ils ont décidé de foncer dans l’aventure et de prendre conjointement les rênes de l’entreprise familiale, au pied levé, en relève à son fondateur qui devait céder sa place pour cause de maladie.

«On était tous les deux animés par le désir de relever un défi, par la volonté de perpétuer l’entreprise bâtie par mon grand-père et de voir jusqu’où on pourrait l’amener», souligne Véronique Doyon, directrice générale de J.P. Doyon, un entrepreneur général de Trois-Rivières qui oeuvre dans les secteurs du génie civil et de l’excavation sur des chantiers privés et publics de la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

La PME, qui a vu le jour en 1967, est aussi engagée dans des opérations de déneigement municipal et commercial, de même que dans l’exploitation de sablières.

De nouveaux contrats

Pari tenu! L’entreprise a non seulement survécu au départ précipité du fondateur en 2011, mais a de plus connu une forte impulsion sous la gouverne de ses deux nouveaux dirigeants. À preuve: elle est passée de neuf employés à une cinquantaine et a multiplié ses revenus par dix. J.P. Doyon vient même d’obtenir le plus important contrat de son histoire, soit le déneigement de sections des autoroutes 40 et 55 et du pont Laviolette. Elle vient aussi de décrocher un contrat majeur d’infrastructures de la part d’un promoteur immobilier qui développe un nouveau quartier résidentiel à Trois-Rivières.

Il n’est pas rare de voir une nouvelle génération donner un nouveau souffle à une entreprise, familiale ou non, constate Maripier Tremblay, professeure titulaire au département de management de la faculté des sciences de l’administration à l’Université Laval. «De nouveaux dirigeants peuvent amener une vision différente qui permet à l’entreprise de saisir de nouvelles occasions de croissance, particulièrement s’ils ont les coudées franches pour la faire progresser», précise-t-elle.

Véronique Doyon et son père ne travaillaient même pas au sein de l’entreprise lorsqu’ils ont repris le flambeau, après une transition de trois semaines! «Il a fallu apprendre rapidement les rouages de l’entreprise, comme lire des devis», souligne celle qui a d’abord occupé le poste de vice-présidente à l’administration, en précisant qu’ils avaient néanmoins tous deux de l’expérience en gestion.

Son père est le promoteur immobilier du Domaine des 30 Arpents, un quartier résidentiel situé dans le secteur Pointe-du-Lac. Véronique Doyon, qui détient un baccalauréat et une maîtrise en administration des affaires de l’Université du Québec à Trois-Rivières, travaillait comme acheteuse chez Silicium Bécancour.

Qualité et travail d’équipe

Le père et la fille se sont mis à la tâche en diversifiant leurs activités et en faisant une percée dans le secteur privé. Puis de fil en aiguille, en se faisant davantage connaître auprès de clients publics et privés potentiels et en remportant plusieurs appels d’offres, l’entreprise a agrandi sa flotte d’équipements et ses effectifs. Elle a notamment engagé une estimatrice, un gérant d’atelier, un surintendant en construction et un coordonnateur aux opérations qui, en plus de l’ajout d’employés aux opérations, ont grandement contribué à la croissance de l’entreprise.

«C’est sans doute ma plus grande fierté d’avoir réussi à recruter des gens compétents qui, comme mon père et moi, souhaitaient relever le défi de faire progresser l’entreprise», se réjouit Véronique Doyon.

L’entreprise a profité de la dernière année pour accélérer sa transition numérique amorcée en 2019. Elle a notamment implanté des GPS dans ses équipements de déneigement afin de mieux analyser ce type d’opération. Elle s’est aussi dotée d’un logiciel qui lui permet de mieux structurer ses appels d’offres et de gagner du temps pour y répondre.

Mais s’il y a une chose qui n’a pas changé dans l’entreprise en plus de 50 ans d’existence, c’est le souci du travail bien fait. «On perpétue la tradition de qualité et du travail d’équipe instaurée par mon grand-père.»

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Transmission du flambeau: les clés de la réussite

1) Lâcher prise. Le taux de survie des entreprises qui réussissent le passage de la première à la deuxième génération est d’à peine 30 %, et dégringole entre 10 et 15 % de la deuxième à la troisième génération. «Le succès repose notamment sur la capacité du fondateur à lâcher prise. Si le transfert de propriété est assez technique et facile, c’est la transmission de la direction avec un nouveau leadership et une nouvelle vision qui pose généralement problème», note Maripier Tremblay.

2) Qui fait quoi. «Il est important de bien définir les fonctions de chacun, surtout s’il s’agit d’une 3e génération et qu’il y a plusieurs petits-enfants impliqués dans l’entreprise. C’est souvent un enjeu de trouver les bonnes personnes, qui occupent les bonnes chaises, tout en préservant l’harmonie familiale et celle de l’entreprise», indique Mme Tremblay.

3) Bien se préparer. «La relève d’entreprise devrait être abordée de la même façon qu’on gère les risques. En établissant un plan de contingence, on minimise les risques de se retrouver dans une situation d’urgence qui pourrait menacer la croissance ou même la survie de l’entreprise», souligne Maripier Tremblay.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise