David Lemire, de la Ferme Gagnon, raconte que la chaleur des derniers jours a permis de doubler sa production habituelle de fraises d'automne.

Prolongement de l'été: un coup de grâce pour les producteurs agricoles

À la Ferme Gagnon de Trois-Rivières, une musique festive agrémentait, vendredi, la visite au stand des petits fruits. Les clients en vêtements légers se succédaient en grand nombre pour venir acheter des fraises d'automne. «C'est une ambiance d'été», constate, presque incrédule, David Lemire, le propriétaire et président de l'Association provinciale des producteurs de petits fruits. C'est que nous sommes, rappelons-le, officiellement en automne depuis le vendredi. Les arbres commencent à changer de couleur mais, en même temps, c'est l'été qu'on n'a pas eu cette année. Les producteurs ne sont pas près d'oublier le temps frais et pluvieux qui a marqué le printemps et même les mois de juin et juillet 2017.
En ce mois de septembre, ce mercure zélé, qui se poursuivra pendant encore tout le week-end et presque toute la semaine prochaine, selon Environnement Canada, est accueilli avec joie et soulagement dans certaines productions, comme la fraise d'automne et le foin, même s'il n'apporte strictement rien dans des secteurs, comme les bleuets et les framboises.
«C'est trop peu, trop tard», résume Pierre Duplessis, un producteur maraîcher bien connu de Bécancour et président du Marché Godefroy.
Rappelons que le début de la saison estivale avait été catastrophique avec ses températures sous les normales et sa surabondance de pluie. Les producteurs peinaient à circuler en tracteur dans leurs champs qui étaient devenus boueux, voire impraticables.
C'est donc du foin de mauvaise qualité qui est sorti des premières coupes, cet été, explique M. Duplessis. La troisième semble fort heureusement meilleure, grâce à cette extension du beau temps. «C'est un baume», résume-t-il, mais la récolte de foin est moins abondante, nuance l'agriculteur.
L'absence presque totale de pluie depuis plusieurs jours, dans la région, va favoriser le séchage du soja directement au champ, ce qui permettra aux producteurs d'économiser beaucoup d'argent sur les frais habituels de séchage, indique Pierre Duplessis.
C'est une bonne chose, «mais ça ne corrige pas le printemps qu'on a eu», maintient-il.
Sylvain Rheault, responsable des communications à l'UPA du Centre-du-Québec, estime que cet apport inattendu de chaleur, «sauve les meubles» pour beaucoup de producteurs et n'hésite pas à qualifier la saison estivale de 2017 d'un mot qu'il vaut mieux s'abstenir d'écrire ici, mais qui est revenu dans la bouche de pas mal de monde, cette année.
Disons que l'été a été carrément pourri et qu'il a même mis en péril certaines productions agricoles. N'eût été cet apport inusité de chaleur, elles auraient assurément succombé s'il y avait eu un gel hâtif, comme ça arrive souvent en septembre, calcule M. Rheault. La chaleur des derniers jours vient fort heureusement combler le manque d'unités thermiques nécessaires à la croissance du maïs. «Ce que les producteurs me disent, c'est qu'on n'aura pas de rendements records, mais des rendements moyens tout de même», résume-t-il.
Claude Chartier, président des producteurs de grains de la Mauricie, estime que sans cette période inattendue de chaleur, «ça aurait été quasiment désastreux. Ça ne pouvait pas tomber mieux. C'est un coup de grâce!», assure celui qui peut maintenant entrevoir une récolte qu'il qualifie de «bonne-moyenne.»
«Le maïs et le soja, ça prend de la chaleur», plaide-t-il.
Le maraîcher David Lemire estime que ce temps magnifique permettra à ses plants de fraises d'avoir un meilleur rendement, l'an prochain. La combinaison de la chaleur et de la diminution des heures d'ensoleillement, dit-il, favorise en effet l'induction florale et donc le rendement futur des plants l'an prochain, dit-il.
Pour ce qui est des fraises d'automne, «on a deux fois le rendement habituel», constate le producteur. «On est vraiment content. C'est un record», constate-t-il.
C'est une mince consolation, toutefois, pour ce qui aura été l'annus horriblis de l'agriculture en Mauricie et au Centre-du-Québec, «une des pires années pour les fruits et légumes», résume ce producteur.