Le président-directeur général d’Aéroports de Montréal, Philippe Rainville.

Projets de 4,5 milliards $ dans l’air...

Trois-Rivières — Devant un auditoire de gens d’affaires qui ont pratiquement tous pris l’avion au cours de la dernière année, selon un sondage à main levée, le président-directeur général d’Aéroports de Montréal (ADM), Philippe Rainville, est venu parler à ses passagers, mercredi, dans le cadre du déjeuner de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières. En forte croissance, Montréal-Trudeau a des projets pour 4,5 milliards de dollars.

«YUL, c’est plutôt l’aéroport international du Québec et peu importe que vous soyez Montréalais ou Trifluviens, vous serez toujours chez vous, à Montréal-Trudeau», a-t-il lancé d’entrée de jeu, faisant aussi référence à ses racines régionales (centricoises) et ses compétitions de natation à Trois-Rivières dans sa jeunesse.

Selon lui, Montréal-Trudeau vit actuellement la plus importante période de croissance et d’expansion de son histoire alors que dans le monde, on dénombre 11,8 millions de passagers par jour. Et vers 2036, l’achalandage planétaire devrait doubler, pour atteindre les huit milliards de passagers.

Depuis la consolidation des vols passagers à YUL en 2004, le nombre de passagers a plus que doublé, passant de 9 à 19 millions, tandis que le nombre de destinations directes internationales a plus que triplé, passant de 30 à 90. D’ailleurs, depuis cinq ans, l’achalandage a bondi de 32 % à Montréal-Trudeau.

À son avis, cette croissance est quand même surprenante «quand on sait que c’est l’industrie de tous les risques». «Quelle autre industrie est confrontée à la météo, aux enjeux mécaniques, à autant de réglementations, aux fluctuations du prix du pétrole, avec des marges de transporteurs qui doivent être régulièrement calculées et recalculées en fonction de toutes ces variables?», a-t-il soulevé.

Par ailleurs, celui-ci explique cette progression exponentielle, entre autres, par la technologie. «Les avions sont de plus en plus performants et peuvent déplacer les passagers de plus en plus loin», dit-il. Il y a aussi l’accroissement des échanges commerciaux internationaux et l’émergence d’une classe moyenne de plus en plus nombreuse en provenance de grands pays qui se développent tels que la Chine et l’Inde. Enfin, l’accès aux billets d’avion s’est démocratisé. «Un aller-retour pour Paris-Montréal est plus ou moins au même prix qu’il y a 30 ans», fait-il remarquer.

Par contre, le développement du secteur de l’aviation, qui a même ses retombées à Trois-Rivières chez AAR, comme l’a mentionné l’invité du jour, a pour effet d’augmenter les attentes chez la clientèle. «Nous devons constamment améliorer nos services et la qualité et la capacité de nos installations», avoue M. Rainville.

En ce sens, ADM a récemment complété d’importants travaux pour tirer le maximum des installations existantes tout en améliorant le niveau de service dans son aérogare. «Nous avons investi 90 millions de dollars, notamment pour procéder au réaménagement de deux points de contrôle, que vous semblez particulièrement apprécier, soit notre nouveau point de fouille haute vitesse, le plus grand au pays, et le hall des services frontaliers, qui inclut l’ajout de plus de 100 bornes de contrôle automatisées», a-t-il fait valoir.

Dans les prochaines années, ADM doit reconstruire deux infrastructures majeures en sous-capacité côté ville et qui arrivent en fin de vie utile. Tout d’abord, le débarcadère est utilisé à pleine capacité. «Notre plan nous permettra de tripler sa capacité actuelle», a précisé M. Rainville.

Ensuite, le stationnement étagé, face à l’aérogare, sera démoli dès le début de 2020 et reconstruit. «Ça tombe bien puisqu’on doit y inclure un projet qui change la donne: l’arrivée du REM à Montréal-Trudeau» a-t-il souligné.

Disant avoir l’espace de terrain suffisant à Dorval pour absorber encore beaucoup de croissance, le conférencier a présenté un plan de développement comportant un côté Ville, évalué à 2,5 milliards de dollars, sur une période de 5 à 7 ans, et un côté Air, pour environ deux milliards de dollars, visant la construction d’une nouvelle aérogare. Dans le premier cas, la mise en chantier d’un stationnement étagé de 3000 places est déjà amorcée.

Par contre, dans le second, une décision sera prise au cours des prochains mois. «On a bien besoin d’une nouvelle aérogare. On a surtout besoin de portes d’embarquement. Cet été, ce sont 15 vols par jour qui ont dû être desservis en barrière éloignée par autobus. Il nous faut définitivement cette nouvelle aérogare et à plus courte échéance que ce nous avions initialement prévu», a-t-il laissé entendre.

«La contrainte de temps est bien réelle. Ça prend environ sept ans pour construire une aérogare. Si on débute en 2020, on sera prêt en 2026-2027. Une construction tardive minera la capacité de Montréal-Trudeau à répondre à la demande et, ultimement, à atteindre son plein potentiel comme acteur de développement économique», renchérit M. Rainville.

Depuis sa nomination en janvier 2017, ce dernier a voulu mettre à profit son passage, entre autres, chez Pepsi-Cola et Molson, pour favoriser une expérience client: offre de restauration améliorée, aménagement d’espaces évocateurs à la culture, saveur locale des commerces, accompagnement et divertissement: voilà autant de moyens déployés pour faciliter la vie des voyageurs à l’aéroport.

«Il s’en passe des choses à votre aéroport international. Et à tous les entrepreneurs dans la salle, soyez à l’affût! Croyez-moi, les prochaines années sauront générer leur lot d’opportunités d’affaires», a conclu celui qui parle d’un aéroport qui ne ferme jamais «ou presque».