Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, a bien fait rire les deux grands patrons de la SIM, Ethelbert J.L. Cooper et Daubeny Cooper, sous le regard amusé du président de la Société du parc, Jean Poliquin.

Projet d'un milliard $ à Bécancour: la balle dans le camp du gouvernement

La mise en scène se voulait impressionnante, avec plusieurs investisseurs étrangers réunis mercredi au bureau de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour.
Le directeur du projet, Denis Rivard, a dévoilé les grandes lignes de la future usine de transformation du fer à Bécancour.
Mais une fois après avoir exposé son projet d'une usine de transformation du fer évalué à plus d'un milliard de dollars, la Société internationale métallique (SIM) n'a pas caché que le soutien de l'État est «possiblement crucial» pour que les installations soient en opération en 2020.
«C'est trop tôt pour le dire. Dans un projet d'une grande ampleur comme celui-là, l'aide gouvernementale est vraiment importante, ça peut faire la différence entre aller de l'avant ou pas», a clairement confié au Nouvelliste le directeur du projet, Denis Rivard.
D'ailleurs, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, trouve inquiétant que le gouvernement du Québec n'ait délégué aucun représentant à cette activité médiatique. «Si François Legault était premier ministre, il aurait profité de l'occasion pour rencontrer les partenaires financiers», croit-il. 
Le promoteur avait déjà reçu un coup de pouce de Québec via le Fonds de diversification économique dans sa phase de préfaisabilité.
«Pour sécuriser un projet comme ça, l'aide gouvernementale est importante. On ne parle pas juste d'aide financière, mais de supporter pour la question d'obtenir les permis et de faciliter les choses pour l'évolution du projet», a-t-il précisé.
Celui-ci a rappelé que dans le montage financier, il y a du financement international, l'implication des promoteurs et même la contribution de clients éventuels. «Mais pour que le projet se concrétise, il faut la présence du gouvernement», a insisté M. Rivard.
Par exemple, le financement pour la construction «va arriver dans presque un an». «D'ici là, il y a de l'argent à dépenser pour faire travailler les ingénieurs, les firmes spécialisées. Ça veut dire que les promoteurs doivent mettre de l'argent pour amorcer tout ça. L'assistance gouvernementale au dossier peut aider à sécuriser le progrès du projet pour rencontrer les dates», poursuit le porte-parole.
À quelle hauteur l'État devrait-il intervenir, alors que 70 % de l'investissement est assuré par l'international? «Le 30 % qui reste est partagé par le promoteur, d'éventuels clients et l'aide gouvernementale potentielle», a-t-il fait savoir, ce qui situe le support souhaité du gouvernement à plusieurs dizaines de millions de dollars.
«Il y a vraiment beaucoup de travail pour réaliser un projet. Ce qui est difficile, c'est de passer au travers de chacune des étapes. Aujourd'hui, on a franchi une étape importante. Ça devient de plus en plus intéressant pour les investisseurs de voir que le projet est sérieux, que les fondations sont bonnes, que l'endroit est parfait, que toutes les infrastructures nécessaires pour faire fonctionner le projet sont en place. Ça devrait sécuriser tout le monde, y compris le gouvernement qui veut investir son argent dans les bons projets», ajoute M. Rivard.
Présentement, dit-il, «on est en phase de développement détaillé du projet». «On fait l'étude de faisabilité définitive qui va nous conduire vers le plan d'exécution final, on complète le financement pour ensuite procéder avec les contrats pour la construction, si on maintient les jalons tels qu'ils sont actuellement envisagés», tient-il à souligner.
Pour sa part, le président et chef de la direction de la SIM, Daubeny Cooper, a expliqué que le projet avait failli se retrouver aux États-Unis en 2013 avant que différents facteurs n'amènent la haute direction à considérer plutôt le Canada et, finalement, Bécancour. Le Parc est même disposé à construire un quai spécifiquement pour ce futur client.
Or, l'emplacement stratégique (accès à des infrastructures de transport maritime, ferroviaire et routier, aux ressources et à une main-d'oeuvre industrielle qualifiée) figure sur la liste des cinq éléments-clés sur lesquels SIM mise pour mener à bien son projet. Approvisionnement en gaz naturel à prix stable, technologie de pointe, produit de qualité supérieure et valeur ajoutée au Québec: voilà les autres atouts avancés par la Société.
«Nous avons travaillé dur pour lancer formellement ce projet», a avoué le grand patron qui s'attend également à un «support maximal».
Le projet vise à construire et exploiter une usine de fer préréduit briqueté à chaud (HBI) au Parc industriel et portuaire de Bécancour. L'usine aurait une capacité annuelle de deux millions de tonnes de HBI. 
Le HBI est une source de fer pur qui permet de produire de l'acier de meilleure qualité. «Le HBI est un matériau en demande présentant de bonnes opportunités de marché pour être vendu aux fabricants de fer et d'acier internationaux, ce qui nécessitera une usine fonctionnant en continu durant toute l'année», a-t-on indiqué lors de la conférence de presse.
Dans son domaine, l'usine de Bécancour affichera l'une des plus grandes capacités de production dans le monde, amenant ainsi le Canada à devenir le 6e producteur mondial de fer préréduit
Par ailleurs, les études révèlent que 175 emplois spécialisés et bien rémunérés seront créés pour l'exploitation et l'administration de l'usine, en plus des 400 emplois indirects dans la région de Bécancour.
Et au plus fort de la construction devant s'amorcer au printemps 2018, on devrait compter pas moins de 1400 travailleurs sur le chantier. «Durant cette dernière phase, nous privilégierons les travailleurs et contracteurs locaux», assure Denis Rivard.
D'une superficie de 94 hectares, le terrain devant accueillir l'usine en 2020 a déjà fait l'objet d'une option d'achat. Et l'étude d'impact environnemental a été déposée au ministère concerné.
«On arrive au moment des récoltes après avoir été bousculé dans notre confiance au cours des quatre dernières années», a conclu le maire Jean-Guy Dubois, pépine miniature en mains... toujours emballée.