Maxime Carpentier et Alexandre Perreault.

Projet agrotouristique d’un million de dollars

SAINTE-ANNE-DE-LA-PÉRADE — Dès que la neige sera fondue, les automobilistes qui emprunteront la sortie de l’autoroute 40 est vers Sainte-Anne-de-la-Pérade, apercevront un chantier de construction d’une grosse grange rouge et blanche. À l’intérieur, on y trouvera des cuves pour brasser une bière de microbrasserie dont seuls Alexandre Perreault et Maxime Carpentier ont la recette. Il s’agit d’un projet agrotouristique d’un million $.

La Ferme du Tarieu Brasserie & Distillerie, qui devrait ouvrir ses portes à la fin de l’été prochain et sera ouverte à l’année, viendra stimuler l’économie de la municipalité, déjà fort animée par son festival annuel du petit poisson des chenaux.

Les deux jeunes entrepreneurs et amis ont à peine 25 ans et ça fait déjà cinq ans qu’ils préparent leur projet. Alexandre est le fils d’un producteur agricole bien connu dans la région pour son implication à l’UPA, René Perreault et Maxime, lui, tient sa fibre entrepreneuriale de sa mère qui possède plusieurs bureaux d’optométrie dans la région. La fibre des affaires coule donc dans leurs veines.

Tout le projet se fera sur les terres de la famille Perreault. Alexandre est la relève de cette ferme de Sainte-Anne-de-la-Pérade qui fait de la grande culture. Le jeune homme avait envie de produire des boissons, «mais pas du lait», précise-t-il. Lui et son partenaire d’affaires veulent plutôt devenir ce qu’ils appellent des «cultivateurs de saveurs».

Ils font partie d’une génération qui a le goût d’un retour à la simplicité et de rapprocher la nature des consommateurs. «De plus en plus, il a un mouvement de retour à la terre et d’achat local, au Québec. On veut beaucoup miser là-dessus», explique Maxime, étudiant en enseignement et originaire de Saint-Stanislas.

La Chiendent, leur toute première «bière de tradition belge, blond dorée et épicée», qui sera déjà sur les tablettes d’une journée à l’autre, ne sera pas vendue aux quatre coins du Québec. C’est plutôt le marché local et régional qui intéresse ses brasseurs. «On veut que notre bière reste la plus fraîche possible et contrôler la qualité de notre grain qu’on plante dans le sol jusqu’à la première gorgée de bière», fait valoir Alexandre.


« Des fermes brasseries, au dernier décompte qu’on a fait au Québec, il n’y en a que six  »
Maxime Carpentier

Le bâtiment aux allures de grange où elle sera éventuellement brassée servira également de lieu de dégustation, tout près des champs d’où proviendront les matières premières, soit l’orge brassicole et le houblon. On y trouvera même un centre d’interprétation, un «agrimusée» à l’étage supérieur, disent-ils. «Les gens vont pouvoir voir l’histoire de la bière et l’histoire de l’agriculture reliée à la bière. Les gens qui boivent du vin, pensent au raisin, pensent aux vignobles, mais en dégustant une bière, ils ne pensent pas qu’il y a un agriculteur qui a travaillé en arrière-plan, qu’il y a aussi une malterie et un brasseur», plaide Alexandre.

«On va avoir une boutique sur place où les gens vont pouvoir venir acheter nos produits. S’ils viennent boire une bière, ils vont pouvoir en même temps repartir avec des bières en canettes, des alcools, mais aussi des produits de la région. On veut en effet offrir une vitrine aux produits du coin», dit-il.

Dans leur projet à relativement court terme, il y a également de la production de gin, puis de whisky canadien sur place. Ce projet-là n’aura toutefois lieu que lorsque le marché de leur bière sera bien établi, précise Alexandre Perreault en parlant d’une année environ.

Malgré leur jeune âge, les deux entrepreneurs ont eu le temps d’aller chercher de l’expérience, avant de se lancer, ainsi que de l’aide financière. Les deux ont d’abord brassé à la maison. Alexandre est également allé brasser dans les cuves du resto-brasserie Le Presbytère, à Saint-Stanislas. Maxime, de son côté, a suivi un cours avec l’ancien maître brasseur de Labatt, Michel Gauthier. «J’ai gagné deux concours de brassage amateurs», signale-t-il, à Montréal et Trois-Rivières.

Les deux jeunes entrepreneurs vont acheter leurs équipements d’une entreprise spécialisée de Québec, Dirty Pigeon, réputée dans le milieu. «On va débuter avec quatre cuves de fermentation, trois cuves de brassage et notre alambic de fermentation», indique Alexandre.

Même s’il y a de plus en plus de joueurs dans le milieu des micro-brasseries, Maxime Carpentier souligne que «des fermes brasseries, au dernier décompte qu’on a fait au Québec, il n’y en a que six», dit-il.

Déjà, de grandes pancartes indiquent l’emplacement du futur site touristique, près de la sortie de l’autoroute. Avec 100 000 personnes qui fréquentent Sainte-Anne-de-la-Pérade durant la période de pêche aux poulamons, ce nouvel attrait agrotouristique devrait faire mouche.