Desjardins a publié ses prévisions économiques régionales pour 2020 dans lesquelles on apprend les défis particuliers à la Mauricie.

Prévisions économiques régionales de Desjardins pour 2020: plusieurs vents contraires en Mauricie

TROIS-RIVIÈRES — Même si la croissance économique sera également moins soutenue ailleurs au Québec en 2020, la Mauricie devra faire face à des vents contraires particulièrement forts liés à sa démographie et son tissu industriel. Voilà ce qui ressort des prévisions économiques régionales publiées par Desjardins.

Déjà, en tant que région manufacturière, les conflits commerciaux ont affecté de nombreuses entreprises, surtout dans les secteurs du bois, de l’aluminium et de l’acier. «Malgré la signature du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique et l’abandon des tarifs sur l’acier et l’aluminium, le contexte d’incertitude persiste. Il y a les guerres commerciales qui se poursuivent. Il y a un peu d’amélioration, mais malgré les ententes, il y a des tarifs qui restent, il y a des dossiers qui ne sont pas encore réglés, tout n’est pas encore ficelé», souligne l’économiste senior, Chantal Routhier.

Et comme si les tensions entre la Chine et les États-Unis n’étaient pas suffisantes pour venir compliquer les choses, voilà qu’arrive le fameux coronavirus. «On voit les effets que ça commence à avoir sur les économies et la Mauricie ne sera pas épargnée. Aujourd’hui, on est lié au contexte international et à ce qui se passe au Québec. On a des économies intégrées, on n’évolue plus en vase clos», fait-elle remarquer.

Il sera donc difficile pour les régions manufacturières d’enregistrer une croissance plus forte qu’au Québec, même si le PIB devrait tout de même connaître une hausse de 3 % cette année en Mauricie. «En 2017-2018, l’économie a bien fait. On a un ralentissement. On ne fait pas bande à part en Mauricie. On n’a pas une tendance qui est décalée ni en recul. C’est quand même une croissance qui est positive. Une bonne croissance aussi. On perd de la vitesse comme au Québec», tient à rassurer la spécialiste.


« Malgré la signature du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique et l’abandon des tarifs sur l’acier et l’aluminium, le contexte d’incertitude persiste »
Chantal Routhier, économiste senior

Par contre, le vieillissement démographique constitue un enjeu «vraiment important» dans la région, qui affichera une part de la population en âge de travailler (15 à 64 ans) parmi les plus faibles au Québec en 2021, soit sous la barre des 60 % contre plus de 63 % il y a quatre ans. Et pas moins de 88 % de la demande prévue de l’emploi sera liée aux départs à la retraite de 2017 à 2021.

«On reste concentré aussi dans les industries plus traditionnelles, et dans ces secteurs-là, on sait que l’âge moyen des travailleurs est très élevé. Ce sont des industries qu’on dit parfois en perte de vitesse, mais qui restent quand même présentes. On a des départs à la retraite, on a de moins en moins de jeunes, il y a des industries où on doit revaloriser la profession également. Dans ce contexte-là, ça reste relativement difficile pour les régions manufacturières telles que la Mauricie», poursuit Mme Routhier.

Comme dans plusieurs autres régions du Québec, la pénurie de travailleurs freinera l’expansion de nombreuses entreprises, ce qui se répercutera négativement sur leur croissance économique.

«On a de la misère à remplacer les départs à la retraite, on n’est plus nécessairement dans un contexte d’expansion, mais ne serait-ce que pour garder notre rythme d’activités, ça devient de plus en plus problématique. Au niveau de toutes les autres entreprises, si on sort du secteur traditionnel, on a aussi des départs à la retraite, mais on veut aussi prendre de l’expansion. Mais à ce moment-là, on n’a pas d’employés capables de répondre aux nouveaux contrats», fait-elle remarquer.

Pour celle-ci, l’attraction et la rétention des travailleurs constitueront «le gros frein». «Un autre signe de la rareté relative de travailleurs est le taux de postes vacants qui continue d’aller de sommet en sommet dans l’ensemble des régions. En Mauricie, ce taux est passé de 2,4 % au troisième trimestre de 2018 à 3 % au troisième trimestre de 2019», souligne l’économiste senior.

Selon elle, l’enjeu numéro un pour l’ensemble des régions du Québec est sans contredit la rareté de la main-d’œuvre. On observe, toutefois, plusieurs initiatives et stratégies afin d’attirer et de retenir les travailleurs, et ce, à la grandeur du Québec.

Le virage technologique est un autre défi d’envergure pour l’ensemble des régions. Dans un contexte où la population active s’affaiblit dans les régions du Québec, l’économie doit pouvoir s’appuyer sur des gains de productivité pour maintenir sa croissance. L’intégration des technologies numériques et l’adaptabilité des chaînes de production sont incontournables pour que les entreprises demeurent compétitives et conservent leurs parts de marché.

«Les entreprises manufacturières qui se spécialisent dans des créneaux de niche, qui développent des produits innovants et qui prennent le virage de l’innovation tireront mieux leur épingle du jeu», croit-elle.

Les études économiques Desjardins contiennent d’autres données sur la Mauricie: accroissement démographique au ralenti (croissance de 1,6 % de 2016 à 2021 et de 1 % de 2012 à 2026), gains migratoires totaux limités au cours des 20 prochaines années et baisse du taux de chômage (7,9 % en 2015 contre 5,2 % prévu en 2020).

Et dans le contexte actuel de rareté relative de main-d’oeuvre, plusieurs marchés régionaux afficheront de faibles croissances de l’emploi en 2020 et c’est le cas de la Mauricie avec une prévision de seulement 0,5 %.

Par ailleurs, il a été possible d’apprendre que les investissements auraient progressé dans la majorité des régions en 2019. Si le Centre-du-Québec arrive en tête de liste, avec un bond de 14,7 %, la Mauricie affiche plutôt un recul de 3,9 %.

Finalement, la construction neuve sera en baisse partout en 2020 (-6,7 % en Mauricie), la revente de propriétés existantes demeurera en progression cette année (+3 % en Mauricie) tandis que le marché immobilier mauricien s’est terminé dans la zone de l’équilibre en 2019.