Le taux de chômage a connu une baisse de 0,6 point le mois dernier, pour se situer à 5 %.

«Presque le plein emploi» à Trois-Rivières

Trois-Rivières — Manque de cuisiniers provoquant la fermeture de restaurants, 200 emplois disponibles en technologies de l’information, 800 postes offerts sur trois ans en transformation alimentaire, mission de recrutement à l’international. Voilà autant de manchettes récentes sur la pénurie de main-d’œuvre en région. Et alors que les initiatives se multiplient pour y remédier et que l’embauche se veut difficile dans plusieurs domaines, les chiffres publiés vendredi par Statistique Canada viennent confirmer le phénomène actuel.

En effet, dans la région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières, le taux de chômage vient de connaître une baisse 0,6 point le mois dernier, pour se situer à un plancher historiquement bas de 5 %. Par rapport à novembre 2016, la diminution est même de 2,2 %. 

En Mauricie, la tendance est également vers le bas, le taux de chômage étant passé de 6,2 % à 5,3 % entre octobre et novembre 2017. Sur une base annuelle, la diminution est de 1,1 %.

«C’est presque le plein emploi. Si le taux d’activité était plus haut, je dirais absolument oui. Il y a encore un potentiel d’aller chercher des gens qui, techniquement, ne sont plus à la recherche d’emplois, mais qu’on pourrait peut-être convaincre de revenir, de commencer à chercher», commente le professeur en économie à l’UQTR, Frédéric Laurin.

Car s’il y a un élément négatif derrière ces chiffres mensuels, «c’est que le taux d’activité a encore chuté, et d’une plus grande ampleur que dans le reste du Québec». À Trois-Rivières, le recul est de 0,5 point, pour se situer à 59,8 % alors que dans la province, la baisse n’est que de 0,1 point, pour atteindre 64,8 %. En Mauricie, le taux d’activité a même perdu 1,2 % en un mois, pour tomber à 56,9 %.

«C’est parce qu’on a le retour de gens qui viennent en retraite ici, probablement des gens qui vivaient déjà ici, qui sont partis travailler ailleurs, et qui reviennent. En même temps, on a des gens qui débarquent du chômage, qui arrêtent de chercher des emplois, qui se découragent, donc, ils ne sont plus à la recherche d’emplois. Ce n’est pas bon pour les entreprises qui ont des pénuries de main-d’œuvre. Ça veut dire que ceux qui travaillent et qui cherchent du travail sont de moins en moins nombreux», explique-t-il. 

Uniquement dans le secteur de la restauration, pas moins de 8720 emplois seront vacants au Québec d’ici deux ans. Déjà, faute de personnel, le restaurant Vincenzo a été contraint de fermer temporairement ses portes au centre-ville trifluvien. 

Du côté des technologies de l’information, on a même organisé un 5 à 7 gratuit pour permettre à une quinzaine d’entreprises de la région de se faire connaître auprès d’employés potentiels. Entre autres, le secteur est désespérément à la recherche de programmeurs.

Et seulement au cours des derniers jours, Innovation et Développement économique Trois-Rivières a annoncé une première mission de recrutement international qui aura lieu en France en février 2018 tandis qu’une étude sur l’industrie de la transformation alimentaire révèle que d’ici les trois prochaines années, pas moins de 800 emplois seront à pourvoir.  

Et dans son rapport économique, Desjardins affirme que la disponibilité de la main-d’œuvre en Mauricie demeure un enjeu de tous les instants: l’exode des jeunes se poursuit, la population vieillit et les départs à la retraite se multiplient, surtout dans le manufacturier traditionnel, dont les pâtes et papiers.

«Les efforts continus pour attirer et retenir la main-d’œuvre demeureront donc incontournables pour répondre non seulement aux besoins de remplacement, mais aussi à ceux liés à l’expansion des entreprises», indiquait l’économiste Chantal Routhier.

Or, pour son homologue de l’UQTR, si le taux de chômage diminue à Trois-Rivières, c’est que certaines entreprises embauchent massivement et que le retour de la croissance économique mondiale touche tout le monde. 

«Les pénuries de main-d’œuvre se font de plus en plus cruciales, il y a les départs à la retraite qui font en sorte qu’il y a vraiment des pénuries encore plus aiguës que d’habitude, ce qui fait que maintenant, on est moins sélectionneux dans nos embauches, donc, il y a pas mal de gens qui se sont fait embaucher. Et ce n’est pas le plein emploi habituel, car il n’y a pas de fortes augmentations de salaire», fait remarquer le spécialiste. 

Au pays, le taux de chômage a diminué de 0,4 point de pourcentage pour s’établir à 5,9 % en novembre, son niveau le plus bas depuis février 2008, a annoncé vendredi Statistique Canada. L’emploi a augmenté pour le deuxième mois consécutif, en hausse de 80 000 en novembre, a précisé l’agence fédérale.

Au cours de la période de 12 mois ayant pris fin en novembre, l’emploi a progressé de 390 000 (+2,1 %), et la totalité de cette hausse a été observée au chapitre du travail à temps plein (+ 441 000 ou +3 %), le travail à temps partiel ayant légèrement baissé. Au cours de la même période, le nombre total d’heures travaillées a augmenté de 1 %.

Le taux de chômage a poursuivi sa tendance à la baisse durant la période de 12 mois ayant pris fin en novembre, ayant diminué de 0,9 point de pourcentage pendant la période.

L’emploi a progressé en Ontario, en Colombie-Britannique, au Québec et à l’Île-du-Prince-Édouard. Parallèlement, il a diminué au Nouveau-Brunswick et a peu varié dans les autres provinces.

Au Québec, l’emploi a progressé pour le deuxième mois consécutif, en hausse de 16 000 en novembre. La majeure partie de cette hausse a été observée dans les secteurs de la fabrication et de la construction.

Avec la Presse canadienne