Le président du syndicat Clément Masse.

«Prenez garde à vos retraites»

Bécancour — Alors que le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour est à la veille d’entrer dans sa 14e semaine, les syndiqués d’ABI rendent visite mercredi à leurs confrères qui travaillent chez Lauralco, à Deschambault, une usine non syndiquée d’Alcoa.

«Nous sommes venus dire à ces travailleurs avec lesquels nous partageons le même employeur que nous luttons aussi pour eux», lance Clément Masse, président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos. «Nous luttons entre autres pour notre régime de retraite. Or, Alcoa a les retraites de ses travailleurs dans sa mire. Le lock-out l’incarne, mais aussi la vente par Alcoa, la semaine dernière, de toutes ses obligations de retraite canadiennes à trois assureurs privés», renchérit-il.

Celui-ci souligne qu’il s’agit d’une lutte pour le respect de l’ancienneté «et le respect tout court». «Nous voulons que les postes ouverts puissent être offerts aux travailleurs dans l’usine et non à des sous-traitants ou directement à ceux qui viennent d’être embauchés», explique M. Masse.

Ce dernier rappelle que la semaine dernière, Alcoa a d’ailleurs demandé à ses lobbyistes de «s’arranger pour que l’entreprise puisse continuer de discriminer les travailleurs embauchés par des agences de placement en les payant moins cher que les salariés». «C’est autant de bons emplois qui filent entre les doigts des gens d’ici», fait-il remarquer.

Il y a trois semaines, le Syndicat des Métallos avait dévoilé que «les généreux contrats d’approvisionnement en électricité d’Alcoa et Rio Tinto avec Hydro-Québec contenaient une clause dite de force majeure qui prévoit qu’en cas de lock-out, ABI peut réduire sa consommation d’énergie sans devoir payer pour le bloc qui lui est réservé».

Ce faisant, à ce jour, Hydro-Québec présente un manque à gagner de près de 55 millions de dollars, au rythme de 604 474 $ par jour, rapporte le syndicat. De plus, toujours en invoquant le cas de force majeure, ABI échappe à la pénalité prévue au contrat pour une réduction de la production.

«Ce sont tous les Québécois qui paient pour cela. Pour nous, la lutte de Bécancour, c’est aussi la lutte de Deschambault. Nous invitons d’ailleurs nos confrères et consœurs de Deschambault à joindre les Métallos pour montrer un front uni à notre employeur commun», conclut Clément Masse.

Depuis le début du conflit de travail, le 11 janvier dernier, la situation n’a pas progressé. Non seulement le syndicat est-il toujours en attente d’une nouvelle proposition patronale, mais l’employeur poursuit le syndicat pour 19 millions de dollars.