Monsef Derraji, député de Nelligan et critique libéral en matière de PME et d’innovation.

Pôles régionaux d’innovation: la ministre a-t-elle favorisé son comté?

SHAWINIGAN — Si la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, considère que la structure des pôles régionaux d’innovation doit être revue, pourquoi a-t-elle accordé 280 000 $ à celui qui dessert sa circonscription, le 29 novembre 2018? C’est la question que se pose Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation.

La ministre a été interpellée à nouveau à l’Assemblée nationale, mardi après-midi, au sujet de l’avenir du Réseau national des pôles régionaux d’innovation. En principe, la première année financière est complétée depuis le 31 mars, mais seulement cinq des dix-huit pôles régionaux ont reçu une aide financière prévue dans le cadre de leurs activités.

Un maximum de 400 000 $ devait être attribué pour cette première année d’exploitation, mais aucune région n’a encaissé ce montant, selon des documents obtenus par M. Derraji dans le cadre d’une demande d’accès à l’information. Mme Proulx a accordé 280 000 $ au pôle d’innovation du Bas-Saint-Laurent, géré par Développement économique La Pocatière, dans son comté de Côte-du-Sud. Il s’agit de la somme la plus élevée attribuée jusqu’ici, sur un pied d’égalité avec Montréal. Les pôles des Laurentides (200 000 $) et de Laval (130 000 $) ont reçu moins d’argent, de même que celui de Lanaudière (200 000 $).

Rappelons que depuis la fin janvier, le Réseau national des pôles régionaux d’innovation fait l’objet d’une remise en question, à la suite d’un reportage concernant le budget d’un lac-à-l’épaule qui devait être organisé en février, à l’Auberge du lac-à-l’Eau-claire. Cet événement a finalement dû être annulé. Le 18 février, la ministre a entamé une tournée provinciale, notamment pour réfléchir sur l’avenir de ce réseau, dont la direction est basée à Shawinigan.

À la période de questions mardi, le critique libéral a voulu savoir pourquoi la majorité des régions du Québec n’avaient toujours pas reçu leur argent. La ministre a répété qu’il fallait prendre un «pas de recul» avant d’aller plus loin, une réponse qui n’a pas rassuré M. Derraji.

«Ça fait cinq mois qu’elle est en poste», rappelle-t-il. «Elle remet en question les pôles, mais pour sa région, elle a signé, l’argent est reçu et les gens sont au travail. Ils ont eu le même montant d’argent qu’à Montréal!»

«Pourquoi 280 000 $ au Bas-Saint-Laurent alors que dans la plupart des autres régions, on évalue si c’est bon ou pas bon?», questionne le député de Nelligan. «Ce qui est bon pour sa région n’est pas bon pour les autres?»

M. Derraji rappelle qu’à travers le Québec, des projets et même des partenariats privés sont mis sur la glace en attendant le fruit de la réflexion de la ministre.

«Les régions se sont mobilisées», souligne-t-il. «Elles ont développé des projets qui ont été acceptés, ce qui a créé le Réseau national des pôles régionaux d’innovation. Que fait ce gouvernement? Il joue dans la structure. Depuis le début, la ministre nous parle d’électoralisme. Alors, pourquoi dans sa région, le pôle a reçu 280 000 $ après sa nomination ? Parce qu’elle les connaît bien? Une ministre, ça doit voir au développement de l’ensemble des régions.»

Brouillard

M. Derraji ne possède toujours pas d’indice sur l’avenir du réseau. Il ne sait pas si les sommes d’argent prévues pour l’année financière 2018-2019 seront transférées ou si elles seront tout simplement perdues. Lors de l’annonce, il était prévu que chaque pôle recevrait une aide annuelle de 400 000 $ pendant quatre ans.

Philippe Nadeau, directeur général du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, n’en sait pas davantage pour le moment sur le sort de chaque entité. En ce qui concerne le réseau, il souligne qu’un montant de 800 000 $ a suffi pour traverser la première année, alors qu’une aide maximale d’un million de dollars avait été accordée. Selon la convention établie avec le gouvernement, le RNPRI bénéficiera de 750 000 $ pour chacune des trois prochaines années.

«Nous, on s’attend à avoir le financement qui a été voté et accepté par le gouvernement», glisse M. Nadeau. «Ce sont les mêmes fonctionnaires qui ont signé la convention et qui sont toujours en place.»

Dans les régions toutefois, le brouillard ne se dissipe pas.

«Je sais qu’en Montérégie, ils sont dans une situation précaire, car des dépenses ont été faites et que l’argent n’est finalement pas entré comme prévu», explique le directeur général du RNPRI. «D’autres ont perdu des commanditaires privés, parce que l’argent du gouvernement n’arrivait pas.»

«C’est une précarité qui est bien dommage», ajoute M. Nadeau. «Mme Proulx est là pour rassembler, donner une dynamique et motiver les gens des régions, mais je pense que jusqu’ici, c’est l’inverse qui s’opère. C’est une démotivation et c’est dommage.»

«Elle passe dans les régions et son mot d’ordre est de dire qu’elle est en mode écoute et qu’elle prendra une décision plus tard. Elle dit aussi que le 400 000 $ restera dans chaque région, ce qui suscite de l’intérêt chez d’autres organismes. Ça crée une espèce de compétition, puisque l’argent serait à la portée des gens les plus convaincants. Je ne sais pas si c’est la bonne approche...»