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Parmi les mesures d’allégements financiers destinées aux entreprises, il y aura eu ces moratoires sur les remboursements d’emprunts et le report de certains paiements à faire au gouvernement.
Parmi les mesures d’allégements financiers destinées aux entreprises, il y aura eu ces moratoires sur les remboursements d’emprunts et le report de certains paiements à faire au gouvernement.

Plus de pandémie... et deux fois moins de faillites!

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — Loin d’être en déficit de situations incohérentes depuis le début, voilà que la pandémie cache une autre contradiction alors que le nombre total de dossiers d’insolvabilité a diminué de moitié en un an, et ce, malgré un bouleversement économique hors du commun qui laissait présager le contraire.

Par exemple, au Québec, le nombre de dossiers d’insolvabilité est passé de 11 146 à 5910 entre le troisième trimestre de 2019 et 2020.

En Mauricie, les cas de faillites de consommateurs ont chuté de 51,6 % sur une base annuelle, pour un total de 118. Au Centre-du-Québec, le recul est de 46,8 %, pour se situer à 84.

Seulement au chapitre des propositions pour régler une dette personnelle, leur nombre est passé de 381 à 173 en Outaouais, pour une baisse de 54,6 %.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le nombre de dossiers d’insolvabilité des particuliers a diminué de 44,7 %, de 45,2 % dans la Capitale-Nationale et de 38,9 % en Estrie.

En ce qui concerne les dossiers d’insolvabilité déposés par des entreprises, on note une baisse de 40 % en Mauricie, 30,8 %, au Centre-du-Québec, 23,1 % en Outaouais et au Saguenay-Lac-Saint-Jean et 9,1 % en Estrie. Parmi les régions couvertes par les Coops de l’information, seule la Capitale-Nationale affiche une augmentation, soit de 8,8 %.

Parmi les régions métropolitaines de recensement couvertes par les Coops de l’information, le recul varie de 43, 4 % à 49,2 % pour les dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs. Par contre, l’agglomération trifluvienne se distingue du côté des entreprises, avec une chute de 80 % des cas en un an, soit seulement deux dossiers au troisième trimestre de 2020 contre dix pour la période correspondante l’an dernier.

Le directeur principal chez Lemieux, Nolet, Michel Belhumeur.

Si la RMR de Saguenay affiche une diminution de 58,3 % et celle d’Ottawa-Gatineau de 38,9 %, Québec fait exception avec une faible hausse de 2,4 % du nombre de dossiers d’insolvabilité déposés par des entreprises.

«Si on compare 2019 et 2020, essentiellement, c’est 50 % moins de dossiers d’insolvabilité à travers le pays, propositions, faillites, commerciales et individuelles, tout confondues», confirme Éric Pronovost, syndic autorisé en insolvabilité chez Roy Métivier Roberge.

Selon lui, deux raisons expliquent principalement ce phénomène: les programmes gouvernementaux qui ont soutenu l’économie et l’absence de mesures de recouvrement de la part des créanciers.

«Des mesures ont été mises en place par les différents paliers de gouvernement pour aider les entreprises et les individus et en même temps, il y a eu une suspension des procédures à travers le pays. Il y a eu une espèce de mot d’ordre de suspendre toute mesure de recouvrement, de faire abstraction même des versements courants qui pouvaient être faits ou ne pas être faits», explique-t-il.

Parmi les mesures d’allégements financiers destinées aux entreprises, il y aura eu ces moratoires sur les remboursements d’emprunts et le report de certains paiements à faire au gouvernement. Parallèlement, la fermeture des tribunaux et l’implantation du télétravail auront contribué à freiner les procédures de recouvrement.

«Donc, on s’est retrouvé avec du monde qui était endetté, mais plus aucune pression de la part de leurs créanciers pour faire des remises, ou payer, ou faire face à une saisie de salaire, à une saisie sur les stocks. Les gens ont été soulagés de l’urgence de poser un geste avant d’être saisis. Tout ça a fait en sorte que du mois de mars jusqu’au début septembre, il y avait une absence de recours», précise M. Pronovost.

Et alors que pointait à l’horizon la deuxième vague, «les gens n’étaient pas nécessairement plus pressés». «Parce qu’au niveau des entreprises, il y a eu des prêts et des subventions d’urgence, des subventions de la main-d’œuvre et des loyers, la PCU pour les particuliers. Autant de sources de revenus et d’apports financiers qui arrivaient et qui permettaient de soulager et de survivre dans le processus», a-t-il indiqué.

Éric Pronovost, syndic autorisé chez Roy, Métivier, Roberge.

En novembre et décembre, M. Pronovost «sentait venir une augmentation du nombre de dossiers puisque les mesures de recouvrement avaient recommencé». «Avec tout ce qui était pour arriver pour Noël, on a ressenti un déclin à nouveau», rapporte celui qui s’attend à une reprise des faillites et des propositions au cours de l’été.

«Au lieu d’attendre en mai, il y en a qui vont accrocher leurs patins et fermer leurs commerces en janvier. La réalité va nous rattraper malheureusement. Il va y avoir un grand ménage dans certains types d’entreprises», prédit-il.

Selon le président de Roy, Métivier, Roberge, José Roberge, la préoccupation qui revient le plus souvent est comment se comporteront les institutions financières lors du renouvellement de la marge de crédit et des emprunts qui se fait normalement dans les 90 jours de la fin de l’année financière. «On voit déjà des institutions financières transmettre des lettres de rappel des avances pour les entreprises qui ont requis un congé de capital, capital et intérêt de six mois, requis un prêt de fonds d’urgence de 40 000 $ et 20 000 $, etc.», fait-il savoir.

Le directeur principal chez Lemieux, Nolet, Michel Belhumeur, soutient d’ailleurs que les délais qui furent accordés par les prêteurs, les institutions financières, «ça ne peut pas durer éternellement».

«Ce qu’on entend de la part des prêteurs en général, on se fait dire que les mesures de recouvrement devraient reprendre incessamment pour les gens qui sont en défaut. C’est à ce moment-là qu’il va y avoir beaucoup plus d’action. On s’attend à avoir beaucoup plus d’achalandage», confie-t-il.

Cela explique, dit-il, que jusqu’à maintenant, «ça n’a pas été l’enfer dans notre domaine, sauf certains secteurs, dont celui de la restauration».

Le président de Roy, Métivier, Roberge, José Roberge.

Finalement, dans le commerce de détail, les dossiers d’insolvabilité ont bondi de 24,7% en un an et de 20,8 % du côté des arts, spectacles et loisirs.

«Il y a beaucoup de demandes d’information, des gens inquiets, ça se comprend. Quelqu’un qui n’a jamais sauté de paiements et qui voit arriver une échéance, et qui voit que ça ne passera pas, il est inquiet, ça ne lui est jamais arrivé dans le passé», conclut le syndic autorisé en insolvabilité.

***

Dossiers d’insolvabilité déposés par des consommateurs par RMR (3e trimestre)

Saguenay
123 (2020), 242 (2019), -49,2 %
Québec
545 (2020), 963 (2019), -43,4 %
Sherbrooke
150 (2020), 233 (2019), -35,6 %
Trois-Rivières
124 (2020), 242 (2019), -48,8 %
Ottawa-Gatineau
702 (2020), 1271 (2019), -44,8 %

Dossiers d’insolvabilité déposés par des entreprises par RMR (3e trimestre)

Saguenay
5 (2020), 12 (2019), -58,3 %
Québec
43 (2020), 42 (2019), 2,4 %
Sherbrooke
7 (2020), 7, (2019), 0 %
Trois-Rivières
2 (2020), 10 (2019), -80 %
Ottawa-Gatineau
22 (2020), 36 (2019), -38,9 %