Frédéric Laurin

Plan d'aide d'Ottawa: «Cela aurait dû être annoncé bien avant»

TROIS-RIVIÈRES — «C’est ce qu’il faut faire. Au moins, on répond dans l’urgence. Cela aurait dû être annoncé bien avant. J’aurais voulu que dès le départ, on annonce des mesures. C’est un effet moutonnier, on connaît bien le défi d’une crise économique, les gens perdent confiance et c’est comme un virus, c’est très contagieux».

Voilà comment le professeur en économie de l’UQTR, Frédéric Laurin, réagit à l’annonce du gouvernement Trudeau d’un plan d’aide de 27 milliards de dollars en lien avec la COVID-19.

« Pour moi, ce qu’il y a de plus important, c’est qu’il y ait de l’argent qui se rende immédiatement sur le terrain », affirme-t-il.

Car, selon lui, ce que tout le monde ressent actuellement, tant l’individu que l’entreprise, c’est un manque de liquidités.

« Et il vient répondre à ça avec différentes solutions : prestations pour soins d’urgence, un montant équivalent à l’assurance-emploi pendant 14 semaines pour ceux qui n’ont pas l’assurance-emploi, qui ne reçoivent pas l’assurance-maladie. Ça, c’est super important de soutenir ces gens-là », croit M. Laurin.

À son avis, les PME souffrent également d’un manque de liquidités. « Il y a des discussions pour pouvoir avoir plus de liquidités à travers les banques commerciales, mais c’est la partie moins claire. Il y a aussi la subvention salariale de 10 % sur le salaire pour essayer d’au moins faire en sorte que les employeurs puissent continuer à verser des salaires pendant l’arrêt. Et de reporter en août 2020 le paiement du solde fiscal, ça, c’est super important. Ça peut vouloir dire des gros montants », fait-il remarquer.

Celui-ci trouve que le fédéral est « moins clair » dans son soutien aux entreprises par rapport au gouvernement provincial « qui a annoncé un programme vraiment spécifique qui passe par Investissement Québec pour soutenir les besoins de liquidités ».

« Je pensais que le gouvernement fédéral aurait pu faire quelque chose de beaucoup plus fort, si on compare avec le gouvernement provincial qui va accélérer tous les projets d’investissement », poursuit le spécialiste, qui s’attend à une forte reprise de l’économie « à partir du moment où tout ça va être terminé ».

Finalement, ce dernier ne cache pas son inquiétude sur l’ampleur du déficit fédéral.

«Quand on fait des déficits budgétaires en pleine croissance économique, c’est déjà pas tout à fait normal. Là, le gouvernement fédéral n’a pas de marge de manœuvre si la crise s’empire au niveau de l’endettement. On risque de voir une croissance de l’endettement, tandis qu’au niveau provincial, on a de la marge de manœuvre pour être confronté à une crise», a-t-il conclu.