Le lock-out à l’ABI vient de prendre la direction des tribunaux avec cette plainte syndicale pour briseurs de grève

Plainte pour briseurs de grève à l'ABI

Bécancour — Le Syndicat des Métallos a déposé lundi une demande au Tribunal administratif du travail pour faire cesser le recours à des briseurs de grève chez ABI. Une démarche qui survient au moment même où le médiateur spécial, Lucien Bouchard, tente de rapprocher les parties et que l’employeur est à préparer une nouvelle proposition.

À la suite d’une enquête effectuée le 24 avril dernier par le ministère du Travail, accompagné de représentants syndicaux, le syndicat a constaté la présence de quatre personnes qui effectuaient du travail normalement effectué par des travailleurs en lock-out ou qui remplaçaient des cadres affectés au travail de ces syndiqués.

Le syndicat estime qu’il s’agit seulement de la pointe de l’iceberg puisque lors d’une première visite, un certain délai s’écoule entre l’arrivée de l’équipe d’enquête et son entrée dans l’usine, en raison du visionnement d’une vidéo sur la sécurité. Ce faisant, cela donne une chance aux représentants de l’employeur de brouiller les pistes, signale le syndicat.

«Nous demandons une ordonnance du Tribunal administratif du travail pour que la compagnie cesse de recourir aux services de ces quatre personnes de façon spécifique et qu’elle ne contrevienne pas de façon générale aux dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail. C’était une première inspection, qu’ABI se le tienne pour dit, il y en aura d’autres, avec des délais d’entrée plus rapides», explique le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Du côté de la direction de l’entreprise, elle entend soumettre ses représentations au Tribunal pour contester ces allégations. «Nous opérons conformément aux dispositions du Code du travail», affirme la conseillère en communication à l’ABI, Sara Dubé.

Lors d’un conflit de travail, seuls les cadres embauchés avant le début des négociations, en l’occurrence le 25 août 2017, sont autorisés à effectuer les tâches normalement effectuées par les travailleurs syndiqués.

Rappelons qu’en temps normal, plus de 1200 travailleurs syndiqués et cadres font fonctionner les trois séries de cuves de l’usine. À l’heure actuelle, avec une série de cuves en opération, seulement moins de 145 cadres sont autorisés à travailler à la production, en lieu et place des travailleurs syndiqués en lock-out.

«On ne voit pas comment l’usine peut fonctionner au tiers de sa capacité avec 12 % de personnel, si elle n’a pas recours à des briseurs de grève. Le conflit est déjà bien inégal avec le scandale de l’électricité impayée, le recours à des briseurs de grève ajoute au déséquilibre des forces», ajoute Clément Masse.

Selon lui, à ce jour, Hydro-Québec a été privée de revenu de 66 millions de dollars en raison du lock-out décrété le 11 janvier dernier unilatéralement par Alcoa et Rio Tinto. En temps normal, ABI aurait dû payer l’ensemble du bloc d’énergie qui lui est réservé, mais elle invoque un cas de «force majeure» pour se soustraire à ses obligations.