Stéphanie Chorel et Josée Bourassa, de la direction régionale de Services Québec de la Mauricie, lors du colloque sur la main-d’œuvre présenté à Espace Shawinigan, jeudi.

Pénurie de main-d’œuvre: le taux d’emploi suggère une autre interprétation

Shawinigan — Bien que la Mauricie puisse s’enorgueillir d’un taux de chômage exceptionnellement bas en 2017, la proportion de personnes en âge de travailler qui occupent un emploi suggère un nouvel éclairage à ceux qui se plaignent d’une raréfaction de la main-d’œuvre. Historiquement, la région affiche toujours l’un des pires taux d’emploi au Québec et dans une période où des entreprises peinent à pourvoir leurs besoins, ce tableau laisse songeur.

Stéphanie Chorel, conseillère au service aux entreprises et Josée Bourassa, analyste du marché du travail, ont apporté cet éclairage dans le cadre du colloque sur la main-d’œuvre, présenté jeudi à Espace Shawinigan. Les deux ressources de la direction régionale de Services Québec en Mauricie considèrent que le taux d’emploi devrait retenir un peu plus l’attention lorsque vient le temps d’analyser le marché du travail.

Concrètement, le taux d’emploi représente la proportion de personnes au travail par rapport à la population âgée de 15 ans et plus d’une région. En 2017, ce taux s’est établi à 53,2 % en Mauricie, en léger recul par rapport au 53,8 % de 2016.

Cet indicateur connaît une croissance intéressante depuis 2013, alors que moins d’une personne sur deux en âge de travailler occupait un emploi dans la région. Cette année-là, le taux d’emploi affichait un faible 48,4 %.

Depuis que Statistique Canada compile les données régionales lors de son enquête sur la population active, en 1987, la Mauricie a affiché son meilleur taux d’emploi en 1988, à 55,9 %. En trente ans, cet indicateur a donc bien peu fluctué. À titre de comparaison, le taux de chômage régional avait atteint 14,4 % en 1997, comparativement à seulement 6 % l’an dernier.
«Tout le monde se réjouit de ça, on trouve le marché du travail dynamique», observe Mme Bourassa. «Par contre, le meilleur indicateur pour nous instruire sur le dynamisme d’une région et sa capacité de créer de l’emploi, c’est le taux d’emploi. Le taux de chômage donne un aspect, mais il ne dit pas tout.»

«Au Québec, trois personnes sur cinq sont en emploi», ajoute l’analyste. «En Mauricie, c’est une sur deux.»

Mme Bourassa fait remarquer qu’en 2017, on recensait 1400 personnes de moins en emploi dans la région par rapport à 2016. La baisse du taux de chômage s’explique simplement par un recul encore plus important du nombre de personnes actives, notamment en raison du vieillissement de la population. Ce facteur, combiné à un marché de l’emploi un peu plus dynamique, ont entraîné une diminution du nombre de chômeurs de 37 % en Mauricie depuis 2012.

Néanmoins, Statistique Canada recensait 7700 chômeurs l’an dernier dans la région. Si on ajoute les quelque 6000 prestataires d’aide sociale aptes à l’emploi en juin 2017, on se retrouvait avec un bassin de 13 700 personnes disponibles, mais sans travail. Pénurie, vous dites?

Adéquation

Les difficultés des employeurs à recruter de la main-d’œuvre ne s’expliquent donc pas nécessairement par le manque de disponibilité. Mme Bourassa suggère une autre piste.
«Notre marché du travail est en effervescence, mais il se transforme», rappelle-t-elle. «Nous sommes partis d’un marché très industrialisé alors que maintenant, nous sommes davantage dans le secteur des services. Nous sommes partis de la grande entreprise, avec des emplois très bien rémunérés avec un minimum de qualification. Maintenant, nous sommes dans la petite entreprise, où les qualifications sont de plus en plus importantes. La population doit être mise à niveau pour se rendre où le marché du travail évolue.»

L’analyse de Mme Bourassa a été confirmée l’automne dernier, lors d’une vaste consultation réalisée auprès d’une centaine d’intervenants de partout dans la région. Dans les principaux constats observés, notons le manque de main-d’oeuvre jeune et qualifiée et de compétences de base. La rareté de travailleurs n’a pas été soulevée de façon significative.  
Par contre, même s’il paraît exagéré de parler de pénurie, la baisse du bassin de main-d’oeuvre se fait tout de même sentir dans la région. Entre les recensements de 2011 et 2016, le nombre de personnes âgées de 15-64 ans a reculé de 4,7 %, tandis que celui des 65 ans et plus a bondi de 15,9  %.

«Nous avons donc beaucoup moins de main-d’œuvre disponible pour remplacer les gens qui vont partir à la retraite», résume Mme Chorel. Selon l’Institut de la statistique du Québec, cette tendance ne fera que s’accentuer au cours des prochaines années.

«L’apogée sera en 2022», observe Mme Chorel. «On n’est même pas encore rendu au mur!»

Les deux femmes suggèrent donc de sensibiliser rapidement les jeunes vers les besoins des entreprises du milieu, solliciter davantage les prestataires d’assurance-emploi et d’aide financière de dernier recours, tendre une perche aux immigrants, aux femmes, aux retraités, aux personnes handicapées et aux autochtones pour améliorer les perspectives de recrutement. Sans négliger les efforts que les employeurs doivent faire eux-mêmes pour être attrayants.

De 2015 à 2019, la direction régionale du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale estime à 25 100 le nombre d’emplois à pourvoir en Mauricie.

Région     Taux d’emploi

Capitale-Nationale    64,7 %

Montérégie     63,4 %

Abitibi-Témiscamingue    62,4 %

Lanaudière    62,4 %

Outaouais     62,3 %

Laval     61,3 %

Chaudière-Appalaches    61,1 %

Montréal       61,1 %

Laurentides     60,4 %

Côte-Nord et Nord-du-Québec     60,1 %

Centre-du-Québec       59,8 %

Estrie       57,4 %

Saguenay - Lac-St-Jean     55,9 %

Mauricie      53,2 %

Bas Saint-Laurent     50,1 %

Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine       48,4 %

Ensemble du Québec        60,9 %

Source: Statistique Canada