Le conflit de travail chez Delastek dure depuis près de trois ans.

Oui au retour, non à l’offre chez Delastek

Shawinigan — Près de trois ans après le déclenchement du plus long conflit de travail en cours au Québec, les parties patronale et syndicale chez Delastek soufflent le chaud et le froid sur un éventuel dénouement. Pendant que les grévistes ont accepté à 94 %, en assemblée générale lundi, le plan de retour au travail soumis par leur comité de négociation, ils ont rejeté le protocole proposé par l’employeur à 97 %.

«La balle est maintenant dans le camp de Delastek qui n’a qu’à accepter les termes entérinés et confier le différend à l’arbitrage pour régler le conflit», a fait savoir le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné.

Pour le président de Delastek, Claude Lessard, d’autres formalités sont à discuter pour en venir à une entente.

«La grève n’a jamais été aussi proche d’une fin, c’est certainement encourageant. Cependant, il faut noter que leur refus de notre protocole envoie un drôle de message», a indiqué le président de l’entreprise, Claude Lessard.

Selon le plan accepté par les membres de la section locale 1209, les parties s’entendraient pour confier le cœur du conflit à un arbitre, soit la question du partage du travail qui relève de l’accréditation syndicale entre la recherche et développement et la production. D’autres sujets importants seraient aussi soumis au processus dont la question monétaire.

«Nous avions proposé l’hypothèse de l’arbitrage pour trouver une porte de sortie au conflit au mois de juin dernier, ce que l’employeur refusait à ce moment-là, mais qu’il a accepté depuis. Cependant, la question du protocole de retour au travail est toujours à régler», a indiqué Luc Deschêsne, représentant national au dossier.

Au nombre des points en litige, les questions de la reconnaissance de l’ancienneté et du nombre de salariés rappelés au travail sont en jeu alors que l’employeur veut maintenir les 22 congédiements effectués l’automne dernier. Ces congédiements sont actuellement contestés par le syndicat. Ainsi, l’employeur ne voudrait reprendre que 18 des 38 membres disponibles et ce, sans égard à l’ancienneté. «Contrairement à ce que Claude Lessard, propriétaire de Delastek, annonçait dans les médias la semaine dernière, il n’y a donc pas encore d’entente dans ce dossier.

Pour le président de la section locale 1209 du syndicat Unifor, Alexandre Maranger, la balle est maintenant dans le camp de l’employeur.

La proposition syndicale entérinée par les membres n’a même pas été considérée par l’employeur, mais avec ce vote, tout ce que le propriétaire de Delastek a à faire, c’est de signer en bas de l’entente et le conflit est réglé», a indiqué le représentant national au dossier, Luc Deschêsne.

Or, M. Lessard explique que son offre consiste, entre autres, à rappeler prioritairement une vingtaine de travailleurs ayant le plus d’ancienneté par occupation. «Le nombre de travailleurs rappelés résulte d’une analyse interne du travail, ce n’est pas au syndicat de déterminer quels sont mes besoins», prévient-il.

Même si d’autres formalités sont à discuter afin d’en venir à une entente, le président de Delastek se montre néanmoins optimiste et encouragé et se dit prêt à avancer.

«Ma volonté première reste de mettre fin au conflit de travail. Je suis confiant d’arriver à une entente alliant mes besoins opérationnels et les intérêts du syndicat. Nous sommes présentement dans l’attente d’un jugement quant au nombre de syndiqués sur notre liste de rappel. Delastek s’engage à respecter le jugement, est-ce que le syndicat peut s’engager à cela? Si oui, pourquoi ne pas mettre fin au conflit maintenant en attente du jugement à venir?», fait-il remarquer.

Pour sa part, le président syndical, Alexandre Maranger, juge insuffisant le nombre de travailleurs que voudrait rappeler l’employeur. «On a fait notre bout, c’est à lui à faire le sien. On a mis beaucoup d’eau dans notre vin là-dedans en acceptant que ce ne soit pas tous les travailleurs qui rentrent immédiatement. On pense que c’est une bonne entente pour les deux parties. À un moment donné, il faut rentrer au travail, on a hâte de retourner, on veut travailler avec M. Lessard, que ça aille bien, et c’est le moyen qu’on a trouvé pour le faire. «C’est à lui à décider. Nous, on pense qu’il devrait accepter», a-t-il confié en entrevue.

Par ailleurs, si une entente devait survenir avant les jugements du Tribunal administratif sur le congédiement de 22 travailleurs et le recours à des briseurs de grève, le président de la section locale 1209 tournerait la page. «Si on rentre au travail, on n’a pas besoin d’avoir les jugements. On va regarder vers l’avenir et essayer d’avoir des relations de travail qui ont de l’allure», soutient-il.

L’usine Delastek, à Shawinigan, est touchée par un conflit de travail depuis le 1er avril 2015.

Finalement, alors que son syndicat avait déjà reçu des aides financières totalisant 35 000 dollars de la part de la section locale 9700 des Métallos de l’Aluminerie de Bécancour, M. Maranger a tenu à exprimer son appui entier au millier de syndiqués actuellement sous le coup d’un lock-out. «On est 100 pour cent avec eux. Quand on a appris qu’ils avaient été mis en lock-out dans la nuit, on a eu une pensée pour les travailleurs. C’est une section locale qui est tellement proactive pour aider les autres sections locales qui sont en conflit. Ils ont le cœur sur la main quand c’est le temps des relations de travail. Ils nous ont beaucoup aidés. Ça nous a fait de quoi d’apprendre ça et on est avec eux autres», a-t-il affirmé.

Des communications ont même eu lieu avec le président syndical à l’ABI, Clément Masse. «On va aller les voir sur la ligne de piquetage pour leur montrer notre solidarité. On sait ce qu’ils vivent, on sait ce que c’est que d’être en conflit de travail, ce n’est pas drôle. On espère juste que leur employeur va se remettre à la table des négociations et que ça se règle bientôt. On les supporte et c’est sûr qu’on va faire ce qu’on peut pour les aider», a conclu M. Maranger.