Jean Boulet se réjouit de l’entente de cinq ans qui reconnaît la compétence de Québec en matière de formation professionnelle destinée aux jeunes.

Ottawa transfère la compétence à Québec pour cinq ans

TROIS-RIVIÈRES — Ottawa transfère à Québec la pleine compétence des programmes de formation professionnelle destinés aux jeunes, en tout cas au moins pour cinq ans.

Le gouvernement Legault tentait d’obtenir un transfert permanent de compétence en ce domaine, mais devra se contenter pour l’instant d’une entente conclue pour les cinq prochaines années, soit de 2020 à 2025.

Ottawa versera donc d’ici là 135 millions $ à Québec pour financer, sans droit de regard, les divers programmes québécois existants permettant à de jeunes décrocheurs d’obtenir la formation requise pour exercer un métier.

On prévoit que 20 000 jeunes de 15 à 30 ans pourront ainsi augmenter leurs chances d’intégrer le marché du travail.

L’annonce a été faite jeudi à Québec, dans un centre de formation, conjointement par le ministre du Travail, Jean Boulet, et le ministre fédéral de la Famille, Jean-Yves Duclos, au nom de la ministre fédérale de l’Emploi, Patty Hajdu.

En conférence de presse, le ministre Boulet a qualifié l’entente d’«historique» et de gain majeur pour le Québec en vue d’affirmer sa différence au sein du Canada.

«Moi, je vise la pérennité» de l’entente, a commenté le ministre Boulet, à propos du transfert souhaité de la compétence exclusive de la formation de la main-d’oeuvre pour les jeunes.

Les négociations en ce sens avec Ottawa n’ont pas abouti, mais vont se poursuivre, a promis le ministre. Il soutient néanmoins que le précédent constitue en soi la reconnaissance des compétences du Québec. Il rappelle du même souffle que la conclusion d’ententes permettant le transfert au Québec de près de 5,4 milliards de dollars d’ici 2023, annoncée le 20 juin dernier, s’inscrit elle dans une perspective pérenne.

La formation professionnelle des jeunes incarne le caractère «distinct» du Québec, dans son approche en régions et ses façons de faire avec les différents partenaires impliqués, a observé le ministre Boulet, ne cherchant pas à nier les prétentions «nationalistes» de son gouvernement en la matière.

Ottawa versera donc l’argent promis sans imposer de conditions: «l’argent va être dépensé chez nous, par nous, en fonction de nos besoins concrets et régionaux», a précisé le ministre, fier de ne pas avoir à rendre de comptes au gouvernement fédéral sur les sommes dépensées.

On assiste donc, selon lui, à la «pleine reconnaissance de la juridiction du Québec en matière de développement et formation de la main-d’œuvre».

L’entente de jeudi est conclue dans le même esprit que l’accord conclu entre Québec et Ottawa en 1997, à l’époque des gouvernements Chrétien et Bouchard, une entente qui amorçait le transfert de cette compétence d’Ottawa vers Québec.

Le transfert d’argent annoncé jeudi devrait aussi contribuer à atténuer le problème criant de pénurie de main-d’œuvre, ont fait valoir les deux ministres présents.

«C’est au Québec que la rareté de la main-d’œuvre est la plus importante» au Canada, a souligné de son côté le ministre Jean-Yves Duclos.

Il y a actuellement 120 000 emplois disponibles au Québec, soit la moitié de tous les emplois disponibles à travers le pays.

Ce problème risque de s’aggraver à l’avenir, avec le vieillissement de la population, a prédit le ministre Duclos. D’où l’importance de pouvoir compter sur tous les jeunes aptes à travailler, «qui ont juste besoin parfois d’un petit peu d’aide pour briser les barrières, ouvrir les portes et se lancer dans la vie».

Québec investit déjà 200 millions $ pour l’intégration des jeunes en difficulté au marché du travail.

L’entente conclue jeudi entre Ottawa et Québec a été aussitôt saluée par le Conseil du patronat, qui y voit une solution concrète au problème de la rareté de main-d’oeuvre.

Quelle part pour la Mauricie?

Il ne semble pas être question de diviser les sommes obtenues d’Ottawa de manière arbitraire. Le ministre Boulet évoque plutôt une approche pragmatique, fondée sur l’équité et les besoins spécifiques identifiés dans chaque région, de manière «ordonnée et structurée».

«Mon plan de match, je ne le veux pas statique, je le veux évolutif, pour répondre en temps réel aux besoins changeants du marché du travail», déclare le ministre. Il soutient avoir un portrait «très clair» de la situation en Mauricie. «Je sais combien on a de postes vacants, le taux de vacance, l’identité des postes vacants, les qualifications recherchées et les salaires», assure Jean Boulet.

L’intégration de jeunes au marché ne constitue pas en soi l’unique réponse à la question de la pénurie de main-d’œuvre, qui touche la Mauricie de plein fouet, convient par ailleurs le ministre Boulet. Elle est cependant un élément de la solution, indique-t-il.

Philosophe, Jean Boulet jette un regard d’ensemble sur la problématique et parle d’un «défi de société». Il évoque à cet égard la part de responsabilité que doivent assumer les entreprises pour faire face à la conjoncture.

«Le rapport de force favorisait les employeurs avant, maintenant il favorise les employés qui cherchent un emploi», observe le ministre. Il fait valoir qu’en ce sens, il importe pour les entreprises de se faire attractives. Dans le cadre de sa Grande corvée, Jean Boulet a d’ailleurs déployé des conseillers sur le terrain afin de travailler avec les employeurs de la région. Après avoir posé un diagnostic, ceux-ci assistent les entreprises dans le déploiement de stratégies de recrutement et de pratiques en gestion de ressources humaines, explique-t-il.

«Je n’ai pas la prétention de dire que dans deux ans ça va être fini, mais au moins on a un plan de match, au moins on avance et on se donne des outils additionnels», déclare le ministre Boulet.