Ordonnance provisoire reconduite à l'A.B.I.

Trois-Rivières — Au terme d’une journée d’audience devant le Tribunal administratif du travail, l’ordonnance provisoire interdisant aux syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour tout ralentissement d’activités a été reconduite jusqu’à vendredi soir, minuit, par le juge Christian Drolet, le temps que les parties s’entendent pour d’autres dates.

Alors que la procureure de l’employeur, Me Louise Laplante, prétendait que la situation ne s’était pas améliorée, l’avocate du Syndicat des Métallos, section locale 9700, Me Céline Allaire, s’opposait à une telle décision.

«Depuis le 22 novembre, il n’y a pas eu de détérioration, pas de faits répréhensibles ni de gestes illégaux. Compte tenu que les parties sont en négociations, ce n’est pas la meilleure stratégie», a-t-elle plaidé, jeudi.

Au cours de ce premier face-à-face, l’entreprise a voulu faire la démonstration que les travailleurs avaient exercé des moyens de pression ayant un impact sur la production.

D’entrée de jeu, un cadre a pris le temps d’expliquer le fonctionnement de l’usine de Bécancour tout en soulignant l’importance de respecter la séquence de toutes les opérations, ce qui implique, entre autres, le changement des anodes, le soutirage du métal liquide, l’ajustement des niveaux de bain liquide et l’alimentation en alumine.

Par la suite, le directeur des opérations, Daniel Cloutier, a rapporté un arrêt de travail illégal survenu le 11 octobre. Et le 4 novembre, la direction d’A.B.I. avait même envisagé de fermer des cuves, compte tenu du très haut niveau de métal qui n’avait pas été coulé, soit 2268 tonnes métriques.

L’opération visait à garantir la sécurité des installations, puisque le volume de tonnes métriques diminuerait alors, ce qui réduit le risque d’aluminothermie, de grosses éclaboussures de métal en fusion et autres dangers tels que des risques de débordement de certaines cuves.

Selon le témoin, cette situation coïncidait avec un boycott de surtemps de la part des syndiqués qui avait pour effet de diminuer la capacité à couler du métal. «C’est le même pattern vécu lors des dernières négociations de 2012», a-t-il fait remarquer.

Retards dans les coulées, soit 1786 tonnes métriques contre une moyenne de 32 tonnes métriques pour la période du 9 septembre au 2 octobre 2017, nombre de coulées à la Fonderie qui est passé d’une moyenne de 16,7 à 10,4, retard du nombre d’anodes scellées produites et inventaire d’anodes scellées en forte diminution: voilà autant d’éléments qu’il a soulevés. La partie syndicale a toutefois demandé des comparatifs sur de plus longues périodes.

Finalement, M. Cloutier a expliqué que le bilan thermique d’une cuve électrolytique est un élément très critique et aussi très fragile. Ainsi, s’il y a des arrêts dans l’alimentation électrique, il existe un risque sérieux, à son avis, que la température du contenu de certaines cuves d’électrolyse baisse sous le point de fusion, entraînant ainsi la solidification du bain qui s’y trouve et la perte irrémédiable des cuves concernées.