Francis Blanchard et David Poussard, copropriétaires du Cuisto.

«On a le sentiment d’être pris en otage par le gouvernement»

TROIS-RIVIÈRES — La COVID-19 est en train de causer une véritable hécatombe dans la restauration. Parmi les dernières victimes tombées au combat, le Cuisto Resto-Lounge, situé sur le boulevard des Récollets, à Trois-Rivières, qui n’a d’autre choix que de mettre la clé dans la porte en espérant pouvoir reprendre ses activités quand la tempête se sera calmée. «On a tiré sur la plogue finalement. Il fallait arrêter l’hémorragie», déplore Francis Blanchard, copropriétaire. «On ferme pour une période indéterminée, le temps que l’économie se place et de voir les mesures prises par le gouvernement si mesures il y a.»

Dès l’annonce des premières recommandations, jeudi, pour contrer la pandémie, les impacts se sont fait sentir sur l’achalandage, raconte M. Blanchard. «Ç’a été instantané. La courbe est abrupte. C’est une pente expert en ski.»

Mercredi, il évaluait la baisse de son achalandage à près de 90 %. «C’est la catastrophe», lance-t-il. Pas besoin d’être un expert en calcul pour déterminer que les coûts d’opération surpassaient les profits.

Le Cuisto a pourtant lutté pour sa survie au cours des derniers jours. Il a offert la livraison, il a restreint ses heures d’ouverture, mais malgré tout, en quelques jours, tout s’est effondré pour cette entreprise qui a vu le jour en 1987.

Étant donné la situation de crise actuelle, M. Blanchard comprend mal pourquoi le gouvernement Legault ne décrète tout simplement pas la fermeture des restaurants. «Je ne comprends pas. Il ferme les bibliothèques, les piscines publiques, mais pas les restaurants où il y a quand même une circulation de touristes et de locaux. La fermeture des restaurants aurait dû être demandée, et à ce moment-là, nos assurances nous auraient dédommagés. Mais ce n’est pas le cas quand c’est une fermeture volontaire, comme on le fait aujourd’hui. Tant qu’à faire une quarantaine de deux semaines, autant la faire une fois pour toutes pour éviter la propagation.»

Les exigences gouvernementales pour les restaurants, soit de réduire à 50 % leur capacité d’accueil et de respecter un mètre de distance entre les tables, ne rassuraient pas vraiment la clientèle. De toute façon, elles étaient déjà respectées, note M. Blanchard, étant donné la baisse draconienne de l’achalandage. «Le gouvernement garde les restaurants ouverts, mais il dit aux gens de rester à la maison. On a le sentiment d’être pris en otage par le gouvernement.»

Tout le milieu de la restauration est sur la corde raide. Plusieurs autres restaurants de la région ont suspendu leurs opérations au cours des derniers jours. «Ça ne pourra pas durer comme ça pendant un mois. Ça fait peur. Je suis conscient de la crise. Le gouvernement doit réagir rapidement face à la pandémie, mais ça va prendre des mesures. Les restaurateurs ne pourront pas survivre. On est tous devant l’incertitude», note M. Blanchard.

La cuisine du Cuisto est maintenant vide.

Au Cuisto, ce sont 45 employés qui se retrouvent au chômage. «Quand on a fait l’annonce de la fermeture au personnel ce matin, c’était des larmes. On est une famille. Ça fait des années qu’on travaille ensemble. Les liens sont tissés serrés», confie M. Blanchard.

Ce dernier espère rouvrir le restaurant, mais il s’inquiète de la durée de la crise. «L’économie va être longue à repartir. Les gens vont couper dans leurs dépenses, ils vont concentrer leur budget sur ce qui est vital. Un restaurant un samedi soir, je ne pense pas que c’est vital», laisse tomber M. Blanchard.

Quant aux initiatives de solidarité entre les restaurateurs, M. Blanchard croit que ces derniers doivent d’abord «crier haut et fort au gouvernement de poser un geste urgent».

Même quand les restaurants demeurent ouverts, la situation peut être difficile pour les employés qui voient leurs heures être coupées et leur pourboire se réduire comme peau de chagrin.

Par exemple, Josée Gauthier, serveuse au Cuisto depuis 15 ans et qui a un salaire à pourboire, a servi une douzaine de clients mercredi contre 65 à 75 en temps normal.

«Si je ne fais même pas 20 $ de pourboire, comment veux-tu que j’arrive? Tout se suit. Les heures sont coupées, le personnel est coupé. On ne peut pas survivre en travaillant 10 heures par semaine.»

Elle espère que ce cauchemar sera bientôt derrière elle.

«C’est mon gagne-pain, mais c’était aussi comme une famille, parce que la plupart des gens travaillent ici depuis 9 à 15 ans. On se connaît vraiment beaucoup. On ne veut pas changer de place. On espère que tout va se régler et qu’on va pouvoir revenir travailler. On connaît nos clients aussi. Il y en a qui nous suivent depuis le début.»