Des entreprises comme Cepsa Chimie de Bécancour subissent les contrecoups de la fermeture du réseau de l’est du Canada du CN.

Olin risque de suspendre sa production

BÉCANCOUR — Des entreprises de la région subissent des contrecoups de la suspension du transport par train dans l’est du Canada et la reprise du service devra se faire rapidement si on veut éviter que les impacts négatifs prennent davantage d’ampleur, notamment un possible arrêt temporaire de la production à l’usine Olin de Bécancour.

Jeudi, le CN a annoncé la fermeture de son réseau dans l’est du Canada en raison des perturbations causées par des manifestants qui bloquent les voies dans plusieurs provinces pour protester contre un projet de gazoduc en Colombie-Britannique. Cette interruption de service fait déjà mal à des entreprises du parc industriel et portuaire de Bécancour comme Olin et Cepsa. Ces dernières approvisionnent leurs clients par train.

Chez Olin Produits Chloralcalis, les opérations de ce fabricant de chlore et de soude caustique se poursuivent à régime réduit. Des rumeurs émanant de l’entourage de l’entreprise laissent entendre que la direction évalue la possibilité de suspendre la production au cours des prochains jours en raison de l’arrêt du transport par train.

Invité à confirmer cette information, Pierre Ducharme, le directeur régional des opérations canadiennes, a préféré ne pas faire de commentaires. Par le biais d’un courriel émanant d’une firme de relations publiques de Saint-Louis, Olin affirme que l’entreprise prend «des mesures pour être en position de fermer l’usine de façon sécuritaire si la situation rend cette décision nécessaire». Mais dans la version anglaise du communiqué, on parle de shut down (arrêt de production).

«Nous sommes en communication avec nos clients pour réduire les conséquences qu’ils peuvent subir. Notre priorité est toujours la sécurité de nos employés, de l’environnement et de la communauté», écrit Ed Kral, vice-président de l’agence Fleishman Hillard.

Spécialisée dans la production d’alkylbenzène linéaire, servant à la production de savon à lessive, Cepsa a de nombreux clients dans le Midwest américain. Les wagons passent par Montréal, Toronto, Sarnia et Chicago. Ce marché représente 40 % de son volume d’affaires, mais ne peut être alimenté en raison des wagons qui sont bloqués sur le chemin de fer.

Olin Produits Chloralcalis subit également les impacts de la suspension du transport ferroviaire.

Selon le directeur général, Pierre Lahaie, le trafic doit reprendre mardi ou mercredi au plus tard.

«Les wagons vides ne peuvent revenir et les pleins ne peuvent se rendre. On envoie des wagons à mesure qu’on produit. L’inventaire sur les rails équivaut à quatre jours de production et on a commencé à les gruger il y a deux jours. Si ça perdure, ça va nous faire mal tout de suite et longtemps. On perd notre image de fournisseur de produit de qualité qui livre juste à temps. Une fois que tu as perdu cette réputation, c’est dur à retrouver», raconte M. Lahaie qui déplore le fait que son entreprise subisse les contrecoups d’un problème de transport par train quelques mois après le conflit de travail au CN survenu l’automne dernier.

Pour l’instant, Cepsa ne prévoit pas suspendre la production. L’entreprise achemine environ 40 % de son volume de production par navire vers d’autres marchés comme le Mexique et l’Europe. Mais l’impact financier du ralentissement des affaires avec le Midwest américain est sérieux.

«C’est là qu’on a les plus grosses marges. C’est 40 % de la business, mais c’est plus que 40 % de nos profits. Si ça perdure, on va ralentir la production. Mais nos clients vont ralentir aussi, des clients seront obligés d’arrêter. Pour eux et pour nous, ce sera catastrophique. Le rail est le meilleur transport. C’est fiable, tu peux transporter trois fois plus que dans un camion, c’est sécuritaire. Sur les grandes distances, le rail est moins cher. Laissez-nous le rail!», implore M. Lahaie, pour qui le transport par camion est carrément impossible.

Règlement rapide

Maurice Richard, président et directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, est bien conscient des impacts sur les entreprises locales, mais aussi sur les entreprises qui effectuent des contrats en sous-traitance. Voilà pourquoi la situation ne peut durer encore bien longtemps, selon lui.

«L’important est que ça se règle rapidement. Le chemin de fer devrait être un service essentiel, c’est ma prétention. Il faut penser que nos maisons-mères sont à l’étranger. La maison-mère réagit en fonction de la production, des chiffres. Quand tu es dans l’investissement international, il faut penser à ces éléments. Et on ne parle pas du citoyen avec l’arrêt du service de Via. Ça a un impact sur le citoyen à qui on n’arrête pas de dire de prendre le train au lieu de sa voiture.»

Jean Boulet, ministre régional, ne veut pas se lancer dans un débat à savoir si le transport par train doit être considéré comme un service essentiel. Il laisse le soin à son collègue des Transports, François Bonnardel, de le déterminer. Mais le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale reconnaît lui aussi que la situation est difficile pour l’économie.

«Il y a des répercussions économiques vraiment dommageables, non seulement pour les citoyens, mais pour l’économie du Québec. Les lignes ferroviaires sont de juridiction fédérale. On s’attend à ce qu’Ottawa assume son leadership dans ce dossier. Le premier ministre du Québec, M. Legault, devait rencontrer le premier ministre du Canada et on espère que ce sera réglé dans les meilleurs délais de façon raisonnée et pacifique.»