David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Agglomération Cannes Lérins, en compagnie du maire de Shawinigan et président du DigiHub, Michel Angers, lors de la signature d’une entente de partenariat entre les deux villes, lundi.

Nouveau partenariat pour le DigiHub

SHAWINIGAN — Quelques heures après le passage des vedettes internationales du cinéma à Cannes, le maire de Shawinigan, Michel Angers et le directeur général du DigiHub, Philippe Nadeau, ont participé à une conférence d’information dans la même ville, lundi matin, pour conclure un nouveau partenariat. L’annonce aurait pu prendre une autre dimension dans l’ensemble du Québec, mais la fin des activités du Réseau national des pôles régionaux d’innovation (RNPRI) en a réduit un peu la portée.

Lors de l’organisation de cette conférence d’information, tous les pôles étaient invités à y participer par visioconférence. Or, jeudi dernier, la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, a décidé de mettre un terme au RNPRI.

M. Nadeau ne sait pas si des responsables de pôles ont tout de même pris la liberté de participer à cette visioconférence, mais chose certaine, cette présence n’a pas été soulignée au début de l’activité.

«Nous avons un outil de cartographie, qui permet d’afficher les besoins particuliers d’entreprises», explique-t-il. «En temps réel, nous pourrons prévoir, par exemple, ce que sera l’industrie du drone dans trois ou six mois, avec des chiffres pour tous les métiers reliés à cette industrie.»

M. Nadeau précise que cet outil sera déployé gratuitement aux régions intéressées. Il est complété par un cryptoposte, un genre de contrat intelligent qui facilite la recherche selon les besoins. «Avec l’intelligence artificielle et la blockchain, ça permet de positionner des gens qui veulent aller en région de les envoyer au bon endroit, au bon moment, avec les bons interlocuteurs», énumère M. Nadeau. «Les deux outils sont donc reliés.»

Ces innovations n’ont finalement pas été présentées en visioconférence et toute la place a été laissée à l’entente de partenariat entre le DigiHub et CréaCannesLérins.

«Le fait d’avoir reçu cette lettre (de fin d’activité du RNPRI) jeudi a fait que nous avons préféré ne pas en parler, pour ne pas mettre d’huile sur le feu», glisse M. Nadeau. «Nous avons surtout insisté sur notre belle relation avec la ville de Cannes et sur notre entente sur trois ans. C’est une belle signature et nous en aurons une autre cette semaine avec Sophia Antipolis.»

Partenariat

La signature de lundi unit le DigiHub à CréaCannesLérins, un organisme d’accompagnement à l’entrepreneuriat réunissant 25 partenaires économiques.

Cette collaboration vise à permettre aux acteurs impliqués d’explorer et de se positionner dans de nouveaux marchés. Les deux parties s’engagent à mettre à profit l’expertise de leurs écosystèmes pour aider leurs acteurs économiques et mettre en relation des partenaires ou des investisseurs, en plus de les sensibiliser aux réglementations et usages locaux. L’entente inclut aussi un accès réciproque aux espaces de travail collectifs des deux structures.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, n’a pas raté l’occasion de témoigner sa fierté du chemin parcouru par Shawinigan depuis la création du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins et du DigiHub.

D’autres partenariats semblables ont été établis avec des villes françaises au cours des dernières années. La région en verra d’ailleurs une retombée concrète du 12 au 15 novembre, avec la présentation, à Shawinigan, du deuxième sommet international de l’innovation en villes médianes. La première édition avait été présentée l’automne dernier à Nevers, avec qui une entente de collaboration a été établie.

«Avec la Nouvelle-Aquitaine, nous accueillerons une mission économique dans le cadre du Startupfest», ajoute Maude Labrosse, directrice adjointe au DigiHub. «On pousse plus loin une collaboration que nous avions déjà eue avec Bordeaux Technowest. Nous avons eu un financement pour ces missions, qui vont nous permettre de faciliter la collaboration et l’installation d’entreprises en France, de faire des séjours exploratoires un peu plus longs. Nous avons une entente similaire avec Chambéry, où nous avons eu des bootcamps entrepreneuriaux d’échanges et nous avons des entreprises qui commencent à faire des affaires ensemble. C’est un travail de longue haleine, mais on commence vraiment à avoir des retombées concrètes de ces partenariats.»

RNPRI: «Jamais il n’a été question d’imposer quoi que ce soit»

Sans surprise, le maire de Shawinigan, Michel Angers, ne partage pas l’interprétation de la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, sur le rôle que devait jouer le Réseau national des pôles régionaux d’innovation, placé sur la voie d’évitement la semaine dernière. Il se défend bien d’avoir voulu imposer une façon de faire à travers le Québec. 

M. Angers, qui agissait à titre de président intérimaire du RNPRI, rappelle que l’ex-gouvernement libéral considérait que le DigiHub était le mieux placé pour démontrer les enjeux de l’innovation à travers le Québec. 

«Toute la concertation, les objectifs communs créés à Shawinigan, c’est un beau modèle», rappelle le maire. «Philippe Nadeau est donc parti avec son équipe pour échanger avec les territoires. Jamais il n’a été question d’imposer quoi que ce soit, bien au contraire. La consigne que nous avions était de laisser toute l’autonomie aux régions du Québec de dessiner leur pôle comme elles le voulaient. C’est le gouvernement du Québec qui donnait son sceau; nous n’avions rien à voir là-dedans.»

«La plus belle preuve, c’est que nous nous étions concertés en Mauricie pour définir notre pôle et nos enjeux et nous ne sommes toujours pas reconnus», ajoute-t-il. «Nous étions loin d’imposer quoi que ce soit!»

Dans notre édition de samedi, la ministre déplorait également que ses fonctionnaires aient peiné pour obtenir les états financiers du RNPRI. M. Angers reconnaît qu’il aurait souhaité remettre la documentation en mains propres à la ministre lors d’une rencontre maintes fois sollicitée, mais qui ne s’est finalement jamais produite. Il assure que toutes les exigences ont tout de même été remplies dans les délais prévus.

M. Angers précise également que le 19e pôle, celui des Premières nations, avait été discuté avec le gouvernement fédéral, par l’entreprise du ministre François-Philippe Champagne. Mme Proulx semblait irritée de ne pas avoir été mise au courant de cette initiative.

«Nous n’avions pas prévu un sou du gouvernement provincial là-dedans», mentionne le maire. «C’était une approche inclusive pour que la nation atikamekw puisse aussi profiter de l’innovation que nous mettons en place.»

Lundi matin, les quatre employées touchées par la fin des activités du RNPRI s’étaient déplacées pour l’annonce transmise en direct de Cannes. Pour le moment, elles ne savent pas ce que l’avenir leur réserve, mais le directeur général du DigiHub, Philippe Nadeau, aimerait qu’elles soient intégrées au sein du futur pôle d’innovation de la Mauricie.

«Nous ferons le nécessaire pour récupérer des pertes inutiles, puisque ce sont des personnes de qualité. Nous les avons débauchées de postes intéressants pour qu’elles viennent travailler avec nous et on ne veut pas qu’elles en payent le prix de la politique.»