Pierre Fitzgibbon assure que le gouvernement du Québec ne laissera pas tomber Nemaska Lithium.

«Nemaska, on va la sauver»

Shawinigan — Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ne laisse planer aucune ambiguïté au sujet de l’intérêt de son gouvernement à répondre à l’appel de Nemaska Lithium. Tout sera mis en oeuvre pour s’assurer que ce projet de près de 1,5 milliard $, qui comprend notamment l’exploitation d’une usine de production d’hydroxyde de lithium à Shawinigan, sera réalisé comme prévu.

La société minière vit des moments difficiles depuis le début de l’année, alors qu’elle avait annoncé des dépassements de coûts estimés à 375 millions $ pour conclure son investissement. Les négociations en cours avec le groupe britannique Pallinghurst devaient aboutir à la mi-octobre, mais elles sont prolongées jusqu’au 31 décembre. Nemaska Lithium tente également de se défaire de ses obligations de 350 millions $ avec le fiduciaire Nordic Trustee parce qu’elle ne peut respecter les échéanciers qui étaient rattachés au projet. Enfin, en début de semaine, la société a annoncé la mise à pied de la moitié de ses 130 employés.

De passage à Shawinigan vendredi, M. Fitzgibbon confirme que son ministère est étroitement lié aux discussions entourant la poursuite des activités de l’entreprise minière.

«C’est clair que Nemaska, on ne la laissera pas tomber», annonce-t-il. «Si on regarde les filières stratégiques sur lesquelles je travaille, celle du lithium, des batteries lithium-ion, c’est carrément en haut de la liste. Nemaska, on va la sauver.»

M. Fitzgibbon comprend qu’actuellement, la conjoncture plombe un peu les perspectives à court terme, en raison du prix défavorable du lithium. Par contre, la tendance lourde de la conversion vers les véhicules électriques milite en faveur du développement et de la transformation de cette matière au Québec.

«Si nous connaissons la moitié de la croissance prévue, nous allons manquer de lithium», image-t-il. «Le problème de Nemaska est stratégique. Une hausse de projet de 375 millions $, c’est majeur et ce n’est pas bon. C’est sûr qu’on prend du recul un peu pour regarder l’ensemble du projet. Il y a du financement qui a été fait historiquement qu’on va défaire parce que ce n’est plus approprié. Je préfère recommencer que faire des erreurs de parcours.»

En mai 2018, le gouvernement du Québec avait annoncé une aide financière de 130 millions $ dans Nemaska Lithium, soit une participation directe de 80 millions $ dans le capital-actions de la société et 50 millions $, via Ressources Québec, en obligations. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation est prêt à en remettre.

«C’est clair, comme gouvernement, que nous allons mettre beaucoup d’argent là-dedans, parce que c’est un projet stratégique», confie-t-il. «Je veux que le Québec contrôle la chaîne d’approvisionnement avec les bons partenaires. C’est public: Pallinghurst regarde présentement Nemaska, nous travaillons bien avec eux, nous les connaissons, nous leur parlons. Ils ont demandé encore quelques mois. Nous leur avons dit de prendre leur temps, il n’y a pas de course.»

L’investissement dans Nemaska Lithium fera partie d’une stratégie globale pour l’exploitation des ressources naturelles, ajoute le ministre.

«Je veux le faire intelligemment, pas à la pièce. Je veux regarder tous les projets miniers, pas seulement celui-là. Mais nous avons pas mal d’argent disponible et il y en a pas mal qui va aller là-dedans.»

M. Fitzgibbon se dit «triste» des coupes de 64 emplois annoncées par Nemaska Lithium mardi. «Mais en même temps, il faut préserver les flux monétaires», fait-il remarquer.