Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qualifie de patente à gosses, le projet de l’usine de Nemaska Lithium. ­
Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qualifie de patente à gosses, le projet de l’usine de Nemaska Lithium. ­

Nemaska Lithium: «une patente à gosses», selon le ministre Fitzgibbon

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, n’a pas mâché ses mots, jeudi lors d’un comité d’étude des crédits budgétaires, quand il a été questionné sur la situation de l’entreprise Nemaska Lithium.

«C’est une patente à gosses. On s’est retrouvé, le 23 décembre 2019, et l’arbre de Noël a disjoncté. Il n’y avait plus de lumières. Triste, très triste. Cette patente à gosses ne fonctionne plus et elle doit être refaite», a-t-il lancé lorsqu’il a été interpellé sur le sujet par le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet.

Le ministre Fitzgibbon a ajouté que le plan de l’entreprise qui a construit une usine pilote de transformation du lithium sur le site de l’ancienne usine Laurentides, situé dans le secteur Grand-Mère à Shawinigan, n’était pas parfait. Mais comme le gouvernement avait investi 80 millions $ de fonds publics par l’intermédiaire d’Investissement Québec dans l’aventure et qu’il croyait en cette filière énergétique, il a tenté de trouver un investisseur afin de sauver le projet.

«J’ai fait le tour du monde pour trouver qui était prêt à venir investir dans la patente à gosses et aucun investisseur ne s’est présenté», a-t-il poursuivi.

Rappelons que l’entreprise avait annoncé, au deuxième trimestre de 2019, qu’elle aurait besoin d’au moins 375 millions de dollars pour être en mesure de poursuivre ses activités. Le ministre considère que c’est à ce moment que les choses se sont mises à mal aller.

«Quand l’émission de nouvelles actions s’est faite, il y avait environ 70 % d’institutions financières et c’est là que la chaîne du bicycle a débarqué. Les institutions avaient déjà tout vendu. Et, qui a acheté? Les particuliers. C’est triste», déplore-t-il.

Ces récents propos viennent s’ajouter à ce que le ministre avait confié au Nouvelliste en juin dernier. Il avait alors déclaré que son esprit était davantage préoccupé par l’importance de la transformation de la matière première en terre québécoise que par la forme d’actionnariat qui sera privilégiée pour la relance du projet. Il avait cependant dit être sensible au sort des petits épargnants qui avaient misé sur Nemaska Lithium.

Par ailleurs, le Regroupement des actionnaires de Nemaska (RAN) se démène depuis plusieurs semaines pour sensibiliser le gouvernement du Québec à la pertinence de faire partie de l’équation dans la relance de ce projet minier. Les quelque 25 000 petits actionnaires ont vu le cours du titre suspendu à la bourse de croissance de Toronto, au début février, en raison de la restructuration.

Un juge devrait d’ailleurs statuer prochainement sur l’avenir de l’entreprise qui s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en juin 2019.